Archives de l’auteur : Stéphane Mazouffre

Physicien des plasmas - Spécialiste en propulsion spatiale Directeur de Recherche au CNRS Responsable de l'équipe Propulsion Electrique au laboratoire ICARE à Orléans

Evasion à Porto et en Creuse

Porto - Creuse

Porto; vue sur le Douro depuis le pont Louis-1er (haut). Paysage limousin. Point de vue depuis le Puy des Roches à Jabreilles les Bordes (bas).

J’ai passé le weekend dernier à Porto avec des amis, profitant du soleil et de la douceur du climat. J’ai découvert cette très belle ville côtière située au nord-ouest du Portugal. J’ai vu ses ponts, dont l’imposant Pont Louis Ier qui enjambe le Douro, et ses églises, découvert sa gastronomie, visité ses ruelles pavées, ses quais, profité de ses cafés et bien sûr goûter le vin de Porto dans la cave Graham.
Passer trois jours à Porto, où ailleurs, sur un coup de tête avec un petit budget était inimaginable il y a quelques années. J’ai profité ici pleinement des avantages proposés par les compagnies aériennes à bas coût et par Airbnb. Le voyage est aujourd’hui simple et relativement abordable. On peut aisément visiter, découvrir, s’enrichir, s’évader, se ressourcer et rentrer chez soi plus riche, mieux armé pour comprendre le monde et ses transformations, plus ouvert, mieux à même de comprendre l’autre et ses différences. Mais hélas, il y a une contrepartie négative : un bilan carbone très négatif et des nuisances et pollutions diverses. Trouvera-t-on des solutions permettant de prolonger l’ère du « voyage facile » ? Rien n’est moins sûr mais il faut espérer et y travailler car ne plus voyager c’est se replier, se renfermer, accroître les tensions et les peurs avec l’obscurantisme comme horizon possible.

Après ce charmant weekend à Porto j’ai effectué un court séjour en Limousin avec Paco. J’en ai profité pour randonner en Creuse hier. J’ai parcouru 36 kilomètres du côté de Jabreilles les Bordes. J’ai entre autres gravi le Puy de Jouër qui culmine à 694 mètres et vu ses vestiges Gallo-Romains. J’ai admiré un superbe paysage (voir la photographie) depuis le Puy des Roches à 650 mètres. J’ai marché sur des chemins de terre, traversé des prés, des prairies et des forêts. J’ai vidé ma tête pour mieux la remplir.

Jacques Chirac

J’ai appris la nouvelle du décès de Jacques Chirac hier en fin de journée en ouvrant mon téléphone après une après-midi à réaliser des expériences fructueuses chez Enpulsion en Autriche. La nouvelle fait désormais la une de la presse écrite, des journaux télévisés et des sites Internet en France comme à l’étranger.
La disparition de ce grand Monsieur de la politique française m’a émue. Je ne sais pas trop pourquoi mais Jacques Chirac a fait partie de ma vie, plutôt de ma jeunesse, et il m’a marqué. J’ai presque l’impression qu’il a toujours été là.
Qu’est-ce que je retiens de sa carrière d’homme politique ? Pas grand-chose sur le plan national. Il a échoué à faire mieux, à réduire le chômage et la fracture social, à réformer en profondeur le pays. Sur le plan international il a fait avancer l’Europe et il a su tenir tête aux américains.
C’est l’homme qu’il était qui, à mes yeux, le rend inoubliable. Il aimait la France, son peuple, son histoire. Il n’a jamais oublié et renié ses origines. Il s’est toujours opposé au fascisme et au nationalisme, sans jamais baisser les bras, renoncer et faire des alliances et des compromis. Un vrai Gaulliste en sorte qui, lui, avait connu la guerre et l’après-guerre.
Qu’il repose en paix. Même s’il aurait pu faire mieux, comme tous ceux qui ont occupé des hautes fonctions, la France lui doit beaucoup. Saluons-le et remercions-le pour cela.

IEPC 2019, Vienne

La 36ème édition du congrès International Electric Propulsion Conférence s’est achevée hier après-midi. Quelle belle et grande édition dans la superbe et très agréable ville de Vienne en Autriche d’autant plus que le soleil était au rendez-vous. Les avis sont unanimes, il s’agit d’un des meilleurs congrès IEPC organisés au cours des vingt dernières années. Mais pouvait-il en être autrement sachant que cette édition était orchestrée par mon ami Alexander Reissner, qui dirige aujourd’hui la jeune pousse – je préfère tout de même le terme startup ! – Enpulsion qui développe et produit des propulseurs à effet de champ (FEEP) à l’Indium destinés aux nano- et micro-satellites ?

Belle et riche édition donc, qui d’une part m’a permis de revoir de nombreux amis et d’autre part a confirmé le regain d’intérêt pour notre domaine. Un chiffre parle de lui-même 680. C’est le nombre de participants. Un record qui a dépassé de loin les attentes. L’enthousiasme flotte donc dans l’air, en particulier pour les systèmes opérants à basse puissance et destinés au marché des petits satellites et des constellations. Cette édition a fait la part belle aux études sur les cathodes, la micro-propulsion, les petits moteurs à courant de Hall et les « nouveaux concepts ». Les choses devraient se poursuivre même si dans les années à venir il est évident que le domaine va subir une consolidation qui distinguera les gagnants des perdants. Mais à l’instant t c’est l’effervescence et il faut en profiter. A noter que la Chine était présente en force avec une délégation de plus de 50 chercheurs. J’ai retrouvé plusieurs visages désormais familiers depuis mon séjour à Pékin en mai dernier pour le congrès MPCS 4.
Je remercie également Alexander et son équipe pour la croisière sur le Danube, la visite de l’abbaye de Melk, ce dîner de Gala inoubliable et la soirée rooftop avec une vue indescriptible sur la ville de Vienne drapée de ses couleurs nocturnes.

Lors du dîner mon équipe c’est vu remettre le prix Best paper award pour ses travaux sur l’application de la diffusion Thomson incohérente à la propulsion électrique. C’est une belle reconnaissance de la communauté qui récompense le travail de tous. Un grand merci à tous les étudiants, doctorants et jeunes chercheurs qui nous ont accompagnés. Ce prix est le vôtre, soyez fiers. Mon équipe est la seule qui ait obtenu cette récompense deux fois, une raison de plus d’être satisfait et fiers. En effet nos recherches sur l’observation des oscillations spatio-temporelles du champ électrique dans un propulseur de Hall par spectroscopie laser avaient été récompensées en 2009 à Ann Arbor dans le Michigan.

Ce que j’ai lu

Voilà ce que j’ai lu ces dernières semaines. Je ne sais pas si publier cela a un véritable intérêt. Qui peut bien s’intéresser à mes lectures ? Mais cela me permet d’acter, de témoigner. Il faut voir ce billet comme une note écrite vite, comme ça, parce que l’idée m’a traversé l’esprit. Et qui sait si un jour cette note ne me sera pas utile ? Qui sait si elle ne me rappellera pas d’agréables souvenirs ?

Deux manuscrit de thèse de doctorat, l’un sur la propulsion des Cubesats et l’autre sur la physique des gaines plasma.

Des articles scientifiques divers, des pages de magazines (alternatives économiques, Challenges) et de journaux.

Des livres en plus de celui de F. Vargas dont j’ai parlé sur ce blog il y a quelques jours.
Altered Carbon de R. Morgan (SF), Le signal de M. Chattam (SF ; quand MC se lance dans la SF, il brille – à lire pour s’évader et se faire peur), Authority de J. Vandermeer (la suite du déroutant Annihilation), Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité de A. Barrau (dans la ligné de l’essai de FV, le bilan catastrophique de l’empreinte humaine et des propositions pour limiter les dégâts – tout comme AB, je ne suis guère optimiste quant à notre futur) et Cosmos de C. Sagan (plus feuilleté, parcouru que réellement lu ; cet ouvrage a été publié en 1980, je n’avais alors que 7 ans, et il allait changer notre regard sur le système solaire et l’Univers et donner l’envie à beaucoup d’explorer).
Et puis des sites web et des dizaines et dizaines d’e-mails, XXI siècle oblige.

Prendre du temps

Aujourd’hui la Lune m’a accompagné une grande partie de la journée. Petit disque blanc sur fond bleu clair.

Je viens de parcourir 52 kilomètres à travers les forêts et les prairies en affrontant environ 1200 mètres de dénivelé cumulés. Le temps était idéal avec une température de l’ordre de 25 °C à l’ombre. Un ciel bleu, uniforme. C’est la plus longue randonnée que j’ai faite sur une seule journée. J’ai marché dix heures et fais plusieurs pauses pour profiter des paysages, de la faune et du temps qui passe. J’aime ces moments de solitude dans la nature. Prendre du temps pour penser, pour réfléchir ; revisiter le passé et imaginer l’avenir.

J’ai toujours apprécié marcher. J’ai commencé très jeune avec mon grand père maternel qui m’amener petit ramasser des champignons ou bien des herbes (ajoncs, fougères…) pour ses lapins ou son jardin. Je trouvais des champignons, girolles et cèpes principalement, et j’en trouve encore – il faut avouer que j’ai été entraîné par un expert – mais je passais aussi de longs moments à regarder autour de moi, à profiter de cette Nature généreuse qui nous accueillait, à apprécier les bruits, les mouvements, les jeux de lumière, les odeurs. Enfant déjà je me ressourçais au milieu des bois. Je n’ai guère changé sur ce point là. J’ai besoin de ces moments. Il faut savoir prendre du temps.

L’humanité en péril

A lire, de toute urgence. Demain il sera trop tard.

L’humanité en péril ; Virons de bord, toute ! publié chez Flammarion. Il s’agit d’un ouvrage de la célèbre auteure Fred Vargas.

C’est un essai clair, pointu, précis et extrêmement bien documenté avec plus de 400 références (on voit là le caractère scientifique de F. V.). Tout est expliqué sur le réchauffement climatique planétaire, la pollution qui va avec, la destruction de la faune et de la flore : les causes anthropiques indéniables aujourd’hui et les conséquences à court et long terme selon les scénarii envisagés de plus optimiste (mais irréaliste pour moi) au plus pessimiste. En quelques mots, l’humanité pourrait disparaître dans les siècles à venir. Nous pourrions voir le début de la fin et nos enfants ou petits-enfants la fin. Et malgré cela on ne fait rien, ou presque rien alors que les solutions existent pour enrayer la crise, limiter les dégâts et offrir aux générations futures un monde vivable comme l’explique F. V. dans son essai.

Déni ? Confiance aveugle et injustifié dans la science ? Pouvoir surévalué de l’argent ? Appât des gains à court terme ? Je n’en sais rien mais je constate que rien ne bouge, que le modèle économique qui nous gouverne (basé sur la sacro-sainte croissance) n’est pas modifié alors que l’on est au courant de la mauvaise direction prise depuis les années 1960 et que les rapports et articles amoncellent, que les COP, les G7 ou G20 ne servent à rien, que les écarts de richesse se creusent, que les plus riches sont toujours plus riches quoi qu’il advienne, que les grandes entreprises, les banques et les assureurs dominent le monde et que les états sont ruinés.

Mais ne baissons pas les bras. Tout n’est pas encore perdu même si chaque seconde perdue nous rapproche de la grande catastrophe. Alors lisez ce livre, renseignez vous et changez vos comportements. Il faut compter sur les citoyens pour changer le cours de l’histoire. Nous avons les cartes en main ; agissons.

L’odyssée interstellaire

La série « L’odyssée Interstellaire » va prochainement être diffusée sur la chaîne ARTE : le samedi 10 août à 20h30 pour les 2 premiers épisodes et le samedi 17 août à la même heure pour les 2 derniers épisodes.

Cette série décrit la recherche d’une vie extraterrestre sur une exoplanète. Mon équipe a eu la chance de participer à cette belle aventure. J’en ai parlé sur ce blog dans un billet daté du 12 janvier 2019 : Living Universe. Notre intervention concerne l’emploi de la propulsion électrique pour un voyage interstellaire. Nous apparaissons dans l’épisode 2.

Pour ceux qui ne pourrons hélas pas voir la série elle est disponible sur le site Arte tv jusqu’au 8 octobre : Série.

Bien venu à bord du vaisseau Minerva et bon voyage.

Manche versus Lune

J’ai regardé ce matin en direct la traversée de la Manche par Franky Zapata debout sur sa planche volante ou  » flyboard  » en anglais. Le français a mis une vingtaine de minutes pour parcourir à une dizaine de mètres du niveau de l’eau les 35 kilomètres qui séparent Sangatte et Douvres. C’est un exploit que l’on doit saluer, le point d’orgue d’une aventure sportive, technologique et entrepreneuriale débutée il y a plusieurs années dans un garage, 110 ans après la traversée de la Manche en avion par l’aviateur Louis Blériot. Malgré les difficultés, les obstacles et les échecs, F. Zapata a persévéré, faisant fi des critiques et il a eu raison. Cette première prouve que le travail et la persévérance payent. Je me réjouis aussi que cette invention soit française et j’espère qu’elle aura un bel avenir, en France si possible, car les applications potentielles, en plus du divertissement, sont nombreuses.

Il y a 50 ans, Neil Armstrong et Buzz Aldrin foulaient sur le sol lunaire. La mission Apollo 11 avait réussi et l’Amérique battait l’URSS. J’ai regardé ces derniers jours de très nombreux documentaires sur les programmes spatiaux américain et soviétique, sur les missions Apollo, sur les pionniers de l’aérospatiale et sur l’épopée française de la fusée Véronique à Ariane 5. Je me suis régalé, sans jamais me lassé.

Je ne peux m’empêcher d’élargir la perspective et de faire un parallèle. Il y a 50 ans l’Homme marchait sur la Lune. Ce matin un homme traverse un petit bout de mer équipé de mini turbo-réacteurs. Cette comparaison me rempli d’amertume. Nous ne sommes pas allés bien loin finalement. Quelques allers-retours Terre – Lune et puis plus rien. Ces dernières décennies l’Homme s’est contenté de l’orbite terrestre rangeant dans des cartons aujourd’hui recouverts de poussière ses projets de colonisation de la Lune, d’exploration de Mars et des planètes lointaines, d’exploitation des ressources du système Solaire. Jusqu’à quand ? Verrais-je un jour une base permanente sur la Lune ? Un être humain sur Mars ? Je le souhaite car l’avenir de l’Homme passe par l’Espace.

Tian’anmen

J’ai marché sur la place Tian’anmen remplie de touristes chinois et étrangers. J’ai vu les portes de l’ancienne cité impériale, le mausolée de Mao et son portrait géant qui trônait déjà là il y a trente ans. Mais je n’ai vu aucune trace des événements survenus presque trente ans jours pour jours et qui se sont achevés dans la violence le 4 juin 1989.

J’avais 16 ans à l’époque mais cela m’a profondément marqué. Comment expulser de sa mémoire l’image de ce jeune étudiant barrant la route aux chars de l’armée ? Qu’est-il devenu d’ailleurs ? Il y a des hypothèses, diverses histoires mais cela reste flou.

La Chine aurait pu basculer dans la démocratie au printemps 1989. Elle aurait aujourd’hui un tout autre visage. Mais existerait-elle encore ? Aurait-elle implosé ? Serait-elle en passe de dominer le monde et d’imposer sa vision.

Les manifestations de la place Tian’anmen restent tabou en Chine encore aujourd’hui. Personne n’en parle. Les anciens se taisent par peur de représailles. Beaucoup de jeunes ne sont même pas au courant. L’histoire a été réécrite. Il ne s’est jamais rien passé. Cet événement, où plutôt sa censure, son effacement, montre que l’on ne critique pas les dirigeants, qu’on ne s’oppose pas aux décisions du Parti. Un accord tacite a été passé. Le peuple n’aura pas la liberté qu’il demandait mais en échange il aura le droit de s’enrichir, d’acheter, de vivre mieux. On constate aujourd’hui la réussite de ce pacte. De ce que j’ai vu, entendu, les chinois, vieux comme jeunes, ne se plaignent pas, vivent bien voire très bien et partent conquérir le monde. La liberté individuelle ne semble pas être au cœur de leurs préoccupations, ne semble pas être l’objectif à atteindre.

Une question me vient alors à l’esprit. Que se passerait-il si la croissance économique baissait, si le chômage s’installait, si la pauvreté revenait, si la classe moyenne tombait emportant dans sa chute le « rêve chinois » ? Il est probable que le peuple, floué, frustré, se révolte, que la colère refoulée se répande et que le Parti, malgré l’usage de la force, ne survive pas. Et si la Chine s’effondre elle pourrait entraîner les autres avec elle. Les dirigeants chinois sont parfaitement au fait d’un tel scénario d’où leurs efforts pour maintenir coûte que coûte une croissance forte et une dynamique économique positive. Mais jusqu’à quand ?

Inauguration d’ORACLE

De gauche à doite : Nicolas Heitz, David Henri, Moi et Jean-Luc Maria devant la chambre à vide NExET de l’ICARE. On aperçoit le propulseur ISCT200 en tir en arrière plan.

Nous avons inauguré aujourd’hui ORACLE, acronyme pour « labORAtoire Commun en propuLsion Electrique », un Laboratoire commun du CNRS qui combine l’équipe Propulsion Electrique de l’ICARE et la jeune startup française Exotrail. ORACLE a pour objet la micropropulsion électrique pour les nano- et les micro-satellites et pour finalité le développement et la qualification de propulseurs à courant de Hall miniatures à hautes performances.

Cette alliance entre chercheurs et entrepreneurs est certes un défi à relever dans un secteur ultra compétitif en mouvement perpétuel, mais c’est aussi, et surtout, une belle aventure humaine à laquelle je suis heureux et fier de participer. L’histoire d’ORACLE, dont on m’a confié la direction, ne fait que commencer. La route sera longue, sinueuse à n’en pas douter mais au bout il y aura de belles choses, des recherches de qualité et des produits performants et innovants.

Vous pouvez suivre l’évolution d’ORACLE, les activités qui y sont conduites et les avancées sur la page LinkedIn ORACLE joint laboratory.