Archives de l’auteur : Stéphane Mazouffre

Physicien des plasmas - Spécialiste en propulsion spatiale Directeur de Recherche au CNRS Responsable de l'équipe Propulsion Electrique au laboratoire ICARE à Orléans

John McCain

John McCain s’en est allé il y a maintenant une semaine.
De ce que j’ai pu lire et entendre depuis des années, ici et aux Etats-Unis, John McCain était un sénateur républicain apprécié et respecté en Amériques, même au sein du camp démocrate.
Ses funérailles ont eu lieu hier. Les trois derniers présidents y ont pris part, mais pas celui élu en novembre 2016 car il n’était pas le bienvenu. Il a d’ailleurs profité de ce temps libre pour aller jouer au golf, un sport où il excelle. Il passerait en moyenne vingt pourcents de son temps dans des golfs.

John McMain va manquer aux américains et sans doute au reste du monde. Il avait des valeurs, des principes, une vision pour l’Amérique dont il comprenait la position et le rôle sur l’échiquier mondial. On ne peut pas en dire autant du nouveau.
On peut ne pas partager les idées du sénateur mais il faut admettre qu’il était un rempart solide contre Donald Trump et sa politique de l’instant présent. Qui est capable aujourd’hui dans le camp républicain de protester et de s’opposer avec force ?
Trump a eu raison d’aller fouler un green. Une belle journée pour lui.

Bachellerie

Cherchez la sphère blanche qui abrite le radar de Bachellerie.

Randonnée de 52 kilomètres hier. J’ai marché pendant dix heures. Un magnifique ciel bleu. Une température ne dépassant pas les 24 degrés. Moment idéal.

J’étais bien. Seul, loin de tout, à l’abri d’un monde qui tourne trop vite. Je me suis vidé la tête, comme à chaque longue marche. J’ai revu le passé, imaginé le futur, pensé à tout, et surtout à rien. Se laisser porter.

Je me suis rendu à Bachellerie dans les monts de Blond. Aller-retour. Je me suis enfin – j’ai eu si souvant l’envie – retrouvé au pied de cette tour dont le dôme situé au sommet abrite une radar pour l’aviation. Combien de fois ai-je aperçu sa silhouette depuis le jardin de la maison de mes grands-parents à Rochechouart ?

C’est à quelques dizaines de mètres de cette construction, qui n’existait pas à l’époque, qu’un avion Nord-Atlas de l’armée française s’est écrasé le 3 mai 1965. Il n’y eut aucun survivant.

Washington D. C.

The United States Capitol

Je viens de séjourner une semaine à Washington, pour le congrès MPCS 3 mais aussi pour des réunions de travail. Puis j’ai pris deux jours pour visiter cette ville. J’étais déjà venu sur les rives du fleuve Potomac en 2013 pour le congrès IEPC, mais, faute de temps et à cause du ShutDown, je n’avais pu voir que les lieux les plus symboliques de la capitale des Etats-Unis d’Amérique.
Cette fois j’ai parcouru 62 kilomètres, sous une forte chaleur et avec un taux d’humidité supérieur à quatre-vingt pourcents.
J’ai commencé par le Air and Space Museum avec mon ami Francesco. On y trouve un résumé parfaitement illustré de l’histoire de l’aviation et de l’aérospatial avec quelques superbes pièces dont la capsule d’Apollo 17 et une maquette à l’échelle 1 du télescope spatiale Hubble dont j’avais jusqu’ici largement sous-estimé les dimensions.

Target, Jasper Johns, 1958

J’ai ensuite visité la National Gallery of Arts. Je me suis en particulier régalé dans l’aile Est où se trouve les collections d’art moderne avec des œuvres de Johns, Picasso, Lichtenstein, Warhol, Kandinsky, Pollock, Magritte, Klein… Puis je me suis rendu au mémorial de T. Jefferson, A. Lincoln, M. Luther-King Jr., F Roosevelt, Einstein… ainsi qu’au Washington Monument, l’obélisque géante réalisée en l’honneur de G. W. et qui est alignée avec le Capitole et le A. L. memorial. Et je n’ai pas oublié de faire un détour par le Capitol et la White House, sans apercevoir D. Trump.

MPCS 3

Je viens de participer à la 3ème édition du congrès international MicroPropulsion & CubeSats. Après Bari et Singapour, le congrès, organisé par mon collègue Michael Keidar, se déroulait à Washington D. C. Nous étions une soixantaine de scientifiques, majoritairement américains, réunis à l’Université G. Washington pendant deux jours pour débattre des avancées et nouveautés dans ce domaine en expansion rapide.
Contrairement aux deux premières éditions, un très faible nombre de conférences étaient dédiées aux propulseurs de Hall miniatures, ce qui montre que cette technologie devient mature, avec de nombreux acteurs, mais aussi que les autres technologies progressent.
Plusieurs présentations concernaient les propulseurs ElectroSprays, FEEP, PPT et VAT, avec des exemples de missions passées et à venir ainsi que les retours en vol des missions réalisées par des cubesats équipés des FEEP d’Enpulsion.
On a également parlé des développements des propulseur à micro-ondes de type résistojets (faible impulsion spécifique et forte densité de poussée) avec des carburants alternatifs type S02, H20, NH3, tels que ceux proposés par les sociétés Vacco et Momentus. Busek a révélée les dernières avancées sur son petit moteur ionique à grilles à di-iode équipée d’une cathode RF dérivée de leur moteur car l’iode reste difficile a employé avec cathodes à émetteurs thermoioniques.
Il a bien sûr été question de simulations numériques et de travaux plus fondamentaux, notamment sur les tuyères magnétiques. De notre côté, j’ai présenté les premiers résultats de Diffusion Thomson Incohérente obtenus sur une cathode et un propulseur de Hall de 200 W. Ces études ont été accueillies avec enthousiasme par la communauté ; une fois encore, la France est en avance.

La prochaine édition du congrès MPCS se tiendra à Pékin en Chine en Mai 2019. Quant à la cinquième édition, elle sera organisée en France à Toulouse par moi-même et mon ami Laurent Garrigues avec le soutien du CNES.

Bravo

Je ne suis pas un afficionado du football. Je m’intéresse seulement aux grandes compétitions lorsque l’équipe de France est qualifiée.
J’ai donc suivi la coupe du monde cette année. De loin au début, puis plus sérieusement lorsque la France a atteint les quarts de final.
J’ai bien sûr regardé la finale hier en fin d’après-midi, en famille. Première mi-temps largement dominée par l’équipe Croate même si on mène à la mi-temps. Deuxième mi-temps à l’avantage des Bleus. Délivrance au coup de sifflet final même si le quatrième but nous mettait à l’abris d’un revirement malgré les efforts des croates.
Une final gagnée. Une deuxième étoile. Bravo les Bleus. Félicitations à cette jeune équipe sympathique que l’on a envie de soutenir. On prend du plaisir à les voir jouer et, fait plus rare, à les écouter parler. Bravo aussi à Didier Deschamps sans qui le résultat aurait peut-être (sans doute) été différent. Excellent travail. Un bel exemple de chef qui conduit ses troupes à la victoire. Discret mais efficace.
J’avais 25 ans en 1998. J’étais en thèse de doctorat à Eindhoven. Ne croyant pas à la victoire de Bleus j’avais refusé l’invitation d’amis à les rejoindre à Paris. Dommage. J’avais suivi la fête à la télévision. J’étais en France hier soir. Content. Maquillé. A crier et à agiter des drapeaux avec Paco. A me réjouir des coups de klaxons, des chants et des feux d’artifice.
Bravo à tous. A dans quatre ans et demi. Je serai là et vous aussi bien sûr.

PS : j’apprécie cette équipe et les valeurs qu’elle porte. J’aime voir mon Président s’exprimer et laisser ses sentiments prendre le dessus. J’aime voir mon pays en bleu-blanc-rouge faire la fête, les citoyens heureux même si cette période d’auphorie sera courte. La réalité reprendra le dessus. Alors savourons ces moments.

Dîner au Lift

L’amie de Stéphane Eicher voulait déjeuner en paix. Nous avons dîner hier soir avec Estelle au Lift. En paix.
Cadre des plus agréables, le soleil qui se couche derrière les vieilles bâtisses d’Orléans et la fraîcheur qui s’installe.
Mets raffinés et délicieux accompagnés d’un excellent vin rouge de Loire. Champagne pour terminer.
Une pause. Prendre enfin son temps, arrêter de suivre on ne sait quoi dans un monde qui accélère sans cesse. Courir toujours plus vite mais dans quel but ? Il y a un air de fin dans tout ça.
On a oublié pendant quelques heures et profité de l’instant présent. Parlé, bu, mangé, parlé…
Revu des amis et pris rendez-vous pour un dîner.
On a goûté les secondes. Quel plaisir. J’avais presque oublié.

Une journée pas ordinaire

Déjeuner en tout début d’après midi à la Brasserie Rivié de l’hôtel Hoxton dans le quartier du Sentier à Paris.
Lieu calme et charmant au coeur de Paris. Bonne cuisine, bon service. Endroit idéal pour une réunion.
J’y ai retrouvé un vieil ami, 14 ans après notre première rencontre à Savannah en Géorgie.
Il y avait aussi des amis à lui venus des Etats-Unis. D’autres nous ont rejoint via Skype depuis le nord de l’Europe et la Grèce.
On a parlé, beaucoup. Fait le point. On s’est projeté à court et à moyen terme. Nous sommes d’accord et enthousiastes depuis le départ donc tout était simple et fluide.
Nous étions heureux d’être là, et fiers de ce projet, de cette belle aventure qui commence.
Ils sont confiants. Je suis confiant. On ira loin, dans tous les sens du terme.

Ce 10 juillet 2018 est à marqué d’une pierre blanche.
Ce n’est pas un jour comme les autres.
J’en reparlerai dans 10 ans, dans 20 ans en expliquant que tout a commencé là, autour d’une table, un verre de délicieux vin blanc à la main.
Cheers!

Où va l’Europe ?

Dans la série Où va… Voir mon billet du 19 mai.
Depuis une décennie l’Europe vacille, mais l’Europe résiste aux turbulences.
Jusqu’à quand ? Allons-nous dans les années qui viennent assister à l’éclatement puis à la fin de l’Europe, pour parodier le célèbre ouvrage de F. Fukuyama ?
Hélas, la probabilité que cette magnifique construction humaine s’effondre est élevée. Il faut se préoccuper du rejet croissant de l’Union par ses citoyens et des manipulations des hommes et femmes politiques pour qui l’Europe n’est qu’un levier de plus pour leur carrière.

Il y a eu la crise financière qui a mis à mal la solidarité entre les états de l’Union, puis la montée des nationalismes, puis la crise Ukrainienne, puis le terrorisme islamique, puis le Brexit, puis les tendances séparatistes et enfin le problème des migrants qui met l’édifice sous grande tension.
L’Europe se déchire et s’épuise. La construction d’une modèle économique et social unique est à l’arrêt, l’Europe de la défense reste encore une illusion dans un monde incertain et je ne parle pas de l’Europe politique qui n’existe pas. L’UE reste la somme des vingt-huit états qui la compose.
La conséquence est qu’elle ne pèse rien sur l’échiquier mondiale, qu’elle n’est pas écoutée, qu’elle ne peut pas imposer son point de vue et que ses faiblesses profitent aux Etats-Unis d’Amérique, à la Chine et à la Russie qui ne se privent pas de d’exploiter et de torpiller l’édifice.

Ce n’est pas l’Europe que je veux, certes. Pourtant je ne souhaite pas léguer à mon fils un monde sans Europe que je vois comme un monde sans justice où le plus fort gagnera à tous les coûts.
Alors il faut se battre, expliquer que l’Union nous a beaucoup apporté et que sa disparition nous rendrait plus faibles. Il faut aussi forcer les politiques à ne plus se servir de l’Europe et dénoncer leurs mensonges. Il ne faudra pas se tromper aux prochaines élections européennes qui se dérouleront en mai 2019. Nous n’aurons peut-être pas une autre chance de changer de cap.

Space Propulsion 2018

L’édition 2018 du congrès Space Propulsion se tenait à Séville en Espagne du 14 au 18 mai.
Mon équipe était bien sûr sur place pour présenter des résultats de recherche sur l’écrantage magnétique des petits propulseurs de Hall (P < 300 W) et sur les cathodes/neutraliseurs.

Voilà d’après moi ce qu’il faut retenir de ce congrès :

      • Le nombre de participants avoisinait 700, ce qui démontre l’intérêt de ce congrès européen et sa place sur la scène internationale, son importance pour tous les acteurs du domaine et la bonne santé du secteur spatial.
      • Les travaux de R&D sur les micropropulseurs pour les satellites (CubeSats, micro- et mini-satellites)  prennent de l’importance avec une augmentation significative du nombre de laboratoires, instituts et entreprises (dont des startups) concernés. Aucun type de systèmes propulsifs n’est épargné avec des progrès à tous les niveaux : propulseurs, composants et systèmes. La « révolution d’échelle » est en marche avec à la clé un accès à l’espace plus simple, plus rapide, moins coûteux et des possibilités en termes de missions, exploitation et marché que l’on a encore du mal à cerner dans leur globalité.
      • De nouvelles expériences réalisées par mon collègue Martin Tajmar de l’Université de Dresden montrent qu’il est fort probable – comme je le pense, voir mon article du 2 janvier 2017 – que le concept d’EM-Drive ne génère aucune poussée, contrairement à ce que certains maintiennent depuis des années. Comme je l’ai expliqué à plusieurs reprises, la « poussée » qui semblait avoir été observée dans certaines manipulations est en fait un artefact, une erreur de mesure. Martin a par exemple expliqué lors de sa conférence au SP 2018 qu’il fallait prendre en compte les effets électromagnétiques (inductifs et capacitifs) au niveau des câbles et des structures. Il faut aussi se méfier des effets thermiques et des effets mécaniques dus à la pression de radiation du champ électromagnétique dans la cavité RF. Des expériences très minutieuses sont également en cours au NRL (voir le congrès IEPC 2017). Je suis convaincu qu’elles aboutiront à la conclusion que l’EM-Drive ne génère aucune force et que la loi de conservation de la quantité de mouvement n’est pas violée.

Germanophobie

Après l’effondrement de la Grèce, le Brexit des britanniques, la montée du populisme dans de nombreux pays de l’ex-bloc soviétique et ailleurs, l’arrivée au pouvoir des deux extrêmes en Italie est une nouvelle preuve de l’instabilité et de la fragilité de l’Europe. On est loin, très loin, de la grande puissance que l’Europe devrait être, capable de jouer à armes égales avec l’Amérique, la Chine, la Russie. Il est grand temps de repenser l’Europe, de remettre sur les rails l’idée d’une union protégeant ses citoyens et proposant une alternative à l’ultra-libéralisme et à la dictature. Si rien n’est fait dans des délais bref, le magnifique projet de Robert Schuman n’aura été qu’une belle utopie.

L’Europe a toujours été maltraitée par les hommes et femmes politiques. Même ceux qui en vivent en font très souvent un bouc-émissaire, l’origine de tous les maux. Si tout va mal, c’est in fine la faute à Bruxelles ! Il est certain qu’accuser l’U. E. est bien plus simple – et efficace politiquement – qu’une remise en question de ses (non-)actes et de ses choix.
Mais il y a encore plus grave et plus dangereux. Ce n’est pas réellement les parlementaires de Bruxelles que l’on blâme, mais les Allemands. Depuis des années, voire des décennies, on reproche à ce pays d’aller bien, trop bien. Et la bonne santé de l’Allemagne aurait des conséquences négatives sur les autres. Un comble à mes yeux. J’entends si souvent autour de moi en France, en Italie, en Grèce, en Espagne que l’Allemagne s’est enrichie sur le dos des autres et nous aurait conduit là où nous en sommes !
Quel ramassis de sottises qui manifeste simplement une grande jalousie. Si l’Allemagne se porte bien, ce pays ravagé par la guerre et à qui la réunification a coûté très chère, c’est d’abord grâce aux allemands, à leurs orientations, à leur pragmatisme, aux réformes menées. Nous sommes les seuls responsables de notre situation et de nos échecs. On ne peut pas rester les bras croisés, refuser tout changement, dépenser sans compter et espérer prospérer et préparer un futur radieux.
Alors stoppons d’être germanophobe par facilité et prenons nous en mains. Il faut désormais agir ou demain sera bien pire qu’aujourd’hui.