Author Archives: Stéphane Mazouffre

Physicien des plasmas - Spécialiste en propulsion spatiale Directeur de Recherche au CNRS Responsable de l'équipe Propulsion Electrique au laboratoire ICARE à Orléans

La méthode scientifique

J’étais l’un des invités hier après-midi de l’émission La Méthode scientifique de France Culture animée par Nicolas Martin. Le sujet du jour : Voyage spatial, vers l’infini et au-delà. Vous pouvez ré-écouter l’émission ici.

Un très bon moment (trop court à mon goût) passé en compagnie de Richard Heidmann, Polytechnicien, ancien ingénieur en propulsion spatiale chez SAFRAN, fondateur et vice-président de l’association Planète Mars. J’espère que les auditeurs auront apprécié et appris.

Signé Space X

La société américaine Space X vient de réussir la mise en orbite géostationnaire du satellite de télécommunication SES-10 de 5,3 tonnes à l’aide d’un lanceur Falcon 9 dont le premier étage avait déjà volé il y an un an. Nous venons d’entrée dans l’ère des lanceurs réutilisables. Une révolution s’annonce car le coût des vols orbitaux pourrait chuter drastiquement.

Certains diront que c’est du « déjà vu ». Mais il n’en est rien. Certes, la navette spatiale était réutilisée (seul le réservoir central n’était pas récupéré), mais à quel prix. Les spécialistes avancent souvent le chiffre de 500 millions de dollars par mission. Car de très nombreux éléments de la navette devaient être remplacés et la remise à niveau et les vérifications étaient longues et occupaient des centaines d’ingénieurs et techniciens. Or pour être rentable et effective, la stratégie de réutilisation doit minimiser la durée de remise en service et limiter le remplacement des composants.
Il y a bien sûr Blue Origin, l’entreprise de Jeff Bezos, connu pour être le fondateur et PDG d’Amazon, qui a déjà ré-utilisé son véhicule à plusieurs reprises, mais il s’agit ici de vols suborbitaux, avec des contraintes bien inférieures à celles que subit Falcon 9.

En seulement 15 ans, Space X aura révolutionné l’astronautique en bousculant les codes établis et surtout en prenant des risques à la fois technologiques et financiers. Mais c’est de cette façon que l’on progresse et que l’on devient un leader qui impose sa vision du domaine et indique la route à suivre. Et ce n’est sans doute pas fini.
On devrait prochainement assister au premier vol du lanceur Falcon Heavy capable de placer 22 tonnes en orbite géostationnaire. Et dans un futur proche, Space X ambitionne d’envoyer des touristes autour de la Lune et de faire atterrir sur la planète Mars une version modifiée de son vaisseau Dragon, le Red Dragon. Et pendant ce temps là, l’Europe, via ASL, prépare Ariane 6. Je vois là le reflet d’une ambition modeste, alors que nous avons la connaissance et les moyens financiers, et surtout, l’interdiction de rêver et de faire rêver. La Vieille Europe disent-ils de l’autre côté de l’Atlantique…

 

Articles sur l’EM-Drive

La publication au mois de décembre dernier dans le Journal of Propulsion and Power d’un article présentant une mesure de la poussée du propulseur EM-Drive par des chercheurs du laboratoire Eagleworks (voir mon billet du 2 janvier) a créée beaucoup de remous et de bruit au sein de la communauté scientifique et a suscité un vif intérêt chez les amateurs et les passionnés de technologies spatiales. Il était donc normal que les journalistes, plus ou moins spécialisés, s’accaparent d’un sujet plutôt brûlant afin de le transmettre aux lecteurs.

Le magazine Science & Vie vient ainsi de publier un article intitulé EmDrive – Le moteur spatial qui rend fou (S&V n°1194, mars 2017, pages 83-87). J’adore le titre qui reflète très bien la situation. Martin Tajmar de l’Université de Dresden en Allemagne et moi-même avons participé à la rédaction de cet article. Nos points de vue sont opposés. Martin, qui travaille sur les concepts avancées en propulsion spatiale, dont la manipulation de la gravité, est enthousiaste. Je suis beaucoup plus réservé. J’insiste sur le fait que l’EM-Drive ne respecte pas la conservation de la quantité de mouvement (sauf si le système est mystérieusement ouvert). J’expose aussi le problème des erreurs de mesures, en particulier la dilatation thermique des éléments du système (j’aurais sans doute du insister aussi sur les perturbations que peuvent engendrer les ondes radio-fréquences et la difficulté d’une mesure à l’échelle du micro-Newton). Néanmoins, je partage un point commun avec Martin : seul un concept révolutionnaire, EM-Drive ou autre, permettrait d’envisager sérieusement des voyages interplanétaires, en dehors de notre système solaire et extra-galactiques. Sans cela nous resterons confinés pour longtemps au voisinage de notre petite planète bleue.

Je conseille aussi la lecture d’un article paru dans le dernier numéro d’Aerospace America de l’American Institute of Aeronautics and Astronautics (je suis membre du comité Propulsion Electrique de l’AIAA). Cet article – dont vous trouverez une version ici – donne une vision claire, synthétique et objective des travaux sur le sujet. Les problèmes à résoudre pour diminuer la barre d’erreur sur la mesure de la poussée (dont celui de la thermique sur lequel j’insiste depuis longtemps) sont parfaitement exposés. Le lecteur intéressé trouvera aussi des informations sur les théories mises en avant pour expliquer une éventuelle poussée produite par l’EM-Drive (nouvelle particule, interactions avec le vide quantique, effet Woodward…).

Si la génération de poussée par l’EM-Drive doit encore être confirmée par d’autres équipes à travers le monde, une chose est certaine : ce concept va continuer à faire couler beaucoup d’encre.

 

IPAIA 2017

Je rentre de Bari où j’étais invité au séminaire Ion Propulsion and Accelerator Industrial
Applications (IPAIA2017). J’ai énormément apprécié ces trois jours passé en petit groupe – nous étions une quarantaine de participants – à échanger sur la physique des accélérateurs d’ions et des technologies associées, dont la propulsion spatiale. Les discussions furent riches et passionnées ; j’ai beaucoup appris, comme toujours lorsque je suis en congrès, colloque ou séminaire. En ce qui me concerne, j’ai mis en avant nos derniers résultats sur l’écrantage magnétique pour les propulseurs de Hall et sur les caractéristiques d’un accélérateur d’ions sans parois.

Plusieurs présentations étaient dédiées au développement de sources d’ions à très faible puissance (< 100 W) pour les nano et les microsatellites. On a ainsi pu suivre des exposés concernant des travaux récents sur des propulseurs de Hall et des propulseurs Helicon miniatures. Je constate des avancées importantes et rapides dans le domaine de la micropropulsion depuis quelques années. Il y a beaucoup d’effervescence, d’enthousiasme et d’énergie dépensée pour faire progresser tous les concepts (Mini Hall, micro RIT, Helicon, propulseur ECR, PPT, VAT, FEEP…) afin de les porter à un haut niveau de maturité, voire de les qualifier pour le vol.

Et puis ce séminaire fut l’occasion de retrouver des amis et des collègues et de profiter de l’Italie du sud, de son climat, de ses habitants, de ses produits. Je profite de ce billet pour remercier une fois de plus mon ami Francesco pour l’organisation parfaite de ces trois jours et pour cette virée nocturne dans la petite ville d’Alberobello avec un dîner qui restera gravé dans ma mémoire.

 

You’re fired!

Littéralement « vous êtes viré ! ». Cette courte phrase est devenue célèbre depuis l’arrivée de Donald Trump dans l’arène politique américaine et son élection comme 45ème président. Il avait en effet l’habitude de prononcer ces quelques mots dans l’émission L’apprenti diffusée sur la chaine NBC.

You’re fired! Voilà ce que j’ai envie de dire à un ex premier ministre, vainqueur en novembre dernier de la primaire de la droite, et candidat du parti Les Républicains à l’élection présidentielle française. Monsieur Fillon, ça suffit. Il faut savoir se retirer. Vous n’avez peut-être rien fait d’illégal, encore que la question reste en suspens, d’où l’enquête en cours, mais votre enrichissement sur le dos du contribuable est scandaleux et votre attitude immorale et indigne d’un chef d’état. Bon nombre de français sont profondément choqués et révoltés. Je les rejoins. Comment pourrait-il en être autrement ? Vous, le soi-disant candidat au parcours irréprochable, dont le programme se résume à un choc violent avec cinq années de sacrifices au bout desquelles nos citoyens les plus vulnérables sortiront plus pauvres et plus affaiblis que jamais. Et puis quelle image désastreuse vous donnez des dirigeants. Il n’est pas étonnant qu’avec des hommes politiques tels que vous, le peuple perde confiance et se retourne vers les extrêmes. Votre entêtement, et globalement le comportement du parti qui vous couvre, ouvre un boulevard à Mme Lepen et ses ferventes ouailles.

Malgré tout vous restez en tentant, bien maladroitement, de vous justifier. Comment comprendre cette attitude contraire à la raison ? Il y a bien sûr une part d’arrogance et du mépris. Mais cela n’explique pas tout. Alain Juppé, candidat malheureux de la primaire, a affirmé à plusieurs reprises qu’il ne serait pas un plan B. Comme je le comprend. Débrouillez-vous. Nicolas Sarkozy est englué dans les affaires et les scandales politico-financier. De plus, sa troisième place à la primaire a montré que l’électorat de droite ne le suivrait pas. Quant aux autres, ils ne sont pas assez solides ou mal préparés. Car les révélations sur F. Fillon ont pris toute la classe politique de court.
Voilà donc pourquoi F. Fillon est maintenu, même si désormais ses chances de l’emporter sont faibles. Il n’y a pas de plan de rechange à droite. Les cadres et les militants du parti n’ont pas vraiment le choix car aucune alternative n’est crédible et susceptible de les conduire à la victoire.
L’élection devient ainsi encore plus imprévisible. Un basculement vers l’extrême droite, qui serait une tragédie pour la France, pays des droits de l’homme, mais aussi un désastre économique et financier qui nous ferait sombrer en quelques mois, est de plus en plus probable. Il faut donc se lancer dans la bataille pour barrer la route à ceux dont l’ambition est de mettre la France à feu et à sang et pour redonner à mon pays ses lettres de noblesse.

Pirates

Ça n’arrive pas qu’aux autres. Mon blog a été piraté lundi dernier. Certains d’entre vous s’en sont aperçu car j’ai reçu plusieurs messages d’alerte.
Les hackeurs ont détourné l’adresse aleph-zero.fr vers un site de soutien à la cause Palestinienne. Mais peu importe à quoi se retrouve liée votre adresse au final, même s’il y a pire que la défense des palestiniens. L’impression est étrange, nouvelle aussi. On se sent totalement dépossédé, vidé. On craint aussi que les hackeurs n’aient supprimé tout le contenu de la base. Plus de 600 articles dans mon cas ; une petite partie de mon histoire ; un morceau de vie au XXIème siècle.
Une étrange expérience que je ne souhaite à aucune personne ayant un blog ou un site Internet.
Heureusement, tout est rentré dans l’ordre et aucun article n’a été perdu. Un très grand merci à mon ami Joël qui n’a pas compté ses heures et qui m’a sauvé une fois de plus. J’ai profité de cette remise à plat pour changer le style d’Aleph-Zéro, que j’ai choisi plus sobre. La sécurité du système a aussi été renforcée, espérant ainsi éviter un autre piratage.