La fin du projet Breakthrough Starshot

J’ai contribué à la rédaction d’un article pour le magazine Ciel & Espace sur la lente agonie et finalement l’arrêt du projet Breakthrough Starshot financé par le milliardaire américain Yuri Milner. L’article, écrit par le journaliste Guillaume Langin s’intitule « Le projet de voyage interstellaire Breakthrough Starshot a cessé sans bruit ni exploit ». Il est disponible sur le site web de Ciel & Espace : Article.

Le projet Breakthrough Starshot avait débuté en grande pompe en 2016. Il avait pour objectif l’envoi d’une myriade de nano vaisseaux vers l’étoile Proxima du Centaure et ses exoplanètes. Les vaisseaux devaient être propulsés à l’aide de voiles laser. Le programme, porté entre autre par Pete Worden, que j’ai rencontré à plusieurs reprises, a vécu puis c’est éteint. C’est naturellement dommage, car pour la première fois un projet scientifique avait pour but d’amener l’humanité vers un autre système planétaire. Il y a sans doute de très nombreuses raisons qui ont conduit à un essoufflement puis à un arrêt – vous pouvez lire à ce sujet l’article de C&E mais aussi un article paru en septembre cette année dans Scientific American (How a Billionaire’s Plan to Reach Another Star Fell Apart) – mais je retiens qu’il y a surtout eu de réelles et significatives avancées scientifiques et techniques qui au final rapprochent l’humanité de la possibilité d’un tel voyage interstellaire.

A ce stade, je pense que l’on devrait reconsidérer l’objectif, en se basant sur les connaissances acquises dans BS, et commencer par une mission de démonstration qui viserait à envoyer à l’aide d’une voile laser une micro-sonde spatiale aux confins de notre système solaire en quelques mois, pour par exemple étudier la limite physique de notre bulle stellaire.

LIF sur l’ion Ar+

Le graphique représente le spectre de l’ion Ar+ obtenu par spectroscopie de Fluorescence Induite par Laser dans la décharge plasma du propulseur à effet Hall ISCT100. Ce spectre a été mesuré cette semaine par Fabiano Perini, un des doctorants de mon équipe. L’état métastable 3d4F7/2 de l’ion Ar+ est excité à 688.6612 nm à l’aide d’une diode laser et la fluorescence est détectée dans le bleu à 434.806 nm. Les longueurs d’onde sont données dans l’air.

A notre connaissance c’est la première fois que l’ion Ar+ est observé par FIL dans le plasma d’un propulseur Hall. De plus, la transition à 688 nm n’avait jusqu’à présent pas été sondée dans de telles conditions. Voilà donc un beau cadeau avant les célébrations de Noël.

On peut voir distinctement 2 pics sur la figure. Le premier, à faible vitesse, regroupe les ions créés et accélérés localement. Le second, à grande vitesse, correspond aux ions produits au fond de la cavité et ayant subi toute la chute de potentiel jusqu’à la position d’observation.

Conférence à l’ESAD

J’ai donné hier après-midi une conférence au musée des Beaux Arts d’Orléans dans le cadre du cycle de conférences annuelles de l’Ecole Supérieure d’Art et de Design (ESAD) d’Orléans. J’avais intitulé ma conférence « Atteindre les étoiles : Le rêve pourrait-il devenir réalité ? »

J’ai donc parlé à plus d’une centaine d’étudiants de voyages interplanétaires et de voyages interstellaires, avec des clins d’œil à la Science Fiction, mais aussi, et surtout, de contraintes et de limites à la fois physiques – la quantité d’énergie à mettre en oeuvre – et technologiques.
Mes derniers mots furent les suivants : « L’humanité n’est pas prête à partir et ne le sera pas avant des siècles, alors prenons soin du seul vaisseau spatial à disposition ».

Les débats et les discussions qui ont suivi ma conférence furent riches et profonds, me mettant parfois face à des questions auxquelles je n’avais jamais réellement réfléchies. J’ai passé un très agréable moment dont je tirerai des enseignements. Encore un grand merci à l’ESAD et en particulier à Sylvia.

Voyage en Corée

Je rentre d’un séjour de deux semaines en Corée du Sud. J’ai d’abord participé au congrès Gaseous International Conférence (GEC 2025) qui se déroulait au palais de congrès (COEX) de Seoul dans le célèbre quartier Gangnam. Cette année, je présidais un atelier (workshop) dédié à la propulsion ionique avec mon ami le Professeur Wonho Choe qui a eu un franc succès. Cette édition du GEC m’a permis de revoir de nombreux collègues et d’assister à d’excellentes conférences sur des sujets variés liés à la physique des plasmas.

Après Seoul je me suis rendu à Daejon pour visiter le KAIST où travaille W. Choe puis à l’Université de Busan pour voir le tout nouveau laboratoire du Dr. H. Kim. Un grand merci à eux deux et aux membres de leur équipe respective pour l’accueil, les visites et les fructueux échanges que nous avons eu.
En deux semaines j’ai ainsi traversé la Corée du nord au sud, en train rapide je tiens à le préciser. J’ai découvert un pays que je n’avais jamais vraiment visité, une nouvelle gastronomie que j’ai grandement appréciée et un mode de vie relativement éloigné de celui des européens. J’ai surtout vu un pays dynamique, riche, moderne où le travail reste une valeur fondamentale et où les citoyens sont tournés vers demain et non vers le passé. Notre vieille Europe doit se réveiller et se remettre en marche, faute de quoi elle finira tout au mieux en parc d’attraction et complexe touristique géant sans influence aucune sur son propre sort.

VP n’a pas l’intension d’arrêter

Vladimir Poutine ne lâchera rien. Il veut reconstruire l’empire et poursuivre la guerre comme il le fait depuis qu’il a pris le pouvoir en Russie. Il en a besoin pour se maintenir au pouvoir et aveugler le peuple. En ce qui concerne l’Ukraine, comment pourrait-il justifier un arrêt, voire un retrait des troupes. Une défaite à ses yeux et aux yeux des patriotes qui le suivent et le soutiennent. La guerre durera, longtemps. Donald Trump n’y changera rien d’autant plus que la Chine aide la Russie. Je me demande à quel point le président Trump pensait pouvoir mettre un terme à ce conflit en quelques jours ? Croyait-il vraiment que la rencontre à Anchorage en Alaska allait modifier la vision du leader russe ? Je pense qu’il est suffisamment ignorant, inculte et imbu de lui-même pour y avoir cru. C’est hélas VP qui a su tirer profit de cette visite d’état. Je crois aussi qu’il a plus été question de l’océan arctique et de ses ressources potentielles que de la guerre en Ukraine. Une affaire de business et de deals.

Tout cela m’amène à être plutôt pessimiste. Le conflit va durer avec le risque que les Etats-Unis se lassent et nous laissent seuls régler ce problème, qui vu de l’autre côté de l’Atlantique les concerne peu. L’Europe doit donc se préparer et renforcer sa défense. L’état d’esprit doit changer, d’autant plus vite que l’attaque Russe d’hier sur le sol polonais est un avertissement. Le temps presse de montrer les dents.

PEH en tir avec de l’eau

Voici la photographie du propulseur ISCT200 de 200 W en tir avec de la vapeur d’eau à 250 V de tension de décharge. La photographie a été prise il y a quelques jours par F. Perini dans le cadre de sa thèse de doctorat. Ces travaux s’inscrivent dans le nos recherches sur l’emploi de l’eau comme ergol en propulsion électrique dont j’ai parlé sur ce blog en novembre 2024 (voir l’article). Nous étudions actuellement les propriétés de la décharge plasma magnétisée en H2O à l’aide de diagnostics optiques et laser dans le but d’accroître la production d’ions et de limiter la dissociation des molécules d’eau qui a pour conséquence de dégrader le rendement propulsif.

Spectre de l’atome d’iode

La figure ci-dessus montre le spectre de l’atome d’iode mesuré par spectroscopie de fluorescence induite par laser à 804.37 nm (air) dans une décharge radiofréquence capacitive. La fluorescence est capturée à 911 nm. Ce spectre a été obtenu il y a quelques jours par A. Marianacci, un des doctorants de mon équipe. C’est la première fois que cette transition est  » vue  » par spectroscopie de FIL. Ces expériences sont réalisées dans le cadre du projet HE BOOST. Il s’agit de préparer des études à venir sur la décharge et la plume d’une cathode RF. Ces résultats vont être présentés à la conférence LAPD 21 en Suisse et au congrès IEPC 2025 à Londres en septembre.
Les travaux vont se poursuivent avec l’étude de la structure hyperfine de la transition à 804 nm et la spectroscopie de FIL sur l’ion I+.

Séminaire EPT

Je rentre de Madrid où j’ai participé à la première édition du séminaire international « Electrode-Less Plasma Thrusters » organisé par mon collègue Mario Merino de l’Université Carlos III. Le séminaire a regroupé une quarantaine de chercheurs venus de toute l’Europe et même de plus loin. Les deux jours ont été ensoleillés, très amicaux et intenses car il y avait de nombreux points à partager et à débattre sur une thématique en plein essor, en particulier à cause des travaux sur les ergols moléculaires, où tout, ou presque, reste à faire.
J’ai présenté les résultats d’études par spectroscopie de fluorescence induite par laser sur l’écoulement des ions obtenus dans la tuyère magnétique d’un propulseur RF et d’un propulseur ECR à Madrid (Chaire d’Excellence) et dans l’arche magnétique d’un propulseur ECR double à ICARE (séjour de C. Boyé).
Cette première édition du séminaire EPT est à mes yeux un succès. J’attends avec impatience la seconde édition.

La guerre d’après

 » La guerre d’après  » est le titre du dernier ouvrage paru de Carlo Masala. Je l’ai lu d’une traite hier. Dans ces 160 pages, l’auteur décrit l’un des innombrables scénarios possibles de l’après-guerre en Ukraine. On pourrait sourire et n’y voir que de la fiction. Mais l’auteur est un spécialiste des relations internationales. Cette information en tête, on rit moins. Le scénario est hélas fortement réaliste.

Comme l’auteur je pense que la Russie ne s’arrêtera pas à quelques centaines de kilomètres carrés de territoires conquis en Ukraine. L’objectif de V. Poutine est clair, il ne l’a d’ailleurs jamais caché : recréer l’URSS et changer l’ordre mondial, au profit de la mère patrie, et de la Chine. On doit se préparer au pire sans croire qu’un accord de paix ou qu’un quelconque accord de cesser le feu signera la fin de la partie et garantira des décennies de paix. Sans une prise de conscience des dangers qui nous menacent, et surtout sans actions concrètes, nous et nos enfants paierons le prix fort.

Habemus Papam

Le Pape François est mort. Au Vatican le lundi de Pâques. Le Conclave s’est alors réuni afin d’élire son successeur. Un cardinal a été élu. Les fidèles massés sur la place Saint-Pierre attendaient le signal, fameuse fumée blanche annonçant l’élection d’un nouveau souverain pontife. La célèbre phrase latine a enfin été prononcée. « Habemus Papam ». « Nous avons un Pape ». Léon XIV est un jeune Pape de 69 ans né à Chicago. Un Pape américain comme un pied de nez à celui qui siège à la Maison Blanche. La disparition de François a été un choc dans un monde en proie à la violence, au désespoir et à la montée de tous les extrémismes. Je n’imaginais pas la ferveur qui allait s’emparer d’une partie de la planète à l’arrivée de ce nouveau Pape. Cela en dit long sur l’état du monde et la détresse des peuples.

Dans les années 90, alors que je terminais mes études en Sciences, j’imaginais volontiers la fin des Religions après celle de l’Histoire. A quoi bon faire appel à un Dieu ? A quoi bon faire confiance à des textes vieux de plusieurs siècles à l’image du niveau de savoir de l’époque ? Tout cet attirail désuet allait bientôt disparaitre au profit de la Science et du Savoir, seules vraies valeurs, seules véritables socles. Je dois bien avouer que je me suis totalement planté. Loin de s’évanouir, les religions, vraies comme fausses, bonnes ou mauvaises, sont revenues. Le 21ème siècle sera donc celui des Dieux et du chaos. La Science, bien que dominante et omniprésente, redeviendra invisible. Peut-être pour mieux servir ses créateurs ?