Complexité des systèmes économiques
J’ai lu ce weekend un article passionnant sur la complexité des systèmes économiques, qualifiée de “ regrettable ” par son auteur, J.-P. Bouchaud. Cet article fort bien écrit est publié dans le dernier numéro de la revue Reflets de la Physique de la SFP.
Je me permets de mettre ici à disposition de mes lecteurs une version scannée de l’article au format pdf tant je pense que sa lecture peut être une profonde source d’inspiration pour préparer un monde plus stable.
Qu’explique en détail l’auteur au long de ces cinq pages ? Une chose dont ont probablement conscience tous les esprits censés (je m’inclus dans ce lot) : l’économie et la finance font appel à des modèles théoriques qui ne sont en rien en adéquation avec la réalité. Pour faire simple, dans les modélisations sur lesquelles se basent les acteurs des marchés pour prendre des décisions, et par là orienter des milliers de vies, l’homme est représenté comme un être parfait qui agît sans arrières-pensées, sans émotions et sans calculs égoïstes ! On ne sera donc pas surpris que des crises violentes et qui mettent à mal la planète entière surgissent régulièrement. En fait, loin d’être évidente comme le voudrait certains, l’évolution des marchés et de l’économie mondiale est fortement complexe et non-linéaire, ce qu’aucun modèle ne prend en compte. Encore faut-il que les prédictions soient possibles puisque l’on entre alors dans le royaume de la théorie du chaos et des systèmes hors-équilibre. Une grande partie de l’article est d’ailleurs consacré à l’analogie entre la dynamique des marchés et celle de certains systèmes physiques.
Avant de terminer, je voudrais faire deux commentaires.
L’auteur donne en page 2 un exemple éloquent qui montre bien à quel point la valeur des actions d’une société ou du cours d’une matière première n’a rien à voir avec la réalité, le concret, mais dépend de l’humeur des acteurs, de spéculations, de rumeurs…
D’autre part, l’auteur suggère de faire figurer l’industrie financière au rang des industries dangereuses comme le nucléaire où la biochimie, ce qui sous-entend la mise en place d’instances indépendantes de contrôle et de régulation. Voilà une piste fort intéressante.
Superbe article, édifiante réflexion :
Adam Smith est mort,
on a coupé la “main invisible” qui prétend bénéfique au grand nombre les décisions des individus qui n’œuvrent que dans leur intérêt propre.
Le Néo-libéralisme se dépouille des ses oripeaux pseudo scientifiques.
La dérégulation totale est une ânerie. Ses chantres (Thatcher, Bush, la commission européenne et Sarkozy…) prennent des allures de fossoyeurs de l’idée de société (dans laquelle vivre ensemble et trouver les moyens de vivre ensemble est essentiel), favorisant l’émergence des intérêts particuliers et des oligopoles privés (pétrole, mines, acier, cies aériennes mais aussi bientôt énergie, transports, courrier…).
Je ne vire pas crypto-communiste, seulement social-démocrate au pire.
Lire aussi Krugman :
http://www.nytimes.com/2010/07/16/opinion/16krugman.html?_r=1&ref=paulkrugman
2 chantiers s’ouvrent :
1 Sur le plan de la recherche fondamentale, cette science molle qu’est l’économie cherche son modèle fondateur.
On a tué Black Scholes, comme en son temps Copernic et Galilée ont tué Aristote.
Par quoi le remplacer ?
Pourquoi pas bêtement une approche empirique (style rétro engineering) ?
Après tout, c’est ce que font les chartistes à longueur d’année :
je regarde la forme des courbes des cours d’une action. J’essaie d’y reconnaitre quelques classiques (tete-épaules, support, résistance etc…) et parce que cette allure a donné telle évolution dans le passé, je pense qu’elle va donner telle tendance dans un futur proche…
C’est pragmatique , sans prétention théorique… et pire que tout, ça ne marche pas si mal que ça…
Et puis les idées de JP Bouchaud semblent pour le moins pertinentes : si on doit chercher un modèle pertinent, avant de le pousser à des degrés de raffinement abscons et criminels, il faut en valider les fondamentaux…
Inclure les notions de subjectivité, de grégarisme (beeeh), de persistance dans la conviction, bref tous les biais de nos cerveaux d’homo (pas) sapiens semble pertinent. Et les modèles ne manquent apparemment pas ! Je suis étonné, vus les enjeux, de lire pour la première fois une remise en cause des lemmes de la science économique…
2 Sur le plan de l’action politique
La mode est à l’annonce d’une régulation renforcée (G20, Sarko, Obama, etc…) mais pour l’instant, tout celà se traduit par… rien…
Comme d’habitude, ce n’est qu’une fois dans le mur que nous réagirons.
Juste un florilège du jour pour illustrer le rationalisme des marchés…
La différence avec le bar du commerce ?
La taille des verres et l’ampleur de l’addition..
“Vers 13h30, le CAC 40 perd 1,2% à 3444 points dans un volume 1,1 milliard d’euros, tandis que l’EuroStoxx 50 abandonne 1% et que les futures américains annoncent un recul à Wall Street, de l’ordre de 0,8%.
Les investisseurs suivront aussi la publication des permis de construire et des mises en chantier aux Etats-Unis. ‘Avec la fin des aides gouvernementales, l’activité immobilière a nettement faibli en mai. Les publications d’aujourd’hui et du reste de la semaine permettront de voir si ce mouvement perdure’, prévient un spécialiste.
‘Les investisseurs ne peuvent pas anticiper de bonnes nouvelles sur cet indicateur, notamment après l’enquête de la NHAB d’hier’, prévient un gérant. ‘Les marchés ont réagi très négativement à cette publication hier, ce qui fait que la réaction aux mises en chantier de logements pourrait être plus positive aujourd’hui’, estime-t-il.
Sur le CAC, Alstom se replie d’environ 2,4% à 36 euros après avoir indiqué que son chiffre d’affaires s’était maintenu au premier trimestre 2010/2011 (-1%), mais que ses prises de commandes avaient été affectées par le manque de grands projets.
L’action Peugeot essuie une baisse de 3,7% qui la ramène à 22,5 euros, alors que Morgan Stanley a vigoureusement rétrogradé le titre en lui préférant son concurrent et compatriote Renault.”
http://www.boursorama.com/international/detail_actu_intern.phtml?num=897be8e35ac5e0c83f7e3fb89e8d5683
Tout comme toi je me suis régalé à la lecture de ce texte. Un excellent travail que certains devraient méditer.
Un petit commentaire au sujet d’une approche ” plus empirique ” des marchés comme tu le préconises.
Ce n’est hélas sans doute pas possible (ce que dit à demi-mot J.-P. Bouchaud) car l’économie et la finance sont des systèmes non-linéaires, instationnaires et très instable car hors d’équilibre. Il faut donc se tourner vers les outils (certes complexes) développés pour l’étude de certains systèmes physiques (en deux mots vers la Théorie du Chaos).
Mais surtout, il faut retrouver du bon sens et mettre en place une législation et une régulation internationale. Pour ma part, j’ai du mal à y croire, du moins à court terme.