Archives de l’auteur : Stéphane Mazouffre

Physicien des plasmas - Spécialiste en propulsion spatiale Directeur de Recherche au CNRS Responsable de l'équipe Propulsion Electrique au laboratoire ICARE à Orléans

Propulsion électrique : entreprises

La liste des entreprises qui développent des propulseurs électriques pour les satellites et les sondes spatiales a été mise à jour. La dernière version est disponible ici : Entreprises.

J’ai dénombré 38 entreprises. Il est néanmoins probable que certaines d’entre-elles n’aient pas été référencées. En particulier je n’ai pas fait apparaître d’entreprises chinoises alors que ce pays a une très forte activité en propulsion avec de nombreux acteurs étatiques.

Parmi ces entreprises, on compte 20 startups dont la grande majorité a moins de 3 ans d’existence. Cela démontre la croissance rapide du secteur spatial porté par le développement des constellations. On constate aussi que la technologie des propulseurs à courant de Hall est dominante, avec 16 industriels concernés. Cette forte concentration s’explique en partie par la maturité de cette catégorie de systèmes propulsifs et par le grand rapport poussée sur puissance qu’elle procure tout en fournissant une impulsion spécifique supérieure à 1000 s.

Il va être intéressant de suivre l’évolution de ce secteur et des acteurs au cours de la décennie qui débute. Il semblerait que l’on approche d’un plateau. Je m’attends donc à une consolidation dans les années futures avec une réduction du nombre d’entreprises et la sélection de quelques technologies permettant de couvrir l’ensemble des besoins.

Bonne année 2020

Je vous souhaite, chères lectrices et chers lecteurs, une très bonne année. Que 2020, qui ouvre une nouvelle décennie, soit riche, pleine de grandes choses et vous apporte de la joie et de la réussite dans vos projets.

L’année 2019 fût, sur le plan professionnel, chargée et féconde en ce qui me concerne. Elle a vu la création du laboratoire commun ORACLE, qui associe l’équipe PE d’ICARE et la startup française EXOTRAIL, l’obtention de deux projets européens H2020 concernant de nouvelles technologies de propulsion, des résultats nouveaux et salués dans nos recherches sur les cathodes, les instabilités et les diagnostics, la consolidation de nos activités avec ENPULSION, l’ESA et le CNES et l’attribution de l’organisation du congrès IEPC en 2023 (suite à une compétition France/Chine serrée).

Toutes ces activités vont naturellement se poursuivre en 2020 avec, je l’espère, un renforcement de nos collaborations internationales. On devrait en plus disposer avant la fin de l’année d’une nouvelle version de la chambre EPIC. Il faut également noter que j’organiserai avec mon ami L. Garrigues la 5ème édition du congrès international MicroPropulsion & Cubesats du 22 au 24 juin prochain à Toulouse.
Nul doute donc que cette année sera bien remplie. Je souhaite aussi, pour mon équipe et nos collaborateurs, qu’elle soit pleine de découvertes et de progrès.

En ce moment de transition, je m’interroge sur ce que sera le monde dans dix ans, c’est à dire à la fin de la décennie qui débute. J’avoue être peu rassuré. Les changements qui se profilent sont largement sous-estimés et les défis à affronter encore difficiles à concevoir pour la plupart d’entre nous. Il faut néanmoins rester serein, se préparer à de grands bouleversements et tout faire pour assurer la transition vers une autre société, un autre monde.

Je regardais hier sur un écran l’Australie basculer dans la nouvelle année plusieurs heures avant nous. Le pays est dévasté par des incendies gigantesques et incontrôlés, mais le feu d’artifice fût grandiose et les exploitations de charbon tournent à plein régime. C’est la démonstration absolue du déni et de l’insouciance. Pour l’instant tout va (à peu près) bien…

Réforme des retraites

Le projet de réforme des régimes de retraite était annoncé dans le programme du candidat E. Macron à l’élection présidentielle du mois de mai 2017. Les français, notamment les syndicats et les partis adverses, ne devraient donc par être surpris. Il a reçu un mandat pour mettre en marche son programme, lui et son gouvernement s’y appliquent. Par contre, en démocratie nous avons le droit – le devoir ? – d’exprimer des critiques (constructives si possible), un mécontentement et des angoisses. Naturellement ceux qui sont à la manœuvre se doivent d’écouter le peuple, de prendre en compte les attentes, d’expliquer encore et encore et de rassurer. Il s’agit de préparer demain et après-demain, et tout changement est anxiogène.
Je regrette juste que certains abusent de leur pouvoir de nuisance et pénalisent grandement la vie des autres, tout ça pour défendre leurs petits intérêts, quoi qu’ils racontent. Je regrette aussi que quelques syndicalistes obtus négocient, au nom des citoyens français – mais lesquels ? – les contours d’un projet d’envergure qui propose de redéfinir une partie de notre mode de vie, rien de moins. Que je sache, avec ou sans moustache, ils n’ont pas reçu de procurations pour cette tâche, qui, de loin les dépasse.

Je commence à me faire une opinion plus claire et plus nette de cette grande réforme des retraites. S’il semble raisonnable et raisonné de modifier le système pour le rendre plus clair, plus simple, plus juste et solide pour garantir un revenu, notamment aux plus démunis et aux plus faibles, pour les décennies à venir, je crois que le gouvernement s’y prend relativement mal même si des efforts sont en cours :
– le discours est resté flou et technique longtemps, ce qui génère une angoisse justifiée,
– un système universel et unique qui engloberait le privé et le public est irréaliste, voire utopique (aucun pays n’a un tel système car les traitements sont très différents)
– des régimes spéciaux doivent être maintenus pour certains métiers (militaires, pompiers…) mais supprimer pour d’autre faute de réelles justifications,
– le système proposé par le gouvernement est basé sur point qui se traduit directement en euros. Cela permet i) de cotiser pour chaque heure travailler et ii) de connaître à chaque instant le montant de sa retraite. Si cette idée moderne est bonne le calcul du point est encore vague et non abouti. Son évolution dans le temps doit aussi être clairement établie.
– inclure la pénibilité me paraît compliqué, voire infaisable car chaque métier à une part de pénibilité, pensons aux ouvriers de bâtiment, coiffeurs, policiers, enseignants, infirmiers…
– si cette réforme a en partie pour but de réaliser des économies, ce que j’appelle la « vision Fillon », et d’encourager les français à souscrire à un système privé complémentaire (e. g. via les fonds de pension) alors le gouvernement doit être honnête et doir justifier ce choix.

Laissons donc nos représentants travailler, proposer une première version et la mettre en place. Cette réforme s’étalera sur des années, voire de décennies, il sera toujours possible de la modifier, de l’adapter et de l’améliorer.
J’invite le lecteur à écouter l’interview de Daniel Cohen (Universitaire, économiste à l’ENS) diffusé le 18 décembre sur France-Culture. Je vous conseille aussi la lecture des rapports du COR qui sont très instructifs et vont plutôt dans le sens d’un simplification/clarification du systèmes des retraites mais sans besoin urgent d’économies.
Enfin je conseille l’écoute en podcast de l’émission Répliques d’Alain Finkielkraut diffusée sur France Culture intitulée « Aux sources du malheur français ». Tout y est pour comprendre les raisons de notre malheur alors que nous vivons dans l’un des pays les plus riches du monde. En deux mots : complexité et inégalités.

SEGA

J’ai sorti ce matin du placard où elle dormait depuis presque 30 ans ma console SEGA Mega Drive 16 bits avec ses deux manettes. Je voulais montrer à mon fils à quoi ressemblait un jeu vidéo dans les années 1990, à l’époque où une connexion Internet n’était pas nécessaire et où son partenaire se trouvait assis à moins d’un mètre.

J’ai replongé – partagé entre joie et nostalgie – dans Sonic, les images et les réflexes me revenant au fur et à mesure que j’avançais dans le premier niveau. On s’est bien amusé en attendant de passer prochainement à la PlayStation 2 (qui attend dans son carton d’origine) puis à la Nintendo Switch pour être dans l’air du temps.

Post-scriptum : l’étiquette donnant le prix est encore collée sur la boîte : 900 francs tout de même, soit 16 % du SMIC de l’époque.

La chute du Mur

C’était il y a 30 ans, dans la nuit.
Le Mur de Berlin tombait. Il allait entraîner avec lui l’effondrement du bloc de l’Est et le déclin de la pensée communiste. Le Capitalisme et le libéralisme allaient triompher, la Chine moderne en est le plus bel exemple.
Mais sommes-nous pour autant plus heureux ? Le monde va-t-il mieux ?
Nous n’aurons jamais la vraie réponse car il faudrait pour cela renouveler l’expérience en changeant les conditions, chose impossible. Néanmoins je suis perplexe.

J’allais bientôt avoir 17 ans en novembre 1989. J’écoutais Indochine, U2 et Etienne Daho. Je regardais les images du Mur à la télévision. J’étais, un peu bêtement, heureux de voir les méchants communistes perdre la partie. Le monde libre avait gagné. L’adolescent que j’étais alors, tout comme ses ami(e)s, ne pouvait que se réjouir. L’avenir s’annonçait radieux, pour eux, pour nous. Je réaliserai des années plus tard que tout n’était pas aussi simple.

Cet événement majeur, qui a marqué l’histoire de notre civilisation, je l’ai suivi via la télévision, la radio et la presse. Internet n’existait pas à cette époque. Cette attitude, que je qualifierai de passive, reste l’un des grands regrets de ma vie. J’aurais dû foncer, prendre le premier train et me rendre à Berlin. Vivre l’histoire en direct, me nourrir de ce vent de liberté et me faire ma propre opinion.

Evasion à Porto et en Creuse

Porto - Creuse

Porto; vue sur le Douro depuis le pont Louis-1er (haut). Paysage limousin. Point de vue depuis le Puy des Roches à Jabreilles les Bordes (bas).

J’ai passé le weekend dernier à Porto avec des amis, profitant du soleil et de la douceur du climat. J’ai découvert cette très belle ville côtière située au nord-ouest du Portugal. J’ai vu ses ponts, dont l’imposant Pont Louis Ier qui enjambe le Douro, et ses églises, découvert sa gastronomie, visité ses ruelles pavées, ses quais, profité de ses cafés et bien sûr goûter le vin de Porto dans la cave Graham.
Passer trois jours à Porto, où ailleurs, sur un coup de tête avec un petit budget était inimaginable il y a quelques années. J’ai profité ici pleinement des avantages proposés par les compagnies aériennes à bas coût et par Airbnb. Le voyage est aujourd’hui simple et relativement abordable. On peut aisément visiter, découvrir, s’enrichir, s’évader, se ressourcer et rentrer chez soi plus riche, mieux armé pour comprendre le monde et ses transformations, plus ouvert, mieux à même de comprendre l’autre et ses différences. Mais hélas, il y a une contrepartie négative : un bilan carbone très négatif et des nuisances et pollutions diverses. Trouvera-t-on des solutions permettant de prolonger l’ère du « voyage facile » ? Rien n’est moins sûr mais il faut espérer et y travailler car ne plus voyager c’est se replier, se renfermer, accroître les tensions et les peurs avec l’obscurantisme comme horizon possible.

Après ce charmant weekend à Porto j’ai effectué un court séjour en Limousin avec Paco. J’en ai profité pour randonner en Creuse hier. J’ai parcouru 36 kilomètres du côté de Jabreilles les Bordes. J’ai entre autres gravi le Puy de Jouër qui culmine à 694 mètres et vu ses vestiges Gallo-Romains. J’ai admiré un superbe paysage (voir la photographie) depuis le Puy des Roches à 650 mètres. J’ai marché sur des chemins de terre, traversé des prés, des prairies et des forêts. J’ai vidé ma tête pour mieux la remplir.

Jacques Chirac

J’ai appris la nouvelle du décès de Jacques Chirac hier en fin de journée en ouvrant mon téléphone après une après-midi à réaliser des expériences fructueuses chez Enpulsion en Autriche. La nouvelle fait désormais la une de la presse écrite, des journaux télévisés et des sites Internet en France comme à l’étranger.
La disparition de ce grand Monsieur de la politique française m’a émue. Je ne sais pas trop pourquoi mais Jacques Chirac a fait partie de ma vie, plutôt de ma jeunesse, et il m’a marqué. J’ai presque l’impression qu’il a toujours été là.
Qu’est-ce que je retiens de sa carrière d’homme politique ? Pas grand-chose sur le plan national. Il a échoué à faire mieux, à réduire le chômage et la fracture social, à réformer en profondeur le pays. Sur le plan international il a fait avancer l’Europe et il a su tenir tête aux américains.
C’est l’homme qu’il était qui, à mes yeux, le rend inoubliable. Il aimait la France, son peuple, son histoire. Il n’a jamais oublié et renié ses origines. Il s’est toujours opposé au fascisme et au nationalisme, sans jamais baisser les bras, renoncer et faire des alliances et des compromis. Un vrai Gaulliste en sorte qui, lui, avait connu la guerre et l’après-guerre.
Qu’il repose en paix. Même s’il aurait pu faire mieux, comme tous ceux qui ont occupé des hautes fonctions, la France lui doit beaucoup. Saluons-le et remercions-le pour cela.

IEPC 2019, Vienne

La 36ème édition du congrès International Electric Propulsion Conférence s’est achevée hier après-midi. Quelle belle et grande édition dans la superbe et très agréable ville de Vienne en Autriche d’autant plus que le soleil était au rendez-vous. Les avis sont unanimes, il s’agit d’un des meilleurs congrès IEPC organisés au cours des vingt dernières années. Mais pouvait-il en être autrement sachant que cette édition était orchestrée par mon ami Alexander Reissner, qui dirige aujourd’hui la jeune pousse – je préfère tout de même le terme startup ! – Enpulsion qui développe et produit des propulseurs à effet de champ (FEEP) à l’Indium destinés aux nano- et micro-satellites ?

Belle et riche édition donc, qui d’une part m’a permis de revoir de nombreux amis et d’autre part a confirmé le regain d’intérêt pour notre domaine. Un chiffre parle de lui-même 680. C’est le nombre de participants. Un record qui a dépassé de loin les attentes. L’enthousiasme flotte donc dans l’air, en particulier pour les systèmes opérants à basse puissance et destinés au marché des petits satellites et des constellations. Cette édition a fait la part belle aux études sur les cathodes, la micro-propulsion, les petits moteurs à courant de Hall et les « nouveaux concepts ». Les choses devraient se poursuivre même si dans les années à venir il est évident que le domaine va subir une consolidation qui distinguera les gagnants des perdants. Mais à l’instant t c’est l’effervescence et il faut en profiter. A noter que la Chine était présente en force avec une délégation de plus de 50 chercheurs. J’ai retrouvé plusieurs visages désormais familiers depuis mon séjour à Pékin en mai dernier pour le congrès MPCS 4.
Je remercie également Alexander et son équipe pour la croisière sur le Danube, la visite de l’abbaye de Melk, ce dîner de Gala inoubliable et la soirée rooftop avec une vue indescriptible sur la ville de Vienne drapée de ses couleurs nocturnes.

Lors du dîner mon équipe c’est vu remettre le prix Best paper award pour ses travaux sur l’application de la diffusion Thomson incohérente à la propulsion électrique. C’est une belle reconnaissance de la communauté qui récompense le travail de tous. Un grand merci à tous les étudiants, doctorants et jeunes chercheurs qui nous ont accompagnés. Ce prix est le vôtre, soyez fiers. Mon équipe est la seule qui ait obtenu cette récompense deux fois, une raison de plus d’être satisfait et fiers. En effet nos recherches sur l’observation des oscillations spatio-temporelles du champ électrique dans un propulseur de Hall par spectroscopie laser avaient été récompensées en 2009 à Ann Arbor dans le Michigan.

Ce que j’ai lu

Voilà ce que j’ai lu ces dernières semaines. Je ne sais pas si publier cela a un véritable intérêt. Qui peut bien s’intéresser à mes lectures ? Mais cela me permet d’acter, de témoigner. Il faut voir ce billet comme une note écrite vite, comme ça, parce que l’idée m’a traversé l’esprit. Et qui sait si un jour cette note ne me sera pas utile ? Qui sait si elle ne me rappellera pas d’agréables souvenirs ?

Deux manuscrit de thèse de doctorat, l’un sur la propulsion des Cubesats et l’autre sur la physique des gaines plasma.

Des articles scientifiques divers, des pages de magazines (alternatives économiques, Challenges) et de journaux.

Des livres en plus de celui de F. Vargas dont j’ai parlé sur ce blog il y a quelques jours.
Altered Carbon de R. Morgan (SF), Le signal de M. Chattam (SF ; quand MC se lance dans la SF, il brille – à lire pour s’évader et se faire peur), Authority de J. Vandermeer (la suite du déroutant Annihilation), Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité de A. Barrau (dans la ligné de l’essai de FV, le bilan catastrophique de l’empreinte humaine et des propositions pour limiter les dégâts – tout comme AB, je ne suis guère optimiste quant à notre futur) et Cosmos de C. Sagan (plus feuilleté, parcouru que réellement lu ; cet ouvrage a été publié en 1980, je n’avais alors que 7 ans, et il allait changer notre regard sur le système solaire et l’Univers et donner l’envie à beaucoup d’explorer).
Et puis des sites web et des dizaines et dizaines d’e-mails, XXI siècle oblige.

Prendre du temps

Aujourd’hui la Lune m’a accompagné une grande partie de la journée. Petit disque blanc sur fond bleu clair.

Je viens de parcourir 52 kilomètres à travers les forêts et les prairies en affrontant environ 1200 mètres de dénivelé cumulés. Le temps était idéal avec une température de l’ordre de 25 °C à l’ombre. Un ciel bleu, uniforme. C’est la plus longue randonnée que j’ai faite sur une seule journée. J’ai marché dix heures et fais plusieurs pauses pour profiter des paysages, de la faune et du temps qui passe. J’aime ces moments de solitude dans la nature. Prendre du temps pour penser, pour réfléchir ; revisiter le passé et imaginer l’avenir.

J’ai toujours apprécié marcher. J’ai commencé très jeune avec mon grand père maternel qui m’amener petit ramasser des champignons ou bien des herbes (ajoncs, fougères…) pour ses lapins ou son jardin. Je trouvais des champignons, girolles et cèpes principalement, et j’en trouve encore – il faut avouer que j’ai été entraîné par un expert – mais je passais aussi de longs moments à regarder autour de moi, à profiter de cette Nature généreuse qui nous accueillait, à apprécier les bruits, les mouvements, les jeux de lumière, les odeurs. Enfant déjà je me ressourçais au milieu des bois. Je n’ai guère changé sur ce point là. J’ai besoin de ces moments. Il faut savoir prendre du temps.