Une journée pas ordinaire

Déjeuner en tout début d’après midi à la Brasserie Rivié de l’hôtel Hoxton dans le quartier du Sentier à Paris.
Lieu calme et charmant au coeur de Paris. Bonne cuisine, bon service. Endroit idéal pour une réunion.
J’y ai retrouvé un vieil ami, 14 ans après notre première rencontre à Savannah en Géorgie.
Il y avait aussi des amis à lui venus des Etats-Unis. D’autres nous ont rejoint via Skype depuis le nord de l’Europe et la Grèce.
On a parlé, beaucoup. Fait le point. On s’est projeté à court et à moyen terme. Nous sommes d’accord et enthousiastes depuis le départ donc tout était simple et fluide.
Nous étions heureux d’être là, et fiers de ce projet, de cette belle aventure qui commence.
Ils sont confiants. Je suis confiant. On ira loin, dans tous les sens du terme.

Ce 10 juillet 2018 est à marqué d’une pierre blanche.
Ce n’est pas un jour comme les autres.
J’en reparlerai dans 10 ans, dans 20 ans en expliquant que tout a commencé là, autour d’une table, un verre de délicieux vin blanc à la main.
Cheers!

Où va l’Europe ?

Dans la série Où va… Voir mon billet du 19 mai.
Depuis une décennie l’Europe vacille, mais l’Europe résiste aux turbulences.
Jusqu’à quand ? Allons-nous dans les années qui viennent assister à l’éclatement puis à la fin de l’Europe, pour parodier le célèbre ouvrage de F. Fukuyama ?
Hélas, la probabilité que cette magnifique construction humaine s’effondre est élevée. Il faut se préoccuper du rejet croissant de l’Union par ses citoyens et des manipulations des hommes et femmes politiques pour qui l’Europe n’est qu’un levier de plus pour leur carrière.

Il y a eu la crise financière qui a mis à mal la solidarité entre les états de l’Union, puis la montée des nationalismes, puis la crise Ukrainienne, puis le terrorisme islamique, puis le Brexit, puis les tendances séparatistes et enfin le problème des migrants qui met l’édifice sous grande tension.
L’Europe se déchire et s’épuise. La construction d’une modèle économique et social unique est à l’arrêt, l’Europe de la défense reste encore une illusion dans un monde incertain et je ne parle pas de l’Europe politique qui n’existe pas. L’UE reste la somme des vingt-huit états qui la compose.
La conséquence est qu’elle ne pèse rien sur l’échiquier mondiale, qu’elle n’est pas écoutée, qu’elle ne peut pas imposer son point de vue et que ses faiblesses profitent aux Etats-Unis d’Amérique, à la Chine et à la Russie qui ne se privent pas de d’exploiter et de torpiller l’édifice.

Ce n’est pas l’Europe que je veux, certes. Pourtant je ne souhaite pas léguer à mon fils un monde sans Europe que je vois comme un monde sans justice où le plus fort gagnera à tous les coûts.
Alors il faut se battre, expliquer que l’Union nous a beaucoup apporté et que sa disparition nous rendrait plus faibles. Il faut aussi forcer les politiques à ne plus se servir de l’Europe et dénoncer leurs mensonges. Il ne faudra pas se tromper aux prochaines élections européennes qui se dérouleront en mai 2019. Nous n’aurons peut-être pas une autre chance de changer de cap.

Space Propulsion 2018

L’édition 2018 du congrès Space Propulsion se tenait à Séville en Espagne du 14 au 18 mai.
Mon équipe était bien sûr sur place pour présenter des résultats de recherche sur l’écrantage magnétique des petits propulseurs de Hall (P < 300 W) et sur les cathodes/neutraliseurs.

Voilà d’après moi ce qu’il faut retenir de ce congrès :

      • Le nombre de participants avoisinait 700, ce qui démontre l’intérêt de ce congrès européen et sa place sur la scène internationale, son importance pour tous les acteurs du domaine et la bonne santé du secteur spatial.
      • Les travaux de R&D sur les micropropulseurs pour les satellites (CubeSats, micro- et mini-satellites)  prennent de l’importance avec une augmentation significative du nombre de laboratoires, instituts et entreprises (dont des startups) concernés. Aucun type de systèmes propulsifs n’est épargné avec des progrès à tous les niveaux : propulseurs, composants et systèmes. La « révolution d’échelle » est en marche avec à la clé un accès à l’espace plus simple, plus rapide, moins coûteux et des possibilités en termes de missions, exploitation et marché que l’on a encore du mal à cerner dans leur globalité.
      • De nouvelles expériences réalisées par mon collègue Martin Tajmar de l’Université de Dresden montrent qu’il est fort probable – comme je le pense, voir mon article du 2 janvier 2017 – que le concept d’EM-Drive ne génère aucune poussée, contrairement à ce que certains maintiennent depuis des années. Comme je l’ai expliqué à plusieurs reprises, la « poussée » qui semblait avoir été observée dans certaines manipulations est en fait un artefact, une erreur de mesure. Martin a par exemple expliqué lors de sa conférence au SP 2018 qu’il fallait prendre en compte les effets électromagnétiques (inductifs et capacitifs) au niveau des câbles et des structures. Il faut aussi se méfier des effets thermiques et des effets mécaniques dus à la pression de radiation du champ électromagnétique dans la cavité RF. Des expériences très minutieuses sont également en cours au NRL (voir le congrès IEPC 2017). Je suis convaincu qu’elles aboutiront à la conclusion que l’EM-Drive ne génère aucune force et que la loi de conservation de la quantité de mouvement n’est pas violée.

Germanophobie

Après l’effondrement de la Grèce, le Brexit des britanniques, la montée du populisme dans de nombreux pays de l’ex-bloc soviétique et ailleurs, l’arrivée au pouvoir des deux extrêmes en Italie est une nouvelle preuve de l’instabilité et de la fragilité de l’Europe. On est loin, très loin, de la grande puissance que l’Europe devrait être, capable de jouer à armes égales avec l’Amérique, la Chine, la Russie. Il est grand temps de repenser l’Europe, de remettre sur les rails l’idée d’une union protégeant ses citoyens et proposant une alternative à l’ultra-libéralisme et à la dictature. Si rien n’est fait dans des délais bref, le magnifique projet de Robert Schuman n’aura été qu’une belle utopie.

L’Europe a toujours été maltraitée par les hommes et femmes politiques. Même ceux qui en vivent en font très souvent un bouc-émissaire, l’origine de tous les maux. Si tout va mal, c’est in fine la faute à Bruxelles ! Il est certain qu’accuser l’U. E. est bien plus simple – et efficace politiquement – qu’une remise en question de ses (non-)actes et de ses choix.
Mais il y a encore plus grave et plus dangereux. Ce n’est pas réellement les parlementaires de Bruxelles que l’on blâme, mais les Allemands. Depuis des années, voire des décennies, on reproche à ce pays d’aller bien, trop bien. Et la bonne santé de l’Allemagne aurait des conséquences négatives sur les autres. Un comble à mes yeux. J’entends si souvent autour de moi en France, en Italie, en Grèce, en Espagne que l’Allemagne s’est enrichie sur le dos des autres et nous aurait conduit là où nous en sommes !
Quel ramassis de sottises qui manifeste simplement une grande jalousie. Si l’Allemagne se porte bien, ce pays ravagé par la guerre et à qui la réunification a coûté très chère, c’est d’abord grâce aux allemands, à leurs orientations, à leur pragmatisme, aux réformes menées. Nous sommes les seuls responsables de notre situation et de nos échecs. On ne peut pas rester les bras croisés, refuser tout changement, dépenser sans compter et espérer prospérer et préparer un futur radieux.
Alors stoppons d’être germanophobe par facilité et prenons nous en mains. Il faut désormais agir ou demain sera bien pire qu’aujourd’hui.

Où va L’Amérique ?

Je m’interroge sur ce pays depuis des mois, plus précisément depuis que Donald Trump a accédé au pouvoir et prit les rênes du pays qui, qu’on l’approuve ou pas, domine toujours le monde.
Je vois aujourd’hui une Amérique qui sombre entraînant dans sa chute tous les pions de l’échiquier. Qu’arrive-t-il à cette Amérique, à ce pays que je visite tous les ans depuis la fin des années quatre vingt-dix et dont j’apprécie les habitants, les paysages et les villes ?

L’Amérique déraille, perd de sa superbe, et lentement s’isole.
L’effondrement date-t-il de l’investiture de D. Trump comme 45ème président des États-Unis en janvier 2017 ? Les historiens feront toute la lumière sur l’instant « zéro ». Ce qui est certain néanmoins, c’est que tout s’accélère depuis que celui que l’on n’attendait pas siège dans le bureau ovale.

Rien ne semble cohérent, pensé ? A-t-il seulement une vision à long terme ? Une stratégie ?
Le roi des tweets et des fake news agit au jour le jour pour son pays, les mots et actes variant au gré de son humeur, des programmes de la télévision et des articles de presse.
Voilà un président qui ne s’intéresse à presque rien, joue au golf plus qu’il ne devrait, choisit la vérité qui l’arrange, ment à longueur de journée, ne sait pas se tenir, prononce des grossièretés, hait les journalistes, les intéllectuels et plus généralement ceux qui le dérangent ou qu’il ne comprend pas, attise les conflits et condamne les générations futures.
Dans le but de rendre l’Amérique plus forte ? Meilleure ?

Je n’y crois que partiellement. D. Trump –  que je ne crois pas idiot ; inculte sans doute mais pas bête – agit pour ses intérêts propres, ceux de ses proches et amis. Donald gère l’Amérique pour maximiser les profits de sa tribu. Les riches seront encore plus riches et plus puissants ; le sort des perdants ne l’intéresse pas. L’Amérique peut bien sombrer, ses amis, alliés et ennemis avec, la planète peut s’enflammer, tant que les dollars s’empilent tout va pour le mieux.
Il faut aussi garder à l’esprit que les élections de mi-mandat (élection des deux chambres du Congrès) auront lieu en novembre prochain.  D. Trump doit donc rassurer son électorat et ses soutiens, montrer qu’il est un homme fort. Souhaitons aux démocrates de l’emporter pour que l’Amérique se redresse.

Une question demeure. Celle qui importe vraiment. Elle tourne dans ma tête depuis un certain 8 novembre 2016.
Pourquoi Donald Trump a-t-il gagné les élections ? Après B. Obama, comment l’Amérique en est-elle arrivé là ?
Que révèle le choix de D. T. sur l’Amérique, sur le monde ?

Je vous invite à lire un article écrit par Laurent Sagalovitsch et paru dans Slate il y a quelques jours :
Un beau matin, l’Amérique se réveillera cul nu.
Une réflexion pertinente qui apporte certaines réponses.

Falcon 9 Block 5

J’ai suivit hier soir en direct avec enchantement le lancement depuis Cap Canaveral de la fusée Falcon 9 Block 5 de Space X. Vol parfaitement réussi avec récupération du premier étage sur une barge située dans l’océan atlantique. Il s’agissait du vol inaugural de la nouvelle version du lanceur Falcon 9, la version quasi finale. Le modèle Block 5 nécessite une maintenance très réduite après récupération ce qui va faciliter sa réutilisation. E. Musk vise 24 heures entre deux lancements consécutifs. S’il y parvient – faisons lui confiance – le domaine connaîtra un bouleversement majeur.

Tout bouge très vite actuellement dans l’aérospatial. Space X réfléchit à la récupération du deuxième étage de Falcon 9 et de la coiffe, de quoi encore réduire les coûts. Blue Origin progresse aussi de son côté et pourrait bientôt concurrencer Space X. La Chine fait peu de bruit mais réalise des pas de géants dans tous les secteurs. L’Europe n’est pas en reste même si elle a les moyens de faire beaucoup mieux. Les grands acteurs se transforment et voient grand. Des startups se créent chaque jour partout sur la planète. Leurs dirigeants, dynamiques et motivés, proposent de nouveaux concepts, des innovations et solutions et des projets qui concernent l’orbite terrestre, la Lune, les astéroïdes, les planètes géantes et leurs satellites, voire les exoplanètes. Des frontières disparaissent. De nouvelles perspectives émergent. Le rêve devient petit à petit réalité.

L’avenir de l’homme se jouera dans l’espace, ou ne se jouera pas.
J’en suis convaincu.

Bol d’air

Randonnée hier aux alentours de Jabreilles-les-bordes dans les monts d’Ambazac en haute-Vienne. Temps idéal : ciel bleu, ni trop chaud, ni trop froid. Marché 27 kilomètres et subi 1600 mètres de dénivelé en valeur absolue. Superbes paysages découverts dans un coin de mon Limousin natal que je ne connaissais pas alors qu’il suffit d’une demi-heure pour l’atteindre depuis le centre ville de Limoges. Le printemps est installé. L’herbe est verte, les cours d’eau chargés, les prairies sont en fleur et les arbres retrouvent leur feuillage. Une seule ombre au tableau : il n’y a presque pas d’insectes. Seulement aperçu quelques papillons. Je sais qu’il est encore tôt, l’été est loin, mais tout de même, tout est étrangement calme, trop calme me semble-t-il.
Je me rapelle des mes dix ans et de mes escapades hebdomadaires dans les prés, les sous-bois, les forêts et autour des étangs. La vie y était turbulente, bruyante. A chacun de mes pas les insectes s’agitaient, bondissaient, s’envolaient, protestaient. Désormais je ne dérange presque plus personne. Ce fait ne date pas d’hier ; il y a dix ans je me plaignais déjà de l’absence de vie dans nos campagnes et montagnes. Mais il prend de l’ampleur. Il est grand temps de se réveiller et de modifier nos comportements. Je veux que mon fils court après les sauterelles, les coccinelles et autres bestioles. Les citoyens prennent heureusement conscience de tout cela. La jeune génération n’est pas dupe. Je crois que les choses bougent et s’orientent dans la bonne direction. Tout n’est pas fichu.

J’ai marché huit heures. Seul. Pris le temps de regarder, de profiter des paysages, de penser. Un grand bol d’air qui redonne des forces et de l’envie. Sorte de « reset » qui tombe à point. La période est dense. Les idées fusent, les travaux se concrétisent, les projets s’empilent. Cette année sera riche. Peut-être même décisive. Un tournant s’amorce, je le pressens.

Macron hier soir

On débattra longtemps du fond de l’interview du Président de la République Emmanuel Macron diffusée hier soir sur RMC, Mediapart et BFM-TV. Mon propos n’est pas ici même si face à Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin l’exercice n’était pas des plus simples. Je trouve d’ailleurs que le Président s’en est très bien tiré. Peu d’hommes ou de femmes politiques contemporains auraient réussi un tel débat. S’y seraient-ils risqués d’ailleurs ?

Les temps ont changé. Voilà ce que révèle d’abord cet exercice médiatique inédit. On peut utiliser de nombreux adjectifs pour décrire ce moment de la vie politique française, mais certainement pas  » complaisant « . Deux heures quarante d’interview sans retenue, sans langue de bois, avec des questions dures, souvent orientées et des réponses parfois compliquées ou techniques, mais des réponses. Je note d’ailleurs que la Droite critique (LR et FN), mais sans faire avancer le débat, alors que la Gauche (PS, LFI et PCF) est plus nuancée et assez satisfaite de la forme et de la pugnacité des deux journalistes.

On vit dans un beau pays. Voilà ce que je voudrais dire à mes compatriotes au lendemain de cette interview. Même si tout n’est pas parfait, naturellement.
On était loin d’un acte théâtral. Les journalistes n’étaient pas tenus. Le Président a répondu sans détour et n’a jamais esquivé une question.
Dans quel pays un tel exercice est-il transposable ? La Chine, La Russie, la Turquie, les USA, la Hongrie, la Pologne… ?

En France, le peuple est libre ; la presse aussi. La justice fonctionne. La corruption n’est pas endémique. On est loin d’une oligarchie ou d’une dictature. N’oublions jamais cela. Ne nous laissons pas aveugler par des réponses faciles et souvent futiles. Tout peut très vite basculer.

Propulseur à eau

BlackSky est une constellation de plusieurs dizaines de microsatellites destinés à l’observation de la Terre. BlackSky se caractérisera par une fréquence de passage élevée, supérieure à celle de Planet par exemple, et par une offre de services assez large. Les premiers microsats de cette constellation devraient être lancés dans 1 an par un lanceur Falcon 9 de Space X.

Les satellites de BlackSky seront propulsés par le système Comet de Deep Space Industries.

Comet est un résistojet, un propulseur de type électrothermique. Le principe de base d’un résistojet est relativement simple : un ergol sous forme gazeuse est porté à haute température en traversant des éléments chauffants puis détendu à travers une tuyère. La détente transforme l’énergie thermique du gaz en énergie cinétique. La vitesse finale, donc l’impulsion spécifique générée par le système, dépend de la température qui se situe en général entre 1000 °C et 2000 °C. La poussée produite est plutôt liée au débit d’ergol qui peut être assez grand.
Ce type de propulseurs vole depuis les années 1960. L’impulsion spécifique est assez basse, autour de 100-200 s, i.e. comparable aux moteurs chimiques, mais la poussée, comprise entre 10 mN et 1 N, est relativement grande pour un système électrique. Via une optimisation des échanges de chaleur, le rendement peut dépasser 50 %.

Les résistojets sont bien adaptés pour les microsatellites. Le système est compact, simple, facile à intégrer et fonctionne à basse tension, donc peu onéreux. De plus l’efficacité est élevée. Par contre la faible Isp oblige à emporter une quantité d’ergol importante pour réaliser le Delta-v envisagé.
En plus de Comet, il y a d’autres systèmes disponibles chez Busek, SSTL, Mars Space Ltd ou à la TU de Delft par exemple, dont certains ont déjà volé.

En ce qui concerne les ergols pour les résistojets, de très nombreuses études ont été conduites et plusieurs composants ont été testés, voire utilisés, tels que l’ammoniac (NH3), l’hydrazine (N2H4), H2, N2, O2, Xe…
Le propulseurs Comet emploie de l’eau. Plusieurs résistojets ont déjà été testés avec H2O et certains (e.g. SSTL) ont été embarqués sur des satellites et utilisés pour des manoeuvres. L’eau est attractive en propulsion spatiale car son prix est bas, elle n’est pas toxique, se manipule facilement, il n’y a pas de risque de contamination du véhicule et elle se stocke sans difficultés sous forme liquide. Néanmoins ses propriétés physiques (e.g. chaleur latente de vaporisation) conduisent à une dépense énergétique importante.

Le lecteur intéressé trouvera d’autres informations sur BlackSky et Comet dans un article récent de Rémy Decourt publié sur le site Futura Science.

Propulseur aérobie

L’Agence Spatiale Européenne a publié sur son site le 5 mars dernier un article intitulé : « World first firing of air breathing electric thruster« . Il s’agit d’une brève description d’essais d’un propulseur électrique pour satellites fonctionnant avec de l’air comme carburant, c’est à dire d’un propulseur aérobie.

L’objectif est d’utiliser le gaz ambiant comme carburant pour limiter, voire annuler, la masse de carburant embarquée. Les propulseurs de Hall et les moteurs ioniques à grilles couramment employés sur les satellites géostationnaires fonctionnent avec du xénon, un gaz rare onéreux. En remplaçant le xénon par de l’air, on réduirait fortement la masse totale du satellite, ce qui se traduirait par une baisse significative du coût. On comprend donc l’intérêt de tels travaux.
Le journaliste Rémy Decourt, du magazine en ligne Futura Sciences, a publié récemment un article sur les propulseurs aérobies, auquel j’ai participé : « Ce moteur ionique étonnant carbure à l’atmosphère ».

Un tel propulseur ne peut fonctionner correctement qu’à une altitude relativement faible, autour de 150 km, car la densité de l’air diminue lorsque l’altitude augmente. Mais même à cette altitude, l’ensemble propulsif doit être équipé d’un collecteur ayant un diamètre relativement grand, générant donc une force de traînée supplémentaire, et d’un système de compression du gaz avant son injection dans la chambre à décharge plasma du propulseur. Un propulseur aérobie est donc un propulseur plus complexe, plus lourd et plus encombrant qu’un propulseur classique opérant avec du xénon.
Néanmoins, l’option aérobie est sans doute intéressante pour certaines missions à basse altitude car la durée n’est alors plus limitée par la quantité de carburant embarquée. Je pense en particulier à des missions scientifiques telles que GOCE.

Il y a déjà eu de nombreuses recherches dans le passé sur des propulseurs aérobies basés sur des PH, MIG, PPT et arcjets. On a par exemple étudié dans mon équipe les performances d’un propulseur de Hall fonctionnant avec de l’azote (N2). Les travaux dans leur ensemble montrent que les performances en termes de poussée et rendement sont relativement faibles, bien inférieures à celles obtenues avec du xénon. Cette détérioration a deux origines principales : i) l’énergie d’ionisation de N2, O2 et O est élevée et ii) de part leur faible masse ces composés ont un temps de résidence dans le propulseur relativement court. Mais la baisse du rendement, point négatif, peut largement être compensée par le gain lié à l’emploi d’un carburant  » externe « . Pour les PH et MIG, il faut aussi résoudre le problème de la cathode et du neutraliseur qui fonctionnent actuellement avec un plasma de xénon et dont les matériaux sont sensibles à l’oxygène.

On peut bien sûr imaginer d’autres carburants pour d’autres missions. La société américaine BUSEK développe par exemple un concept similaire mais pour l’exploration de la planète Mars dont l’atmosphère est composée majoritairement de CO2.