R. G. Jahn

Je viens d’apprendre par le président de l’ERPS la disparition du professeur Robert G. Jahn. Il est décédé hier à Princeton dans le New Jersey.
C’est une grande perte et une bien triste nouvelle pour la communauté de la propulsion spatiale et de la physique des plasmas. R. G. Jahn était un géant, comme l’a écrit un collègue, et l’un des pilliers, des pères fondateurs de la propulsion électrique avec Ernst Stuhlinger, Alexey I. Morozov et Horst W. Loeb.

R. G. Jahn a publié en 1968 un ouvrage de référence intitulé Physics of Electric Propulsion. Nous l’avons tous lu et nous nous en sommes tous inspiré. Ce livre aura bientôt cinquante ans, et pourtant tout y est, ou presque. A la lecture de ce petit livre rouge, on constate que Jahn était à la fois un excellent physicien mais aussi un très bon pédagogue. Ceux qui l’ont cotoyé et ceux qui ont étudié sous sa direction ne me contrediront pas.

Que ce grand homme repose en paix.

Apollo IV

Apollo 4

Le lanceur américain Saturn V sur son pas de tir avant son premier décollage dans le cadre de la mission Apollo 4.

C’était il y a exactement 50 ans. La gigantesque fusée Saturn V décollait du Kennedy Space Center en Floride pour la première fois. Il s’agissait de la mission non-habitée Apollo 4 du programme lunaire américain qui amènerait les premiers hommes sur la Lune deux ans plus tard.

Superbe photographie prise au levé du soleil. Magnifique lanceur, l’un des plus puissants construit jusqu’ici avec la navette spatiale, que j’ai eu la chance de voir au Johnson Space Center à Houston au Texas en 2001 ainsi qu’au KSC en Floride en 2015. J’ai aussi pu voir deux autres constructions imposantes : le hangar d’assemblage de Saturn 5 et le chariot qui la transportait du hangar au pas de tir. Pour l’anecdote, sur le hangar est dessiné le plus grand drapeau américain au monde.
Les lecteurs intéressés trouveront de nombreuses informations sur la mission Apollo 4, le lanceur Saturn V et le programme lunaire sur le site Space.com de la NASA.

La conquête spatiale ne s’est bien sûr pas arrêtée après la course à la Lune. Il y a eu la réalisation de plusieurs stations spatiales dont l’ISS, le télescope Hubble, la fantastique épopée de la navette spatiale, le développement de dizaines de lanceurs, l’envoie de nombreuses sondes scientifiques vers les planètes lointaines et au-delà du système solaire, l’exploration de Mars avec des rovers, la mesure du fond diffus cosmologique, la découverte de centaines d’exoplanètes… Malgré tous ces accomplissements majeurs, je trouve que l’on manque d’ambition. Il est désormais temps de s’élever à nouveau, de partir conquérir notre environnement proche, d’explorer en profondeur les planètes lointaines et leurs satellites et d’imaginer des solutions pour sortir de la zone d’influence du Soleil et partir à la découverte des exoplanètes et peut-être d’autres mondes. Bref, il est grand temps de passer à l’action et de faire rêver à nouveau.

Silo

C’est le titre d’un roman de science fiction écrit par Hugh Howey et paru en 2012 aux Etats-Unis.
Ce qui reste de l’humanité vit dans un immense silo enterré de 144 étages. Au fil des pages on suit la vie de cette micro-société qui survie depuis des décennies sous terre. Le livre est oppressant, angoissant, étouffant. Beaucoup rêvent de sortir. Nous aussi. Comment les hommes ont-ils pu en arriver là ? Les habitants du silo sont-ils les derniers survivants ? Qu’y a-t-il au-delà des collines ?
J’ai apprécié cette histoire post-apocalyptique que j’ai trouvé très réaliste et de plus en plus captivante au fur et à mesure que les pages se tournent. L’auteur nous amène pas à pas vers des lieux et un scénario que l’on ne soupçonne pas au début.

Je ai terminé Silo dans l’avion lors de mon retour d’Atlanta.
Coïncidences, l’action du livre se déroule dans les environs de cette ville américaine de Géorgie.

Je viens de commencer Silo – Origines et j’ai acheté Silo – Générations, histoire de connaître l’avant et l’après.

ERPS

ERPS est l’acronyme de Electric Rocket Propulsion Society.

Je viens d’intégrer le comité de direction de cette prestigieuse société savante dont les principaux objectifs sont de promouvoir la propulsion électrique pour les satellites et de faciliter l’accès aux connaissances. C’est par exemple l’ERPS qui archive les compte-rendus des congrès IEPC. Cette société s’emploie également à décerner des prix et des récompenses, dont la fameuse médaille Stuhlinger, en l’honneur de ce physicien qui a beaucoup fait progresser le domaine de la propulsion ionique. Cette distinction compte parmi ses récipiendaires A. I. Morozov, R. G. Jahn et H. W. Loeb.

J’ai appris ma nomination la semaine dernière lors du congrès IEPC à Atlanta. J’ai été très touché car j’y vois là un signe de reconnaissance de la communauté pour mes travaux, ceux de mon équipe et de tous les étudiants, doctorants et chercheurs qui m’accompagnent depuis 15 ans.

IEPC 2017

Je rentre tout juste d’Atlanta en Géorgie où j’ai assisté au congrès International Electric Propulsion Conference 2017, ou IEPC 2017 pour faire court, organisé par mon collègue et ami Mitchell Walker, professeur au Georgia Institute of Technology (Georgia Tech).

Excellent congrès, qui a regroupé environ 600 chercheurs, ingénieurs, managers et entrepreneurs, et dont l’organisation était parfaite ; mais personne n’en doutait. Pour la première fois, j’étais membre du comité scientifique, ce qui m’a permis de participer très activement à la préparation et au bon déroulement de l’événement.
Un rapide bilan de l’édition 2017 de l’IEPC fait ressortir plusieurs faits marquants :

  • Les propulseurs de Hall dominent toujours le domaine de la propulsion électrique et leur plage de fonctionnement s’étend désormais de quelques dizaines de Watts à 300 kW. Les présentations dédiés au PH concernaient 22 sessions sur 72 en incluants les cathodes.
  • Le domaine de la micropropulsion (puissance < 200 W) s’étend,  de nombreuses technologies arrivent à maturité (HT, RIT, FEEP, VAT, Electrospays) et d’autres progressent (ECR, sources sans neutraliseur). Cela reflète la montéee en puissance des Cubesats et des micro-satellites.
  • Le besoin de techniques de diagnostic avancées et précises ainsi que d’outils de simulation numérique sophistiqués et robustes est très clair. On noite d’ailleurs de très grands progrès dans ce deux domaines
  • Le nombre de présentations à caractère fondamental ou très scientifique diminue au profit de présentations plus techniques, ce qui est un signe de maturité.

Mon équipe était impliquée dans plus d’une douzaine de présentations ce qui, me semble-t-il, démontre la qualité de nos travaux et la reconnaissance de nos collègues.

Le prochain congrès sera organisé par mon collègue Alexander Reissner et se déroulera à Vienne en Autriche au cours de l’automne 2018. Je suis cette fois aussi membre du comité scientifique.

Catalogne

Le référendum a finalement eu lieu le weekend dernier en Catalogne. C’était prévisible malgré les efforts de l’état pour l’empêcher. Pour ou contre l’indépendance ?
Voilà où nous en sommes en 2017. Certes, je ne suis pas Catalan. Certes, je connais mal l’histoire de l’Espagne. Certains diront donc que je suis mal placé pour juger. Je ne le crois pas. Je comprends l’attachement à ses racines, à sa terre. Mais je refuse l’isolement, les frontières, la ségrégation.

Les riches veulent leur indépendance, ne plus partager, ne plus aider. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. De luttes de pouvoir aussi. A quoi cela rime-t-il au XXIème siècle ? C’est l’inverse qui nous sauvera, l’union, la cohésion et la solidarité. Pas le confinement. Les Catalans pensent-ils vivre en autarcie ? Bien sûr que non. Que pèse la Catalogne face à l’Asie, à l’Amérique, aux terroristes ? Pas grand chose. Que peut-elle faire seule face aux changements climatiques, à la pollution, à l’appauvrissement des ressources ? Rien. Ils ont le soleil, la mer et des touristes. Aujourd’hui. Mais à quand le désert ? Que feront alors les indépendantistes ? Ils seront les premiers à demander de l’aide, à appeler au secours.
L’Espagne est désormais face à ses choix. Son avenir est en jeu. Celui de l’Europe aussi, une fois encore.

Mais rien n’est fait. Rien n’est perdu. Il faut que les espagnols se mettent autour de la table, parlent, et trouvent une solution qui évitera le pire des scénarios et un futur chaotique.

Air & Cosmos

J’ai participé avec le journaliste Rémy Decourt à l’écriture d’un article sur la propulsion électrique pour les nano-satellites et les micro-satellites qui fait partie d’un dossier spécial dans la revue Air & Cosmos n°2560 du 8 septembre.

Ce dossier paraît au moment où s’ouvre à Paris la 21ème conférence World Satellite Business Week consacrée au marché des satellites et organisée par le cabinet de conseils Euroconsult. Cette conférence va se dérouler alors que les scénarii sur l’avenir du secteur spatial sont plutôt flous. En effet, le marché des satellites géostationnaires de télécommunication stagne, le nombre de lancement de petits satellites (cubesats et microsats) explose, les constellations se développent et plusieurs nouveaux lanceurs dédiés aux petits satellites devraient faire leur apparition très prochainement. En ce qui concerne la PE, il y a d’un côté des incertitudes quant au modèle économique pour les grosses plateformes « tout électrique » (liées en partie à la longue durée des changements d’orbite due à la faible poussée produite, ce qui peut être handicapant pour le transfert vers l’orbite de travail et aussi les manoeuvres d’évitement de débris) et de l’autre côté une augmentation significative des projets en recherche et développement pour la micro-propulsion avec l’apparition de concepts innovants en terme d’architecture, de performance, d’ergols et la création de nombreuses startups un peu partout dans le monde.

Metro 2033

C’est le titre d’un roman de science fiction de l’écrivain russe Dmitri Glukhovski paru en 2005. Il ne sera publié en France qu’en 2011.

On suit les péripéties, l’émancipation et la transformation du jeune Artyom dans les restes du métro moscovite où survivent les rares rescapés de l’apocalypse nucléaire qui a ravagé la Terre vingt ans plus tôt.
Je n’en dirai pas plus. La trame peut paraître banale, fade, vue mille fois. Mais il n’en est rien. J’ai lu ce roman de 850 pages en quelques jours à la fin du mois d’août avec à chaque fois du mal à le refermer. Plein d’espoir, je voulais savoir où cette quête conduirait. J’avais élaboré plusieurs scénarii, mais sans jamais supposer ce que le noir renfermait à l’intérieur.
Un très grand ouvrage d’après moi, qui décrit les restes de l’humanité tels que je les imagine si jamais le pire se produisait. La métro de Moscou, que j’ai parcouru plusieurs fois dans les années deux-mille, constitue le cadre idéal pour cette histoire si réaliste et donc totalement terrifiante.
A lire absolument, que vous soyez amateur de SF ou non.

Pour poursuivre la réflexion sur la destinée plausible de notre civilisation, je vous conseille également la lecture de ces deux grands ouvrages : 2084 de Boualem Sansal et Station Eleven d’Emily St. John Mandel.

Vernon Subutex 3

Vernon Subutex.

Voici l’histoire d’un homme presque ordinaire, à la vie parfois terne et souvent ennuyeuse, ersatz d’un vaut-rien à qui on a envie de botter les fesses, un Monsieur tout-le-monde que l’on aimerait secouer mais qui malgré lui et avec l’aide d’une étrange et improbable bande d’amis va progresser du stade de lambda à celui de star avant de finir martyr puis idole.

Vernon Subutex. J’avais écrit un billet sur les tomes un et deux en septembre 2016. La trilogie est un chef-d’oeuvre. Brillante. Virginie Despentes au sommet de son oeuvre.
Car voici une histoire déglinguée, dans laquelle on peut avoir du mal à pénétrer, qui peu paraître absurde mais qui finira par nous toucher et nous absorber, car finalement, V. S. c’est un peu nous.
Voilà une oeuvre très contemporaine, puissante, qui nous amène à réfléchir sur notre condition d’humain, sur le sens de nos petites vies éphémères, sur la valeur et la portée de nos actes, de nos choix.
Vernon Subutex c’est l’absurdité du monde et de son emballement, c’est la critique, à juste raison, de cette course folle qui nous emporte vers le gouffre, c’est ce rêve d’évasion et d’isolement qui nous mine à en crever dans une société toujours plus connectée et digitale où chaque action est surveillé.

Vernon Subutex 1, 2 et 3.
A lire absolument. Cet été ou dans les mois à venir. Mais avant la chute.

Satellite franco-israélien Venus

Dans la nuit du 1er au 2 août, la fusée Vega a, pour son dixième lancement, mis en orbite héliosynchrone à 720 km les satellites Optsat-3000 et Veμus.

Le satellite Venμs (Vegetation and Environment monitoring on a New Microsatellite) est issu d’une collaboration entre le CNES, l’agence spatiale israélienne et Arianespace.
Il s’agit d’un petit satellite de 280 kg dédié à l’observation de la Terre et à l’étude de la dynamique de la végétation. Venμs va permettre d’observer dans le visible et l’infrarouge la végétation de manière répétitive avec une période de deux jours, un record.

Mais la mission Venμs a également pour objectif la qualification en vol du propulseur de Hall de 300 Watts HET-300 développé est construit par la société israélienne Rafael. Pour en savoir plus je vous invite à lire l’article de Rémy Decourt paru récemment dans Futura Sciences et auquel j’ai participé.