Top Secret America

Je vous invite à consulter le site web Top Secrect America du Washington Post consacrée aux services secrets et aux unités de renseignement mis en place au Etats-Unis d’Amérique après les attentats du WTC en 2001.

L’étude, qui a demandé deux années de travail, montre l’essor tentaculaire du secteur de la sécurité nationale et son extension au secteur privé. Voici quelques chiffres qui donnent le vertige.

  • Plus de 1200 agences gouvernementales et 1900 compagnies travaillent sur le contre-terrorisme, le renseignement ou la sécurité nationale sur plus de 10000 sites à travers tout le pays.
  • Quelque 854000 personnes, dont 31 % sont employés dans le secteur privé, sont habilitées “ secret défense ”. Scary, isn’t it?
  • 50000 rapports sont rédigés chaque année. Mais qui est capable de faire une synthèse ?

Que penser de tout cela ? Certes, les attaques du 11 septembre on créé de l’autre côté de l’Atlantique une paranoïa et un sentiment de peur qui peuvent expliquer cette dérive. Mais j’y vois aussi un bon filon que certains savent pleinement exploiter.

J’imagine que suite à ces quelques lignes, mon nom pourrait bien se retrouver dans un des rapports de l’année 2010… Tant pis je cours le risque.

Complexité des systèmes économiques

J’ai lu ce weekend un article passionnant sur la complexité des systèmes économiques, qualifiée de “ regrettable ” par son auteur, J.-P. Bouchaud. Cet article fort bien écrit est publié dans le dernier numéro de la revue Reflets de la Physique de la SFP.
Je me permets de mettre ici à disposition de mes lecteurs une version scannée de l’article au format pdf tant je pense que sa lecture peut être une profonde source d’inspiration pour préparer un monde plus stable.
Qu’explique en détail l’auteur au long de ces cinq pages ? Une chose dont ont probablement conscience tous les esprits censés (je m’inclus dans ce lot) : l’économie et la finance font appel à des modèles théoriques qui ne sont en rien en adéquation avec la réalité. Pour faire simple, dans les modélisations sur lesquelles se basent les acteurs des marchés pour prendre des décisions, et par là orienter des milliers de vies, l’homme est représenté comme un être parfait qui agît sans arrières-pensées, sans émotions et sans calculs égoïstes ! On ne sera donc pas surpris que des crises violentes et qui mettent à mal la planète entière surgissent régulièrement. En fait, loin d’être évidente comme le voudrait certains, l’évolution des marchés et de l’économie mondiale est fortement complexe et non-linéaire, ce qu’aucun modèle ne prend en compte. Encore faut-il que les prédictions soient possibles puisque l’on entre alors dans le royaume de la théorie du chaos et des systèmes hors-équilibre. Une grande partie de l’article est d’ailleurs consacré à l’analogie entre la dynamique des marchés et celle de certains systèmes physiques.

Avant de terminer, je voudrais faire deux commentaires.
L’auteur donne en page 2 un exemple éloquent qui montre bien à quel point la valeur des actions d’une société ou du cours d’une matière première n’a rien à voir avec la réalité, le concret, mais dépend de l’humeur des acteurs, de spéculations, de rumeurs…
D’autre part, l’auteur suggère de faire figurer l’industrie financière au rang des industries dangereuses comme le nucléaire où la biochimie, ce qui sous-entend la mise en place d’instances indépendantes de contrôle et de régulation. Voilà une piste fort intéressante.

Enquête auprès de doctorants

Je viens de lire un article très instructif dans le dernier numéro de la revue Reflets de la Physique de la Société Française de Physique.
Il s’agit d’une enquête menée auprès de doctorants en physique et chimie qui travaillent dans des laboratoires de la région lyonnaise et de la région de Saint-Etienne. Il faut saluer ici l’initiative de Bechir Rezgui, doctorant à l’INSA de Lyon.
L’article complet est disponible ici.

Le questionnaire a été envoyé à 150 doctorants ; 105 ont répondu, ce qui signifie que les résultats sont significatifs. Je pense aussi qu’ils sont généralisables à l’ensemble des doctorants dans les deux domaines concernés.
Je retiens deux faits.

  • 42 % des étudiants interrogés ne sont pas satisfaits de leur encadrement durant la thèse. Je ne suis pas surpris de ce chiffre qui révèle un problème connu de tous : de nombreux directeurs de thèse n’assument pas leur fonction et se soucient peu du bien-être et des conditions de travail de leurs doctorants. J’ai toujours trouvé cela inadmissible. Rien n’oblige un chercheur ou un enseignant-chercheur à prendre des thésards. Mais il faut bien avouer que sans eux, la recherche n’avance que peu voir pas du tout. Je suis donc partisan d’une réelle évaluation des directeurs et co-directeurs de thèse avec des sanctions à la clef bien-sûr. Mon expérience (presque 13 ans passés dans des laboratoires) me permet de dire que les doctorants souffrant d’un problème d’encadrement 1) abandonnent en cours de route (ce qui est finalement assez rare) ou 2) tiennent le coup bon an, mal an, et garde le cap jusqu’à leur soutenance grâce à leur persévérance et grâce à l’aide et au réconfort qu’ils trouvent auprès des autres chercheurs, des post-doctorants et des doctorants.
  • 84 % des doctorants disent être satisfaits des conditions de vie et de travail dans leur laboratoire d’accueil. Voilà un chiffre rassurant. Il démontre que dans la grande majorité des cas les thèses se déroulent dans de très bonnes conditions dans nos domaines.

Le problème de la rémunération n’est pas abordé dans le questionnaire. Cela est sans doute du au fait que la très grande majorité des doctorants qui effectuent des recherches en physique et en chimie sont payés via des bourses (ministère, organismes, région) ou des contrats industriels. Il faut savoir que dans certaines disciplines (biologie, sciences humaines et sociales en particulier) de très nombreux étudiants travaillent gratuitement pendant plusieurs années pour le plus grand bien du directeur et du laboratoire. Une pratique honteuse. Pour moi, nous ne sommes pas loin de l’esclavagisme. Accepter un étudiant en thèse sans lui garantir un salaire devrait purement et simplement être interdit.

Une première pour l’avion Solar Impulse

C’est sans doute le début d’une grande aventure et peut-être même d’une révolution dans le domaine de l’aéronautique.

Félicitation aux pionniers de l’équipe suisse en charge du développement de l’avion électrique solaire Solar Impulse. Après avoir effectué un premier vol concluant au mois d’avril dernier, l’avion a réussit avant hier à voler de nuit grâce à des batteries alimentées par des panneaux solaires. Le vol a duré exactement 26 heures et 9 minutes.
L’équipe ne compte pas s’arrêter en si bon chemin puisqu’ils ont dans les cartons une traversée de l’Atlantique et un tour du monde prévu pour 2012.
Alors voleront nous dans quelques décennies dans des avions électriques ? Cela n’est pas certain car les capacités de tels engins resteront limitées à cause du rendement des cellules solaires et des batteries. Mais il faut absolument continuer dans cette voie car on peut envisager à moyen terme des applications ciblées pour un avion tout électrique comme des vols cargo, des vols de plaisance et l’exploration de sites dangereux. On peut également envisager un avion hybride thermique-électrique.
Dans les deux cas, c’est bon pour la planète, alors continuons.

Toscane

Je viens de passer deux jours en Toscane non loin de Sienne, à Rapolano plus exactement. Il ne s’agissait hélas nullement de vacances. J’ai visité l’entreprise Aerospazio qui est un prestataire de services dans le domaine de la propulsion électrique ainsi que le département de physique de l’Université de Sienne.
J’ai passé une matinée entière à discuter avec mes collègues italiens de Sienne d’expériences de physique quantique fondamentale. Une première expérience est dédiée à la mesure de champs magnétiques de très faible amplitude (de l’ordre du nano-tesla voir au-dessous) en utilisant habilement l’effet Zeeman. J’ai ainsi découvert que l’on pouvait détecter le champ magnétique quasi-périodique produit par le coeur humain. Une autre expériences tout aussi complexe est consacrée à la spectroscopie sur des atomes froids confinés dans un piège magnéto-optique et sur des atomes instables à très faible durée de vie produits par des accélérateurs de particules, comme par exemple le Francium (Fr).
Ma première visite chez Aerospazio remonte à l’automne 2007 à la suite du congrès IEPC qui se déroulait à Florence. J’ai pu ainsi constater cette semaine les changements et progrès accomplis. Aerospazio possède désormais les deux plus grandes chambres à vide à pompage cryogénique dédiées à la PE en Europe. Les deux chambres mesurent 12 m de long et 4 m de diamètre. Le système de pompage cryogénique latéral d’environ 250000 l/s Xe (situé à l’arrière et entourant le propulseur à tester) permet d’atteindre une pression de l’ordre de 10-5 mbar pour un grand débit d’ergol et une forte puissance électrique. Les caissons sont refroidis à l’azote liquide pour limiter la charge thermique sur les cryo-surfaces. L’hydrogène est pompé via un système cryogénique spécifique à très basse température (quelques K). Le fond de chacun des caissons est équipé d’une cible en graphite refroidit qui permet de ralentir le faisceau d’ions et de limiter l’érosion. Il faut tout de même noter que contrairement au moyen d’essais PIVOINE-2g de mon laboratoire, les chambres de Rapolano ne sont pas équipés de sas d’isolement. Aerospazio développe également une série de diagnostics dédiés à la PE (RPA, sondes de Faraday…). Une chambre anéchoïque est actuellement en cours de réalisation. Elle permettra à terme de mesurer la compatibilité électromagnétique de tous les types de propulseurs à plasma.

J’ai profité de ce cours séjour en Italie pour retrouver mon ami Giovanni qui vit désormais avec sa future femme dans une agréable appartement au coeur d’un village non loin de Sienne. Et grâce à eux j’ai pu déguster la spécialité locale, la fameuse “ Porchetta “, un délicieux sandwich au porc farci, et goûter enfin une véritable glace italienne. Hâte de retourner là-bas. Et pour des vacances cette fois-ci.

-1,5 milliards d’années

L’apparition d’une forme de vie complexe - c’est à dire d’organismes pluricellulaires - sur notre planète remontait à 600 millions d’années d’après les paléontologues. Mais l’histoire du Vivant vient récemment de basculer.
Suite à la découverte par une équipe Française conduite par A. El Albani de l’Université de Poitiers de près de 250 fossiles de petite taille sur un site du bassin de Franceville au Gabon, on vient de faire un bon en arrière de 1,5 milliards d’années. Les fossiles mis à jour seraient des eucaryotes  (constitués de cellules avec un noyau abritant des chromosomes) et leur forme évoque celle d’organismes vivant dans l’eau.
Pour en apprendre d’avantage sur cette formidable découverte, je vous invite à visiter le site web {Science2} de S. Huet, journaliste à Libération, ainsi que le site du CNRS où vous découvrirez une magnifique vidéo fort instructive.

Il s’agit là d’une découverte majeure dans le domaine de la biologie et de l’histoire de la vie (donc Notre histoire) qui n’a pas finit de faire parler d’elle dans et en dehors de la communauté scientifique. Le genre de grande découverte que tout chercheur rêve, au fond de lui, de faire. Non pas pour la célébrité, mais pour faire avancer cette belle machine que l’on appelle Connaissance.

Fait divers

Je viens de tomber, dans les pages web du journal Libération, sur un article qui traite d’un fait divers hélas tristement banal de nos jours : la mort d’un jeune homme d’une trentaine d’année sous les coups d’une bande de sans foi ni loi venus “ défendre ” une amie suite à un simple accrochage sur l’autoroute, sans gravité aucune. Tout cela m’attriste profondément. Tout ça pour ça… Notre société sombre à petits pas dans la violence. Rien de nouveau me direz vous, depuis trente ans tout se casse la gueule !
Je n’en suis pas si certain. Le climat se modifie dans mon pays ; et cela devient désormais bien palpable. Pour vous faire une idée, je vous invite à lire les commentaires associés à ce fait divers dans les pages électroniques du journal Le Parisien. J’avoue avoir été surpris par les mots, les phrases qui en disent long. Il y a de la tension dans l’air. Les tribus se replient sur elles-mêmes. Rien de très bon à l’horizon si l’on continue sur cette pente. Combien de temps pourront nous encore tenir ? Comment demain, dans un climat mondial morose et tendu, allons-nous acheter la Paix sociale ?

Orléans Jazz

Après une planche et un bon verre de vin rouge à l’Antitode, petite promenade en amoureux samedi soir dans les allées du jardin de l’évêché à savourer les airs de Jazz du groupe Pink Turtle qui se produisait dans le cadre du festival Orléans Jazz 2010. Un vrai régal pour les oreilles et pour la palais puisque nous avons dégusté un excellent Chinon rouge au grès des mélodies (avec de surprenantes reprises au format jazz de grands tubes du rock et du hard-rock). Un seul regret, la température extérieure un peu basse pour la saison ; dix degrés de plus auraient été appréciés.
Mais cela devrait s’améliorer cette semaine. Tant mieux puisque le festival - que je recommande à tous, amateurs éclairés ou non - se termine samedi prochain. Et puis n’oublions pas la l’incontournable Fête de la Musique, célébrée aujourd’hui un peu partout dans le monde. Un bel héritage ” à la française “.

Afghanistan : l’Eldorado du XXIème siècle ?

La nouvelle vous a peut-être échappé. Il faut dire, à décharge, que les journaux, télévisions et radios sont accaparés par le piteux parcours de notre équipe nationale dans la coupe du monde de football, par les tragiques inondations dans le Var et par la nécessaire mais contestée réforme du système de retraite.

Lundi dernier, le New York Times dévoilait un rapport du Pentagone rédigé par des géologues qui indique que l’Afghanistan recèle dans son sous-sol des gisements de minerais (cuivre, lithium, molybdène, fer, or, niobium et cobalt en particulier), dont la valeur est estimée à près de 1.000 milliards de dollars. De quoi faire de ce pays pauvre, dont l’économie repose principalement sur la culture du pavot et les trafics en tout genre, et dévasté par la guerre, le premier exportateur au monde de ces métaux si précieux pour toutes les applications de haute technologie. Le contexte géopolitique et géostratégique pourrait donc rapidement changer dans la région. Il faut seulement espérer que la population afghane profitera à court terme de ces richesses qui attirent déjà la convoitise.

En fait, des cartes géologiques avait été établies dans les années 1980 par des experts soviétiques lors de la “ première guerre d’Afghanistan ”. Ces cartes auraient ensuite été cachées par les géologues Afghans. Il est donc légitime de se demander si l’existence de gigantesques ressources minières était connue des gouvernements et militaires de la coalition, qui sous la pression américaine, envahie l’Afghanistan suite aux attentats du 11 septembre 2001 et installe au pouvoir Hamid Karzai. Il ne fait aucun doute que l’objectif premier de cette guerre était d’affaiblir de désorganiser - à défaut de faire disparaître -  le régime des Talibans et d’empêcher sa prolifération. Mais avait-on anticipé à l’époque un possible “ retour sur investissements ” ?

Faut-il s’attendre à un effet Boutin ?

Un court billet sur “ l’affaire Boutin ” avant que le weekend ne commence.

Christine Boutin, présidente du parti chrétien-démocrate, ancienne ministre du logement, députée et conseillère général, vient de renoncer à son salaire mensuel de 9500 euros net pour un poste de chargé de mission sous l’effet de la pression de la rue et de son entourage politique. L’affaire avait été révélée il y a quelques jours par le Canard enchaîné. Ce n’est pas tant le montant du salaire qui est critiqué mais le fait qu’elle cumule cette rémunération avec les pensions associées à ses anciennes fonctions. On peut donc saluer ici le geste de madame Boutin et espérer un “ effet Boutin ” dans les jours et semaines à venir car, comme elle le dit, elle est loin d’être la seule à empiler les salaires, parfois pour des emplois obscurs.

Néanmoins, l’aspect peut-être le plus intéressant à mes yeux reste la mission qui servait de justification à se revenu. A la fin de l’année 2009, C. Boutin se voit confier, sous forme de mission, une étude sur « les conséquences sociales de la mondialisation ». Cette mission évoluera ensuite lui  en un poste de collaborateur de cabinet du ministre du Travail. A-t-elle vraiment les connaissances requises pour s’attaquer à ce travail ? N’aurait-il pas mieux valu confier ces travaux - d’importance, je ne remets pas les objectifs en cause - à une équipe composé de chercheurs sociologues, économistes, philosophes… des Universités ou d’instituts comme le CNRS, l’EHESS et cereta ?
Il me semble que la réponse est évidente. De plus, je suis certain qu’il existe de nombreux ouvrages et publications sur ce sujet. Ce poste est donc avant-tout un placard doré (avec voiture, chauffeur…) attribué par le gouvernement en contre-partie du silence de Madame Boutin qui en effet était assez critique à l’égard du Président de la République et de son entourage.
Comme le dit la personne incriminée, il n’y a rien d’illégal dans tout ça. J’en conviens. Il ne s’agit sans doute pas d’un vrai emploi fictif. Mais, chère Madame Boutin, allez expliquer ça aux millions de chômeurs pour qui le moindre euros compte. Vous pourrez toujours leur dire que votre emploi, et celui qu’ils n’ont plus, est une conséquence directe de la mondialisation.