Gilets jaunes

Voilà un mouvement – issu, semble-t-il, des réseaux sociaux, quasiment incontrôlé, c’est à dire non piloté par les syndicats ou les partis, même si certains tentent une récupération, que je ne comprends pas vraiment, ou très mal, et auquel je n’adhère nullement.

Le prix des carburants. Certes, il a augmenté dernièrement, la faute au cours du pétrole et aux taxes. Il y a une volonté politique derrières celles-ci, oui, mais le programme avait été annoncé, en particulier en ce qui concerne le gazole. L’essence est chère. Oui. Mais les prix étaient plus élevés en été 2012. Etrange. Pourquoi ne pas avoir protesté plus tôt ?

Il y a des gens, dont le nombre est probablement grand, pour qui le quotidien est difficile, tout comme les fins de mois. Je n’occulte pas ce fait et j’entends leurs demandes, leur colère. Mais le monde – qui pour beaucoup se résume à l’hexagone – va-t-il si mal que cela ? Somme-nous au bord du gouffre ? Non. Les citoyens sont-ils abandonnés par l’état ? Non. On doit faire des efforts, modifier nos modes de vie pour espérer laisser un monde agréable à vivre à nos enfants et petits enfants, dans lequel ils seront libres et protégés. Nous sommes tous d’accord, nous approuvons… sauf lorsqu’il faut faire des efforts. Les français veulent que tout change, sans rien changer. Ce mouvement m’exaspère, comme celui naguère des bonnets rouges.
Je préférerais un mouvement qui propose des solutions (réalistes), des pistes, sans passer nécessairement par le repli sur soi, sans rejeter la faute sur les autres (étrangers, migrants, riches, technocrates de l’UE…) et en prenant en compte que changer les choses dans un monde complexe demande du temps.

Je vous invite à lire l’article de Laurent Sagalovitsch intitulé  » Gilets jaunes : retour du français moyen, très moyen « . Je n’ai rien à ajouter, si ce n’est que je me suis régalé à sa lecture.

 

Rencontres du Ciel et de l’Espace

J’étais invité hier à la 11ème édition des Rencontres du Ciel et de l’Espace, qui se déroule du 1er au 3 novembre 2018 à la Cité des sciences et de l’industrie de Paris.

J’ai participé à une table ronde, dans un amphithéâtre bondé, sur Le défi du voyage vers les étoiles. Elle était animée par Alain Cirou, directeur général de l’Association Française d’Astronomie et de la rédaction du magazine Ciel et Espace.
J’ai ainsi débattu pendant une heure avec Pete Worden, directeur du projet Breakthrough Starshot (la partie exploration du programme Breakthrough Initiatives), avec Nicolas Prantzos, astrophysicien à l’Institut d’Astrophysique de Paris, que je remercie encore chaleureusement pour la dédicace de son livre Voyages dans le futur, et avec Pierre Kervella, astronome à l’Observatoire de Paris.

Propulseur ISCT100 v3

Propulseur de Hall ISCT100-v3 à aimants permanents (@ EP team ICARE).

Voici le dernier né des propulseurs de la série ISCT développés au sein de mon équipe. Il s’agit du propulseur ISCT100-v3. C’est un propulseur à aimants permanents de catégorie 100 W. Il succède au propulseur ISCT100-v2 (voir liste des pubications) qui affiche des performances remarquables en xénon dans cette gamme de puissance : 7,5 mN de poussée, 1350 s d’Isp et 39 % de rendement anodique à 130 W. On distingue sur la photographie ci-dessus une nouvelle cathode creuse de classe 1 A en cours de développement et de test à l’ICARE.

Le propulseur ISCT100-v3 est destiné à la propulsion des micro-satellites. Son grand rapport poussée sur puissance (60 mN/kW) combiné à une impulsion spécifique de très loin supérieure à celle des propulseurs chimiques et thermo-électriques permet de réaliser des manoeuvres en un minimum de temps et d’atteindre une impulsion totale élevée (> 5 kNs).

Articles

Si vous jeter un coup d’oeil à ma liste de publications, vous trouverez deux nouveaux articles écrit avec, entre autres, mon collègue Igor Levchenko de l’Université de Technologie de Nanyang (NTU) à Singapour :

Prospects and physical mechanisms for photonic space propulsion
I. Levchenko, K. Bazaka, S. Mazouffre, S. Xu, Nature Photonics 12, pp. 649–657 (2018).

Mars Colonization: Beyond Getting There
I. Levchenko, S. Xu, S. Mazouffre, M. Keidar, K. Bazaka, Global Challenges 2, 1800062 (2018).

J’ai enseigné la propulsion par faisceaux de particules, qui englobe la propulsion photonique, à SupAéro il y a quelques années. Ce mode de propulsion spatiale présente deux avantages majeurs par rapport aux autres technologies, i.e. chimique, électrique et nucléaire : i) il n’y a pas besoin d’ergol et ii) la source d’énergie à l’origine de la poussée n’a pas à être embarquée dans le véhicule. En contre-partie, le niveau de poussée est très faible donc la durée du voyage est très longue. Ce type de technologie, non validée in situ, est réservée aux voyages interplanétaires, voire interstellaires. Le projet Breakthrough Startshot en est un bon exemple.
Après un état de l’art sur la propulsion photonique, nous explorons dans cet article publié dans Nature les pistes pour une amélioration des systèmes.

Le deuxième article est le fruit d’une belle aventure. Il traite de l ‘exploration et de la colonisation de la planète Mars mais d’un point de vue inédit jamais abordé en profondeur à connaissance. Il ne s’agit pas ici d’analyser un voyage vers la planète rouge ni même les moyens et méthodes pour sa colonisation, il y a des dizaines, voire centaines, d’articles sur ces sujets, mais de réfléchir à l’après, comme nous l’écrivons. Imaginée une société établie sur Mars, comprenant des centaines, milliers d’individus. Pour que cette société fonctionne correctement, perdure et s’épanouisse, il faudra avoir réfléchi au préalable à sa gestion, ses structures politiques, le droit appliqué, qui régira e.g. la nationalité, les frontières, la propriété, la justice, l’économie, les relations avec la Terre… Nous abordons ces thèmes dans ce papier en essayant de mettre sur table toutes les questions soulevées. Un travail de fourmi sur un thème à la frontière de nos disciplines mais qui s’est avéré passionnant et riche d’enseignements in fine.

Propulseur de Hall en LEGO

Propulseur de Hall ISCT-Lego (@ EP team, CNRS – ICARE)

Je voulais le faire depuis très longtemps ; des années en fait. Mais je n’ai jamais su trouver les heures nécessaires à sa réalisation, jusqu’à cet été. Je tiens donc à remercier ici Alexis (étudiant à l’IPSA) pour son aide plus que précieuse dans la concrétisation de cette envie. De quoi s’agit-il ? D’un propulseur de Hall en LEGO comme le montre l’image ci-dessus. Il est composé de 223 briques LEGO réparties suivant 47 types différents. Sa conception aura nécessité environ 20 heures de travail. Son assemblage prend un peu moins d’une heure.

Cette maquette, ou ce modèle, à votre convenance, représente un propulseur de catégorie 300 W équipé de bobines magnétiques plutôt que d’aimants. On distingue aussi clairement la cathode externe (un peu surdimensionnée ici).

Prix de revient du modèle ISCT-Lego : 50 euros.

Les stars de la science

J’ai lu aujourd’hui sur le blog de l’excellent journaliste scientifique Sylvestre Huet un article intitulé « Antoine Petit (CNRS) et les stars de la science ». Je le conseille. Il traite de la vision qu’a Antoine Petit, l’actuel président-directeur général du CNRS, de la gestion des stars de la recherche.

Il va s’en dire qu’il y a des personnes brillantes et très au-dessus de la moyenne dans les Sciences, comme dans tous les domaines,  des chercheur(e)s meilleur(e)s que les autres, des équipes plus performantes, des travaux significatifs et d’autres pas. La question se pose alors de savoir si il faut privilégier ces Stars, comme le suggère Antoine Petit ou Jean Tirole, médaille d’or du CNRS en 2007 et récipiendaire du prix de la banque de Suède en sciences économiques (Prix Nobel d’économie) en 2014.

Dans son article, Sylvestre Huet, qui prône l’égalité de traitement, cite de très nombreux exemples de scientifiques brillants et reconnus se disant heureux de travailler en France, satisfait à priori de leurs conditions. Je suis plus mitigé sur les conditions de travail actuelles dans les centres de recherche et les universités, sur les bienfaits du saupoudrage des ressources et sur une apparente béatitude (voir mon billet du 2 octobre). On peut faire mieux me semble-t-il si l’on souhaite que la France reste un pays attractif pour les scientifiques avec une recherche de haute qualité. Je rejoindrais plutôt le point de vue mon président. Sans abandonner les moins performants (gardons à l’esprit qu’il y a des hauts et des bas dans une carrière, dans une vie), il faut garder/attirer les meilleurs en créant les bonnes conditions, pour ne pas dire les conditions idéales ou rêvées. Cela implique nécessairement de les favoriser en termes de salaires, moyens et environnement.

Alerte sur Science & Vie

Je relais ici un message que je viens de recevoir de la part d’une journaliste de Science & Vie avec laquelle j’ai travaillé à plusieurs reprises : Science & Vie en danger.

Des menaces sérieuses pèsent sur ce magazine dont nous avons tous feullieté les pages dans notre enfance, ou plus tard. Je trouve cela à la fois grave et dangereux dans une époque détestable où l’obscurantisme progresse chaque jour, où les fakes news dominent les faits établis, où les charlatans prolifèrent. Ce magazine, avec d’autres, présente de manière simple et accessible au plus grand nombre, des résultats objectifs et des études certifiées par la communauté scientifique. On y donne aussi des clés pour comprendre le monde qui nous entoure, son origine, nos origines et pour imaginer ce qu’il deviendra. La disparition d’une source d’information neutre qui relate des faits incontestables ne sera pas sans conséquences. Faut-il laisser Internet et les Réseaux Sociaux éduquer nos enfants ? Faut-il laisser aux seuls prophètes et ripoux nous dire ce qui est vrai et ce qui est faux ? Ma réponse est sans appel : non !

Prix Nobel de physique

Le prix Nobel de physique 2018 vient d’être attribué à Arthur Ashkin (Amérique), Gérard Mourou (France) et Donna Strickland (Canada) pour leurs travaux sur les lasers et leurs applications.

Il faut se réjouir qu’un français soit lauréat de ce prestigieux prix. Il est le treizième physicien français récompensé depuis la création du prix Nobel en 1901. On lui doit la mise au point d’une technique permettant la génération d’impulsions lumineuses ultra-courtes dont la puissance peut atteindre le péta-watt.
A l’opposé on doit regretter que la canadienne Donna Strickland soit seulement la troisième femme à être reconnue et distinguée.

Gérard Mourou est de la génération de ses prédécesseurs, Serge Haroche, Albert Fert, Claude Cohen-Tannoudji, Georges Charpak, Pierre-Gilles de Gennes. Je vous parle d’un temps… Les travaux de ces grands hommes de science, que le comité Nobel a salués, ont été menés entre les années 1950 et 1980. Une autre époque, celle où la science française rayonnait, où l’enseignement était solide, où les chercheurs ne passaient pas leur temps à courir après les crédits et les subventions, à rédiger des projets qui ne seront jamais financés, à faire des rapports que personne ne lira et à participer à des réunions aussi ennuyeuses que stériles. J’ai eu la chance de connaître la fin de cette époque où un chercheur faisait le métier pour lequel il était payé. Mais c’était il y a déjà bien longtemps.

Je pronostique ici que dans vingt ans il n’y aura plus de prix Nobel français en physique et chimie. Alors il faut savourer celui-ci.

Tout va pour le mieux

Le trafic aérien devrait connaître une croissance extrême au cours des deux prochaines décennies. Les experts envisagent 5% de croissance par an au cours des quinze prochaines années. Pour répondre à cette très forte demande on prévoit la construction de près de 40000 nouveaux avions de ligne. Les chiffres sont vertigineux.
Les raisons de cet emballement sont diverses : la croissance économique et démographique de nombreux pays (la Chine est un parfait exemple), le tourisme de masse, la multiplication des compagnies à bas-coûts. On réfléchit désormais à modifier les règles du trafic aérien mondial pour s’accommoder d’un nombre d’appareils en vol jamais imaginé.

Les industriels se frottent les mains, tout comme les tour-operateurs. Les hommes politiques sourient. Les touristes sont heureux. Tout va pour le mieux. L’avenir sera radieux.

Il y a le bon côté de choses, bien sûr.
Mais il y a surtout le moins bon. A-t-on évalué la pollution générée ? La quantité de gaz à effet de serre émise ? L’impact global sur l’environnement ?
La menace est là. Terrifiante. Il nous reste peu de temps pour agir (s’il n’est pas déjà trop tard). Et que fait-on ? On ferme les yeux. On vit dans le déni. On imagine une croissance infinie. On compte les milliards de dollars qu’une minorité se partagera.
Tout cela est si triste, si désespérant.
Les années défilent… Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

John McCain

John McCain s’en est allé il y a maintenant une semaine.
De ce que j’ai pu lire et entendre depuis des années, ici et aux Etats-Unis, John McCain était un sénateur républicain apprécié et respecté en Amériques, même au sein du camp démocrate.
Ses funérailles ont eu lieu hier. Les trois derniers présidents y ont pris part, mais pas celui élu en novembre 2016 car il n’était pas le bienvenu. Il a d’ailleurs profité de ce temps libre pour aller jouer au golf, un sport où il excelle. Il passerait en moyenne vingt pourcents de son temps dans des golfs.

John McMain va manquer aux américains et sans doute au reste du monde. Il avait des valeurs, des principes, une vision pour l’Amérique dont il comprenait la position et le rôle sur l’échiquier mondial. On ne peut pas en dire autant du nouveau.
On peut ne pas partager les idées du sénateur mais il faut admettre qu’il était un rempart solide contre Donald Trump et sa politique de l’instant présent. Qui est capable aujourd’hui dans le camp républicain de protester et de s’opposer avec force ?
Trump a eu raison d’aller fouler un green. Une belle journée pour lui.