Archives de l’auteur : Stéphane Mazouffre

Physicien des plasmas - Spécialiste en propulsion spatiale Directeur de Recherche au CNRS Responsable de l'équipe Propulsion Electrique au laboratoire ICARE à Orléans

Falcon Heavy

Décollage de la fusée Falcon Heavy de Space X depuis Cap Canaveral le 6 février 2018.

Je viens de regarder en direct (21h45 heure de Paris) le lancement de la fusée Falcon Heavy depuis Cape Canaveral sur le site de Space X. Avec ses 27 moteurs Merlin 1D qui lui donnent la capacité de placer 63,8 tonnes de charge utile en orbite basse, Falcon Heavy est aujourd’hui le lanceur le plus puissant en service. Mais il reste néanmoins loin derrière la gigantesque fusée Saturn V.

Waouh ! Extrêmement impressionnant. Une superbe réussite pour l’entreprise d’Elon Musk. Un fait majeur dans l’histoire de l’Homo-Spatialis. Le 6 février 2018 ne sera plus désormais un jour comme les autres. Et que dire de l’atterrissage synchronisé des deux boosters latéraux ! Un moment presque magique. Je vous invite à visionner cette séquence si vous ne l’avez pas vue.

Même si l’étage central n’est pas récupéré (pour l’instant Space X ne donne pas d’information sur l’atterrissage prévu sur la barge en mer), c’est un grand événement qu’il faut célébrer. Un pas de plus vers la conquête du système solaire.
Les images du Tesla Roadster voguant dans l’espace avec Monsieur Starman équipé de sa combinaison spatiale étaient elles aussi à couper le souffle.

Il y a du génie dans tout ça. Il est évident que Space X a encore plusieurs longuers d’avance, mais un tel événement suivit par des millions de personnes ne manquera pas de motiver les concurrents. L’histoire est loin d’être terminée. Tant mieux.

PS : J’ai eu la chance de visiter le complexe de lancement 39 (LC 39) de Cape Canaveral, d’où sont partis Saturn V et la navette spatiale, il y a deux ans et demi. Le pas de tir 39A était alors en cours de réaménagement pour accueillir le lanceur Falcon Heavy.

Une interview de S. Tesson

Il faut lire cette interview de Sylvain Tesson parue dans le journal Le Figaro lundi.
Sylvain Tesson, écrivain, explorateur, penseur et plus encore, y parle de nos sociétés contemporaines et de l’accélération tous azimuts ô combien dangereuse qui les caractérise. Tout va vite, très vite, de plus en plus vite, mais dans quel but ? Et avec quelles conséquences ? ST donne aussi son avis, très pertinent à mes yeux, sur l’homme augmenté, duquel on s’approche à grands pas ainsi que sur la croyance béate en la technologie et la science non réfléchie. Là aussi le risque est grand.
En quelques mots, je dirai que Sylvain Tesson nous interpelle au travers d’un texte superbe parsemé de références justement choisies sur un possible cauchemar à portée de mains.

Si vous n’avez pas accès au Figaro, l’article est disponible ici.

Singapour

Je viens de passer une semaine à Singapour où j’assistais à la deuxième édition de la conférence MicroPropulsion & CubeSats (MPCS 2018). Nos collègues de l’Université (Nanyang Technological University, NTU) avaient réuni environ 70 chercheurs, spécialistes en propulsion et technologies spatiales pour la plupart. Je dois avouer qu’il s’agit de l’un des meilleurs congrès auquel j’ai participé ces dernières années. Il y a plusieurs raisons à cela.

Tout d’abord, la taille, en termes de participants, étant très réduite, on peut aisément échanger et approfondir certains sujets. Deuxièmement, le thème de la conférence est riche et parfaitement en phase avec la situation actuelle. Le domaine des petits satellites est en expansion rapide et les idées et projets foisonnent. Le congrès MPCS offre la possibilité de se tenir informé précisément des avancées et découvertes dans le domaine des systèmes de propulsion miniatures. Troisièmement, la tenue du congrès à Singapour a permis aux chercheurs européens de rencontrer (souvent pour la première fois) leurs homologues chinois. On a pu constater l’étendue et la qualité des travaux menés dans ce grand pays qui pourrait dans un avenir proche gérer la planète. Finalement, le lieu a sans doute influencé de manière positive mon sentiment. Singapour est un micro-état de 720 km2, situé à un carrefour stratégique, qui en 40 ans a réussit à se hisser en haut des classements alors que ce bout de terre ne possèdait au départ aucune ressource, si ce n’est des citoyens déterminés, confiants et enthousiastes.

Mon séjour à Singapour m’a permis de visiter le laboratoire de propulsion électrique du Professeur Shuyan Xu, directeur du Plasma Sources and Applications Centre (PSAC). J’ai été impressionné par la rapidité avec laquelle la jeune équipe du Prof. Xu a pris en main le sujet de la PE et construit une infrastructure de haut niveau en seulement deux ans. Les études qui y sont actuellement menées suivent des approches innovantes. Elles devraient aboutir rapidement à des résultats remarquables qui pourraient bouleverser le domaine de la micro-propulsion spatiale.
J’ai eu la possibilité de parcourir le centre de recherche sur les technologies des satellites, également situé sur le campus de l’Université. J’ai ainsi vu pour la première fois des vrais Cubesats et micro-satellites. Il est évident que la proximité de ce centre offre au groupe du Prof. Xu des avantages et opportunités.

Notez que le troisième congrès MPCS sera organisé au mois de juillet prochain aux Etats-Unis par mon amis le Prof. Michael Keidar de l’Université George Washington. La 4ème édition pourrait avoir lieu en Chine en 2019 et si tout va bien, je devrais organiser la 5ème édition en France en 2020.

Base de données sur nanosats

Nanosatellite database, by Erik

Il s’agit d’une base de données sur les nano-satellites (typiquemment, masse < 10 kg) qui contient une quantité incroyable d’information sur les missions (passées, en cours et à venir), les entreprises, les équipements, les lanceurs et cetera. On y trouve aussi des informations sur les systèmes propulsifs actuellement disponibles. Je vous recommande ce cite si le domaine des nano-satellites, en pleine expansion actuellement, vous intéresse.

Je rapelle aux lecteurs que les CubeSats représentent une catégorie particulière de nano- et micro-satellites basées sur la norme U où 1U correspond à un volume de 10×10×10 cm3, soit 1 litre. On parle donc de Cubesat de taille 1U, 2U, 3U… Typiquement, une satellite de taille 1U a une masse de ∼1 kg.

Livres lus

Parmis les livres que j’ai lus cette année, voici ceux qui m’ont le plus marqué. J’ai déjà parlé de Metro 2033 et VS3 sur ce blog. Je vous recommande grandement la trilogie Silo, Les chemins noirs et The industries of the future. Et si vous voulez vous détendre tout en apprenant, Amazing stories of the space age.

Silo – Hugh Howey
Silo Origines – Hugh Howey
Silo Générations – Hugh Howey
Metro 2033 – Dmitri Glukhovski
Origine – Dan Brown
God’s ground – J. Brophy
The industries of the future – Alec Ross
Le minimum théorique – Leonard Susskind et George Hrabovsky
Amazing stories of the space age – Rod Pyle
Les chemins noirs – Sylvain Tesson
Berezina – Sylvain Tesson
Vernon Subutex 3 – Virginie Despentes
Entre deux mers – Axel Kahn
Pensées en Chemin – Axel Kahn

Randonnées

Cette année fût une année à randonnées. J’ai réussi à réaliser plusieurs parcours en Sologne et en Limousin pour mon plus grand plaisir. Ces randonnées sont pour moi une bouffée d’oxygène nécessaire, pour ne pas dire obligatoire, afin de maintenir un emploi du temps chargé mais également pour prendre du temps, m’isoler, réfléchir et penser à mes travaux, à mes projets, à ma vie, à mes proches et mes amis, au monde et à sa course folle, à après-demain.

Voici donc les routes que j’ai parcouru au cours des derniers mois.

Sologne, février : Orléans – Mézières-les Clery, 28 km
Monts d’Ambazac, mai : Saint Sylvestre, Grandmont, traversée de la réserve naturelle de la Tourbière des Dauges, 35 km
Monts de Blond, août : Massempy – Bachellerie, 42,5 km avec plus de 2000 m de dénivelé en valeur absolue
Monts d’Ambazac, octobre : Saint Léger la Montage, La Jonchère Saint Maurice, passage au travers de l’Arboretum et montée au Puy de Sauvagnac, l’un des  » sommets  » les plus hauts de la région avec ses 700 m, envrion 2500 m de dénivelé affronté, 34 km
Monts de Blond, décembre : Massempy – Mont Rocher, randonnée à 0° en moyenne mais sous un ciel clair avec de beaux paysages gelés, 31 km.

J’espère que l’année qui s’annonce me donnera la possibilité de faire encore plus de marche dans des lieux différents et nouveaux.

J & J

La France vient de perdre coup sur coup deux grands hommes, Johnny Hallyday et Jean d’Ormesson. Deux hommes qui n’avait que peu de points communs, si ce n’est la valeur travail et une certaine recherche de la perfection. Je n’étais adorateur ni de l’un ni de l’autre mais j’ai toujours eu un profond respect pour ces messieurs qui reflétaient si bien la diversité de mon pays natal.

Johny Halliday était avant tout un chanteur à la carrière impressionnante sous tous les aspects, qui a popularisé le rock et le blue. Même s’il fut incontestablement l’idole d’une génération, il a su traverser les décennies et devenir un symbole, voire une icône. Emouvant hommage rendu par la foule à l’artiste hier sur les champs Elysée puis à l’église de la Madeleine à Paris. Aurait-il imaginé ça ?

Jean d’Ormesson était un écrivain et un philosophe qui a marqué une époque. Un intellectuel de droite comme je l’ai si souvent lu. Je n’ai jamais vraiment compris cette qualification. N’y a-t-il que des intellectuels à gauche ? Heureusement non. Il y en a à gauche, à droite et même aux deux extrêmes. C’est la diversité des points de vue qui fait la richesse de l’homme et qui permet in fine d’en extraire le meilleur.

La France est triste en ce mois de décembre 2017. Une page se referme. On s’éloigne de plus en plus du 20ème siècle.

Spectroscopie laser

J’étais au Col de Porte près de Grenoble il y a une semaine dans le cadre d’un atelier du Réseau des plasmas froids du CNRS.
Cet atelier de 2 jours, organisé par mon ami Nader Sadeghi et moi-même, avait pour sujet principal la spectroscopie lasers appliquée aux décharges plasmas. Les participants ont pu suivre 8 conférences et participer à des travaux pratiques sur l’absorption et la Fluorescence Induite par Laser dans une décharge d’argon magnétisée.
Cette édition comportait également un exposé sur la sécurité liée à l’emploi de lasers et une conférence sur la spectroscopie par rayonnement synchrotron.
Comme toujours les présentations étaient de grande qualité et les échanges ont été nombreux et, je l’espère, utiles et fructueux.

J’ai, en ce qui me concerne, parlé de la mesure de la fonction de distribution en vitesse des atomes et des ions dans les plasmas, en insistant sur la méthode, les artefacts et pièges et l’analyse des profils de raie. Les transparents que j’ai utilisés sont disponibles ici.

Les lecteurs intéressés trouveront l’ensemble des présentations de cet atelier sur le site du RPF.

R. G. Jahn

Je viens d’apprendre par le président de l’ERPS la disparition du professeur Robert G. Jahn. Il est décédé hier à Princeton dans le New Jersey.
C’est une grande perte et une bien triste nouvelle pour la communauté de la propulsion spatiale et de la physique des plasmas. R. G. Jahn était un géant, comme l’a écrit un collègue, et l’un des pilliers, des pères fondateurs de la propulsion électrique avec Ernst Stuhlinger, Alexey I. Morozov et Horst W. Loeb.

R. G. Jahn a publié en 1968 un ouvrage de référence intitulé Physics of Electric Propulsion. Nous l’avons tous lu et nous nous en sommes tous inspiré. Ce livre aura bientôt cinquante ans, et pourtant tout y est, ou presque. A la lecture de ce petit livre rouge, on constate que Jahn était à la fois un excellent physicien mais aussi un très bon pédagogue. Ceux qui l’ont cotoyé et ceux qui ont étudié sous sa direction ne me contrediront pas.

Que ce grand homme repose en paix.

Apollo IV

Apollo 4

Le lanceur américain Saturn V sur son pas de tir avant son premier décollage dans le cadre de la mission Apollo 4.

C’était il y a exactement 50 ans. La gigantesque fusée Saturn V décollait du Kennedy Space Center en Floride pour la première fois. Il s’agissait de la mission non-habitée Apollo 4 du programme lunaire américain qui amènerait les premiers hommes sur la Lune deux ans plus tard.

Superbe photographie prise au levé du soleil. Magnifique lanceur, l’un des plus puissants construit jusqu’ici avec la navette spatiale, que j’ai eu la chance de voir au Johnson Space Center à Houston au Texas en 2001 ainsi qu’au KSC en Floride en 2015. J’ai aussi pu voir deux autres constructions imposantes : le hangar d’assemblage de Saturn 5 et le chariot qui la transportait du hangar au pas de tir. Pour l’anecdote, sur le hangar est dessiné le plus grand drapeau américain au monde.
Les lecteurs intéressés trouveront de nombreuses informations sur la mission Apollo 4, le lanceur Saturn V et le programme lunaire sur le site Space.com de la NASA.

La conquête spatiale ne s’est bien sûr pas arrêtée après la course à la Lune. Il y a eu la réalisation de plusieurs stations spatiales dont l’ISS, le télescope Hubble, la fantastique épopée de la navette spatiale, le développement de dizaines de lanceurs, l’envoie de nombreuses sondes scientifiques vers les planètes lointaines et au-delà du système solaire, l’exploration de Mars avec des rovers, la mesure du fond diffus cosmologique, la découverte de centaines d’exoplanètes… Malgré tous ces accomplissements majeurs, je trouve que l’on manque d’ambition. Il est désormais temps de s’élever à nouveau, de partir conquérir notre environnement proche, d’explorer en profondeur les planètes lointaines et leurs satellites et d’imaginer des solutions pour sortir de la zone d’influence du Soleil et partir à la découverte des exoplanètes et peut-être d’autres mondes. Bref, il est grand temps de passer à l’action et de faire rêver à nouveau.