Archives de l’auteur : Stéphane Mazouffre

Physicien des plasmas - Spécialiste en propulsion spatiale Directeur de Recherche au CNRS Responsable de l'équipe Propulsion Electrique au laboratoire ICARE à Orléans

SEGA

J’ai sorti ce matin du placard où elle dormait depuis presque 30 ans ma console SEGA Mega Drive 16 bits avec ses deux manettes. Je voulais montrer à mon fils à quoi ressemblait un jeu vidéo dans les années 1990, à l’époque où une connexion Internet n’était pas nécessaire et où son partenaire se trouvait assis à moins d’un mètre.

J’ai replongé – partagé entre joie et nostalgie – dans Sonic, les images et les réflexes me revenant au fur et à mesure que j’avançais dans le premier niveau. On s’est bien amusé en attendant de passer prochainement à la PlayStation 2 (qui attend dans son carton d’origine) puis à la Nintendo Switch pour être dans l’air du temps.

Post-scriptum : l’étiquette donnant le prix est encore collée sur la boîte : 900 francs tout de même, soit 16 % du SMIC de l’époque.

La chute du Mur

C’était il y a 30 ans, dans la nuit.
Le Mur de Berlin tombait. Il allait entraîner avec lui l’effondrement du bloc de l’Est et le déclin de la pensée communiste. Le Capitalisme et le libéralisme allaient triompher, la Chine moderne en est le plus bel exemple.
Mais sommes-nous pour autant plus heureux ? Le monde va-t-il mieux ?
Nous n’aurons jamais la vraie réponse car il faudrait pour cela renouveler l’expérience en changeant les conditions, chose impossible. Néanmoins je suis perplexe.

J’allais bientôt avoir 17 ans en novembre 1989. J’écoutais Indochine, U2 et Etienne Daho. Je regardais les images du Mur à la télévision. J’étais, un peu bêtement, heureux de voir les méchants communistes perdre la partie. Le monde libre avait gagné. L’adolescent que j’étais alors, tout comme ses ami(e)s, ne pouvait que se réjouir. L’avenir s’annonçait radieux, pour eux, pour nous. Je réaliserai des années plus tard que tout n’était pas aussi simple.

Cet événement majeur, qui a marqué l’histoire de notre civilisation, je l’ai suivi via la télévision, la radio et la presse. Internet n’existait pas à cette époque. Cette attitude, que je qualifierai de passive, reste l’un des grands regrets de ma vie. J’aurais dû foncer, prendre le premier train et me rendre à Berlin. Vivre l’histoire en direct, me nourrir de ce vent de liberté et me faire ma propre opinion.

Evasion à Porto et en Creuse

Porto - Creuse

Porto; vue sur le Douro depuis le pont Louis-1er (haut). Paysage limousin. Point de vue depuis le Puy des Roches à Jabreilles les Bordes (bas).

J’ai passé le weekend dernier à Porto avec des amis, profitant du soleil et de la douceur du climat. J’ai découvert cette très belle ville côtière située au nord-ouest du Portugal. J’ai vu ses ponts, dont l’imposant Pont Louis Ier qui enjambe le Douro, et ses églises, découvert sa gastronomie, visité ses ruelles pavées, ses quais, profité de ses cafés et bien sûr goûter le vin de Porto dans la cave Graham.
Passer trois jours à Porto, où ailleurs, sur un coup de tête avec un petit budget était inimaginable il y a quelques années. J’ai profité ici pleinement des avantages proposés par les compagnies aériennes à bas coût et par Airbnb. Le voyage est aujourd’hui simple et relativement abordable. On peut aisément visiter, découvrir, s’enrichir, s’évader, se ressourcer et rentrer chez soi plus riche, mieux armé pour comprendre le monde et ses transformations, plus ouvert, mieux à même de comprendre l’autre et ses différences. Mais hélas, il y a une contrepartie négative : un bilan carbone très négatif et des nuisances et pollutions diverses. Trouvera-t-on des solutions permettant de prolonger l’ère du « voyage facile » ? Rien n’est moins sûr mais il faut espérer et y travailler car ne plus voyager c’est se replier, se renfermer, accroître les tensions et les peurs avec l’obscurantisme comme horizon possible.

Après ce charmant weekend à Porto j’ai effectué un court séjour en Limousin avec Paco. J’en ai profité pour randonner en Creuse hier. J’ai parcouru 36 kilomètres du côté de Jabreilles les Bordes. J’ai entre autres gravi le Puy de Jouër qui culmine à 694 mètres et vu ses vestiges Gallo-Romains. J’ai admiré un superbe paysage (voir la photographie) depuis le Puy des Roches à 650 mètres. J’ai marché sur des chemins de terre, traversé des prés, des prairies et des forêts. J’ai vidé ma tête pour mieux la remplir.

Jacques Chirac

J’ai appris la nouvelle du décès de Jacques Chirac hier en fin de journée en ouvrant mon téléphone après une après-midi à réaliser des expériences fructueuses chez Enpulsion en Autriche. La nouvelle fait désormais la une de la presse écrite, des journaux télévisés et des sites Internet en France comme à l’étranger.
La disparition de ce grand Monsieur de la politique française m’a émue. Je ne sais pas trop pourquoi mais Jacques Chirac a fait partie de ma vie, plutôt de ma jeunesse, et il m’a marqué. J’ai presque l’impression qu’il a toujours été là.
Qu’est-ce que je retiens de sa carrière d’homme politique ? Pas grand-chose sur le plan national. Il a échoué à faire mieux, à réduire le chômage et la fracture social, à réformer en profondeur le pays. Sur le plan international il a fait avancer l’Europe et il a su tenir tête aux américains.
C’est l’homme qu’il était qui, à mes yeux, le rend inoubliable. Il aimait la France, son peuple, son histoire. Il n’a jamais oublié et renié ses origines. Il s’est toujours opposé au fascisme et au nationalisme, sans jamais baisser les bras, renoncer et faire des alliances et des compromis. Un vrai Gaulliste en sorte qui, lui, avait connu la guerre et l’après-guerre.
Qu’il repose en paix. Même s’il aurait pu faire mieux, comme tous ceux qui ont occupé des hautes fonctions, la France lui doit beaucoup. Saluons-le et remercions-le pour cela.

IEPC 2019, Vienne

La 36ème édition du congrès International Electric Propulsion Conférence s’est achevée hier après-midi. Quelle belle et grande édition dans la superbe et très agréable ville de Vienne en Autriche d’autant plus que le soleil était au rendez-vous. Les avis sont unanimes, il s’agit d’un des meilleurs congrès IEPC organisés au cours des vingt dernières années. Mais pouvait-il en être autrement sachant que cette édition était orchestrée par mon ami Alexander Reissner, qui dirige aujourd’hui la jeune pousse – je préfère tout de même le terme startup ! – Enpulsion qui développe et produit des propulseurs à effet de champ (FEEP) à l’Indium destinés aux nano- et micro-satellites ?

Belle et riche édition donc, qui d’une part m’a permis de revoir de nombreux amis et d’autre part a confirmé le regain d’intérêt pour notre domaine. Un chiffre parle de lui-même 680. C’est le nombre de participants. Un record qui a dépassé de loin les attentes. L’enthousiasme flotte donc dans l’air, en particulier pour les systèmes opérants à basse puissance et destinés au marché des petits satellites et des constellations. Cette édition a fait la part belle aux études sur les cathodes, la micro-propulsion, les petits moteurs à courant de Hall et les « nouveaux concepts ». Les choses devraient se poursuivre même si dans les années à venir il est évident que le domaine va subir une consolidation qui distinguera les gagnants des perdants. Mais à l’instant t c’est l’effervescence et il faut en profiter. A noter que la Chine était présente en force avec une délégation de plus de 50 chercheurs. J’ai retrouvé plusieurs visages désormais familiers depuis mon séjour à Pékin en mai dernier pour le congrès MPCS 4.
Je remercie également Alexander et son équipe pour la croisière sur le Danube, la visite de l’abbaye de Melk, ce dîner de Gala inoubliable et la soirée rooftop avec une vue indescriptible sur la ville de Vienne drapée de ses couleurs nocturnes.

Lors du dîner mon équipe c’est vu remettre le prix Best paper award pour ses travaux sur l’application de la diffusion Thomson incohérente à la propulsion électrique. C’est une belle reconnaissance de la communauté qui récompense le travail de tous. Un grand merci à tous les étudiants, doctorants et jeunes chercheurs qui nous ont accompagnés. Ce prix est le vôtre, soyez fiers. Mon équipe est la seule qui ait obtenu cette récompense deux fois, une raison de plus d’être satisfait et fiers. En effet nos recherches sur l’observation des oscillations spatio-temporelles du champ électrique dans un propulseur de Hall par spectroscopie laser avaient été récompensées en 2009 à Ann Arbor dans le Michigan.

Ce que j’ai lu

Voilà ce que j’ai lu ces dernières semaines. Je ne sais pas si publier cela a un véritable intérêt. Qui peut bien s’intéresser à mes lectures ? Mais cela me permet d’acter, de témoigner. Il faut voir ce billet comme une note écrite vite, comme ça, parce que l’idée m’a traversé l’esprit. Et qui sait si un jour cette note ne me sera pas utile ? Qui sait si elle ne me rappellera pas d’agréables souvenirs ?

Deux manuscrit de thèse de doctorat, l’un sur la propulsion des Cubesats et l’autre sur la physique des gaines plasma.

Des articles scientifiques divers, des pages de magazines (alternatives économiques, Challenges) et de journaux.

Des livres en plus de celui de F. Vargas dont j’ai parlé sur ce blog il y a quelques jours.
Altered Carbon de R. Morgan (SF), Le signal de M. Chattam (SF ; quand MC se lance dans la SF, il brille – à lire pour s’évader et se faire peur), Authority de J. Vandermeer (la suite du déroutant Annihilation), Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité de A. Barrau (dans la ligné de l’essai de FV, le bilan catastrophique de l’empreinte humaine et des propositions pour limiter les dégâts – tout comme AB, je ne suis guère optimiste quant à notre futur) et Cosmos de C. Sagan (plus feuilleté, parcouru que réellement lu ; cet ouvrage a été publié en 1980, je n’avais alors que 7 ans, et il allait changer notre regard sur le système solaire et l’Univers et donner l’envie à beaucoup d’explorer).
Et puis des sites web et des dizaines et dizaines d’e-mails, XXI siècle oblige.

Prendre du temps

Aujourd’hui la Lune m’a accompagné une grande partie de la journée. Petit disque blanc sur fond bleu clair.

Je viens de parcourir 52 kilomètres à travers les forêts et les prairies en affrontant environ 1200 mètres de dénivelé cumulés. Le temps était idéal avec une température de l’ordre de 25 °C à l’ombre. Un ciel bleu, uniforme. C’est la plus longue randonnée que j’ai faite sur une seule journée. J’ai marché dix heures et fais plusieurs pauses pour profiter des paysages, de la faune et du temps qui passe. J’aime ces moments de solitude dans la nature. Prendre du temps pour penser, pour réfléchir ; revisiter le passé et imaginer l’avenir.

J’ai toujours apprécié marcher. J’ai commencé très jeune avec mon grand père maternel qui m’amener petit ramasser des champignons ou bien des herbes (ajoncs, fougères…) pour ses lapins ou son jardin. Je trouvais des champignons, girolles et cèpes principalement, et j’en trouve encore – il faut avouer que j’ai été entraîné par un expert – mais je passais aussi de longs moments à regarder autour de moi, à profiter de cette Nature généreuse qui nous accueillait, à apprécier les bruits, les mouvements, les jeux de lumière, les odeurs. Enfant déjà je me ressourçais au milieu des bois. Je n’ai guère changé sur ce point là. J’ai besoin de ces moments. Il faut savoir prendre du temps.

L’humanité en péril

A lire, de toute urgence. Demain il sera trop tard.

L’humanité en péril ; Virons de bord, toute ! publié chez Flammarion. Il s’agit d’un ouvrage de la célèbre auteure Fred Vargas.

C’est un essai clair, pointu, précis et extrêmement bien documenté avec plus de 400 références (on voit là le caractère scientifique de F. V.). Tout est expliqué sur le réchauffement climatique planétaire, la pollution qui va avec, la destruction de la faune et de la flore : les causes anthropiques indéniables aujourd’hui et les conséquences à court et long terme selon les scénarii envisagés de plus optimiste (mais irréaliste pour moi) au plus pessimiste. En quelques mots, l’humanité pourrait disparaître dans les siècles à venir. Nous pourrions voir le début de la fin et nos enfants ou petits-enfants la fin. Et malgré cela on ne fait rien, ou presque rien alors que les solutions existent pour enrayer la crise, limiter les dégâts et offrir aux générations futures un monde vivable comme l’explique F. V. dans son essai.

Déni ? Confiance aveugle et injustifié dans la science ? Pouvoir surévalué de l’argent ? Appât des gains à court terme ? Je n’en sais rien mais je constate que rien ne bouge, que le modèle économique qui nous gouverne (basé sur la sacro-sainte croissance) n’est pas modifié alors que l’on est au courant de la mauvaise direction prise depuis les années 1960 et que les rapports et articles amoncellent, que les COP, les G7 ou G20 ne servent à rien, que les écarts de richesse se creusent, que les plus riches sont toujours plus riches quoi qu’il advienne, que les grandes entreprises, les banques et les assureurs dominent le monde et que les états sont ruinés.

Mais ne baissons pas les bras. Tout n’est pas encore perdu même si chaque seconde perdue nous rapproche de la grande catastrophe. Alors lisez ce livre, renseignez vous et changez vos comportements. Il faut compter sur les citoyens pour changer le cours de l’histoire. Nous avons les cartes en main ; agissons.

L’odyssée interstellaire

La série « L’odyssée Interstellaire » va prochainement être diffusée sur la chaîne ARTE : le samedi 10 août à 20h30 pour les 2 premiers épisodes et le samedi 17 août à la même heure pour les 2 derniers épisodes.

Cette série décrit la recherche d’une vie extraterrestre sur une exoplanète. Mon équipe a eu la chance de participer à cette belle aventure. J’en ai parlé sur ce blog dans un billet daté du 12 janvier 2019 : Living Universe. Notre intervention concerne l’emploi de la propulsion électrique pour un voyage interstellaire. Nous apparaissons dans l’épisode 2.

Pour ceux qui ne pourrons hélas pas voir la série elle est disponible sur le site Arte tv jusqu’au 8 octobre : Série.

Bien venu à bord du vaisseau Minerva et bon voyage.

Manche versus Lune

J’ai regardé ce matin en direct la traversée de la Manche par Franky Zapata debout sur sa planche volante ou  » flyboard  » en anglais. Le français a mis une vingtaine de minutes pour parcourir à une dizaine de mètres du niveau de l’eau les 35 kilomètres qui séparent Sangatte et Douvres. C’est un exploit que l’on doit saluer, le point d’orgue d’une aventure sportive, technologique et entrepreneuriale débutée il y a plusieurs années dans un garage, 110 ans après la traversée de la Manche en avion par l’aviateur Louis Blériot. Malgré les difficultés, les obstacles et les échecs, F. Zapata a persévéré, faisant fi des critiques et il a eu raison. Cette première prouve que le travail et la persévérance payent. Je me réjouis aussi que cette invention soit française et j’espère qu’elle aura un bel avenir, en France si possible, car les applications potentielles, en plus du divertissement, sont nombreuses.

Il y a 50 ans, Neil Armstrong et Buzz Aldrin foulaient sur le sol lunaire. La mission Apollo 11 avait réussi et l’Amérique battait l’URSS. J’ai regardé ces derniers jours de très nombreux documentaires sur les programmes spatiaux américain et soviétique, sur les missions Apollo, sur les pionniers de l’aérospatiale et sur l’épopée française de la fusée Véronique à Ariane 5. Je me suis régalé, sans jamais me lassé.

Je ne peux m’empêcher d’élargir la perspective et de faire un parallèle. Il y a 50 ans l’Homme marchait sur la Lune. Ce matin un homme traverse un petit bout de mer équipé de mini turbo-réacteurs. Cette comparaison me rempli d’amertume. Nous ne sommes pas allés bien loin finalement. Quelques allers-retours Terre – Lune et puis plus rien. Ces dernières décennies l’Homme s’est contenté de l’orbite terrestre rangeant dans des cartons aujourd’hui recouverts de poussière ses projets de colonisation de la Lune, d’exploration de Mars et des planètes lointaines, d’exploitation des ressources du système Solaire. Jusqu’à quand ? Verrais-je un jour une base permanente sur la Lune ? Un être humain sur Mars ? Je le souhaite car l’avenir de l’Homme passe par l’Espace.