Archives de catégorie : Politique

EM acte II

Emmanuel Macron vient d’être réélu pour un second mandat avec environ 58,5 % des votes. Me voilà rassuré. Nous voilà rassurés. Les français ont choisi la raison en faisant barrage à l’extrême droite. On a sans aucun doute évité le pire à notre pays et à l’Europe. L’histoire ne s’arrête bien sûr pas là ; cette élection n’est qu’une étape. Il faut désormais construire ensemble en trouvant un point d’équilibre, chose difficile s’il en est. On peut néanmoins souffler un peu, regarder devant et se dire que tout n’est pas perdu et que le naufrage de la France attendra encore.

Mais il faut rester vigilant et poursuivre le combat sur tous les fronts contre le nationalisme et l’obscurantisme. La démocratie est fragile et elle n’est jamais définitivement acquise.

Il n’y a pas à choisir

Emmanuel Macron contre Marine Lepen. Les français ont choisi les deux finalistes de l’élection présidentielle il y a une dizaine de jours en finissant d’anéantir le Parti Socialiste et Les Républicains. Le parti d’extrême droite est présent au second tour, une fois encore. Le parti d’extrême gauche fait un score inattendu et loupe la qualification de un pourcent seulement. Rassemblés, les partis d’extrême droite représentent 32 % des votes exprimés. Comment en sommes-nous arrivés là en quelques décennies ? J’ai honte. Nous n’apprenons décidément rien de l’Histoire.

Aujourd’hui il ne s’agit pas de décider entre deux programmes politiques proches ou tout se joue sur quelques ajustements ou priorités. Il s’agit de choisir un modèle, une vision, un futur. La lumière contre l’obscurité. ML, qui n’est qu’une héritière sans grand talent, n’a pas changé, son parti non plus. Lisez attentivement son projet. Tout est réuni pour que la France s’effondre et l’Europe avec. Les vautours n’auront alors plus qu’à se servir sur ce champ de ruines. La France, mon cher pays, veut-elle vraiment se suicider ? Je n’ose y croire.

Je suis inquiet. Je ne l’ai jamais autant été avant une élection. L’avenir pourrait être sombre, très sombre. Je reste littéralement interloqué. Je digère lentement le résultat du premier tour. Je me prépare au pire même si à mes yeux il n’y a pas à choisir entre blanc et noir.

Dans quatre jours nous serons fixés.

Guerre en Europe

Poutine est un soviétique, un homme du passé qui n’a jamais accepté la chute de l’URSS. Mais il a un plan en tête, une vision claire depuis son arrivée au pouvoir il y a 22 ans, reconstruire l’empire, reprendre le contrôle. Il est désormais sans doute paranoïaque, usé par le pouvoir et l’isolement. Poutine a peur. Il, avec son clan, est effrayé par la démocratie. C’est en cela que l’Ukraine le gêne. Il redoute une contagion, des révolutions en couleur, malgré tous ses efforts depuis des années pour museler l’opposition, éliminer les voix dissonantes et proposer une seule vision – erronée et orientée – du monde et de l’Histoire. Vladimir Poutine est un homme dangereux. Nul ne sait où il va s’arrêter. L’invasion de l’Ukraine pourrait n’être que le début. Le premier objectif de Poutine est clair : éliminer le président ukrainien et mettre un pantin à sa place pour prendre le contrôle. Et ensuite ?

Février 2022. La guerre est de retour en Europe. L’ennemi, celui qui a attaqué sans proposer aucune négociation, n’est pas n’importe lequel car il s’agit de la Russie, grande puissance militaire et nucléaire avec un chef brutal et sans concession à la manoeuvre. L’Europe tente de s’organiser mais il y a de fortes divergences, l’Allemagne et l’Italie étant vitalement reliés à la Russie. L’OTAN, organisation que l’on croyait morte, se réveille et se prépare au pire. Des sanctions sont mises en place mais elles n’auront aucun impact à court terme, ne déstabiliseront pas Poutine et n’entameront en rien sa motivation. On peut avoir peur.

Cette guerre augure mal des évènements dans les décennies qui viennent. Une collaboration à grande échelle sur des sujets critiques comme l’énergie, les ressources et les changement climatiques semble impossible. C’est le repli sur soi qui pourrait s’imposer avec des rapports violents.
Cette crise tragique, je pense ici à mes amis et collègues ukrainiens, peut, doit, être une opportunité de grands changements. L’Europe doit comprendre qu’elle est trop dépendante de l’extérieur, qu’elle n’a pas les capacités de se défendre et de peser dans la géopolitique mondiale, que les rangs doivent être resserrés et qu’elle doit parler haut et fort d’une seule voix. L’Europe doit changer. Dans le cas contraire, elle disparaîtra et d’autres prendront la place.

Inspiration 4

SpaceX vient de mener le premier vol habité privé. Quatre personnes (deux femmes et deux hommes) ont fait plusieurs fois le tour de notre planète en orbite basse à bord de la capsule Crew Dragon pour quelques dizaines de millions de dollars. Le vol a duré trois jours et s’est terminé par un amerrissage au voisinage des côtes de la Floride. Après Virgin Galactic et Blue Origin, SpaceX nous projette à son tour dans l’ère du tourisme spatial.

La mission Inspiration 4 me laisse perplexe. Voire même dubitatif. Quel est le but d’un tel voyage ? Quelles valeurs y associer ? S’il s’agit juste de constater la rotondité de la Terre, pas besoin de prendre une fusée. On peut regarder des photographies prises depuis l’espace, prendre l’avion, regarder l’océan à l’horizon… Faire l’expérience d’un long vol en microgravité ? Frimer ? Gagner de l’argent ? J’avoue ne pas vraiment comprendre. Je ne parle même pas de la pollution engendrée, de l’impact climatique, des ressources gaspillées. Si ce genre de tourisme venait à croître à l’avenir, les conséquences globales sur l’environnement pourraient être désastreuses. Je pense qu’il y a aujourd’hui des enjeux bien plus importants que le développement du tourisme spatial.

J’ai toujours, depuis ma plus petite enfance, était fasciné par la conquête de l’espace, par l’Univers et ses mystères. J’en est même finalement fait mon métier. Mais je milite pour une vision scientifique et non ludique. C’est l’exploration du système solaire qu’il faut mettre en avant, non le divertissement d’une certaine élite.

1 an

Une année déjà que nos vies sont rythmées par l’épidémie de SARS-CoV-2 ou COVID-19. Le temps passe. Mi-Mars 2020. Le premier confinement allait débuter. Expérience nouvelle. Deux mois au ralenti, couper physiquement du Monde. Plus de trois mois dans notre maison, n’ayant réintégré le laboratoire qu’à partir de la mi-juin. Un léger vent de liberté en été, la famille et quelques amis retrouvés, mais la pause aura finalement été de courte durée. Le deuxième confinement aura débuté alors que j’étais en vacances avec mon fils en Limousin. Puis ce dernier fût remplacé par le couvre feu qui est toujours d’actualité malgré l’arrivée des vaccins en début d’année. Certains ont cru naïvement, d’autres ont fait croire, que tout allait être réglé en quelques semaines ou quelques mois. Il n’en est rien car le défi est gigantesque, du jamais vu en fait. On peut espérer une situation moins tendue cet été puis la fermeture (provisoire ?) de la parenthèse en fin d’année. Le gouvernement fait tout ce qu’il peut avec les informations dont il dispose. Je ne les blame nullement ; ils « font le job », plutôt bien. Les autres pays ne font pas mieux. Reste le cas de la Chine. Mystère sur lequel il faudra un jour faire toute la lumière.

Et après ? Le monde aura changé, la société se sera transformée à n’en pas douter. Celle-ci sera plus numérique, plus surveillée encore avec moins de mouvements. L’épidémie n’aura finalement qu’accéléré la transformation et la transition. Tout c’est fait plus vite, peut-être trop vite. Cette nouvelle société sera-t-elle meilleure, plus juste, moins violente, capable de résoudre les grands défis qui pointent à l’horizon ? Rien n’est impossible. Mais je suis perplexe.

Ça brûle

Notre pensé est aujourd’hui obnubilée par l’épidémie du CoViD-19. Nous sommes littéralement focalisés sur cette maladie, oubliant que le monde tourne toujours 1 . Nous avons bien sûr raison de combattre le virus avec force, de mettre en place des règles pour éviter l’hécatombe, pour protéger les gens et maintenir à flot l’économie. Mais cette épisode, même si sa dimension est planétaire, n’est qu’un problème mineur avec des solutions, d’abord temporaires (masque, respect des distances, désinfection), puis définitive (traitement médical, vaccin). Dans quelques mois ou semestres cet épisode sera derrière nous et nous reviendrons à nos préoccupations premières.

Je crois sincèrement que cette pandémie occulte l’essentiel. Le monde va mal, de plus en plus mal, et les actions pour combattre les dérives sont dérisoires voire inexistantes. J’ai vu ces dernières semaines les images terrifiantes des incendies en Californie. J’ai vu des vidéos sur la fonte des glaciers et de la banquise, sur le recul de la forêt amazonienne. Je ne cite même pas les records de température, les inondations mortelles et les bêtises débitées par D. Trump. Les événements climatiques empirent chaque année, leur intensité augmente. Et rien. L’évidence est là. Mais il ne se passe rien. Des annonces mais aucune action sérieuse véritablement concrète. On nous promet des changements pour dans dix ans, vingt ans, 2050 voire 2100.

On reste immobile, attaché comme des mouches à la glue à notre mode de vie bien confortable. On pousse la machine à fond faisant fi des signaux d’alerte. En agissant de la sorte on se condamne et on condamne les suivants. Nous avons déjà perdu quarante ans. J’ai peur que nous en perdions quarante de plus. On se réveillera un jour prochain mais il sera bien trop tard. Un retour en arrière n’est et ne sera nullement compatible avec nos échelles de temps. Alors on subira.

1) Sur ce sujet les réflexions de BHL dans son dernier ouvrage sont pertinentes (Ce virus qui rend fou, Grasset 2020).

Jacques Chirac

J’ai appris la nouvelle du décès de Jacques Chirac hier en fin de journée en ouvrant mon téléphone après une après-midi à réaliser des expériences fructueuses chez Enpulsion en Autriche. La nouvelle fait désormais la une de la presse écrite, des journaux télévisés et des sites Internet en France comme à l’étranger.
La disparition de ce grand Monsieur de la politique française m’a émue. Je ne sais pas trop pourquoi mais Jacques Chirac a fait partie de ma vie, plutôt de ma jeunesse, et il m’a marqué. J’ai presque l’impression qu’il a toujours été là.
Qu’est-ce que je retiens de sa carrière d’homme politique ? Pas grand-chose sur le plan national. Il a échoué à faire mieux, à réduire le chômage et la fracture social, à réformer en profondeur le pays. Sur le plan international il a fait avancer l’Europe et il a su tenir tête aux américains.
C’est l’homme qu’il était qui, à mes yeux, le rend inoubliable. Il aimait la France, son peuple, son histoire. Il n’a jamais oublié et renié ses origines. Il s’est toujours opposé au fascisme et au nationalisme, sans jamais baisser les bras, renoncer et faire des alliances et des compromis. Un vrai Gaulliste en sorte qui, lui, avait connu la guerre et l’après-guerre.
Qu’il repose en paix. Même s’il aurait pu faire mieux, comme tous ceux qui ont occupé des hautes fonctions, la France lui doit beaucoup. Saluons-le et remercions-le pour cela.

Articles

Si vous jeter un coup d’oeil à ma liste de publications, vous trouverez deux nouveaux articles écrit avec, entre autres, mon collègue Igor Levchenko de l’Université de Technologie de Nanyang (NTU) à Singapour :

Prospects and physical mechanisms for photonic space propulsion
I. Levchenko, K. Bazaka, S. Mazouffre, S. Xu, Nature Photonics 12, pp. 649–657 (2018).

Mars Colonization: Beyond Getting There
I. Levchenko, S. Xu, S. Mazouffre, M. Keidar, K. Bazaka, Global Challenges 2, 1800062 (2018).

J’ai enseigné la propulsion par faisceaux de particules, qui englobe la propulsion photonique, à SupAéro il y a quelques années. Ce mode de propulsion spatiale présente deux avantages majeurs par rapport aux autres technologies, i.e. chimique, électrique et nucléaire : i) il n’y a pas besoin d’ergol et ii) la source d’énergie à l’origine de la poussée n’a pas à être embarquée dans le véhicule. En contre-partie, le niveau de poussée est très faible donc la durée du voyage est très longue. Ce type de technologie, non validée in situ, est réservée aux voyages interplanétaires, voire interstellaires. Le projet Breakthrough Startshot en est un bon exemple.
Après un état de l’art sur la propulsion photonique, nous explorons dans cet article publié dans Nature les pistes pour une amélioration des systèmes.

Le deuxième article est le fruit d’une belle aventure. Il traite de l ‘exploration et de la colonisation de la planète Mars mais d’un point de vue inédit jamais abordé en profondeur à connaissance. Il ne s’agit pas ici d’analyser un voyage vers la planète rouge ni même les moyens et méthodes pour sa colonisation, il y a des dizaines, voire centaines, d’articles sur ces sujets, mais de réfléchir à l’après, comme nous l’écrivons. Imaginée une société établie sur Mars, comprenant des centaines, milliers d’individus. Pour que cette société fonctionne correctement, perdure et s’épanouisse, il faudra avoir réfléchi au préalable à sa gestion, ses structures politiques, le droit appliqué, qui régira e.g. la nationalité, les frontières, la propriété, la justice, l’économie, les relations avec la Terre… Nous abordons ces thèmes dans ce papier en essayant de mettre sur table toutes les questions soulevées. Un travail de fourmi sur un thème à la frontière de nos disciplines mais qui s’est avéré passionnant et riche d’enseignements in fine.

John McCain

John McCain s’en est allé il y a maintenant une semaine.
De ce que j’ai pu lire et entendre depuis des années, ici et aux Etats-Unis, John McCain était un sénateur républicain apprécié et respecté en Amériques, même au sein du camp démocrate.
Ses funérailles ont eu lieu hier. Les trois derniers présidents y ont pris part, mais pas celui élu en novembre 2016 car il n’était pas le bienvenu. Il a d’ailleurs profité de ce temps libre pour aller jouer au golf, un sport où il excelle. Il passerait en moyenne vingt pourcents de son temps dans des golfs.

John McMain va manquer aux américains et sans doute au reste du monde. Il avait des valeurs, des principes, une vision pour l’Amérique dont il comprenait la position et le rôle sur l’échiquier mondial. On ne peut pas en dire autant du nouveau.
On peut ne pas partager les idées du sénateur mais il faut admettre qu’il était un rempart solide contre Donald Trump et sa politique de l’instant présent. Qui est capable aujourd’hui dans le camp républicain de protester et de s’opposer avec force ?
Trump a eu raison d’aller fouler un green. Une belle journée pour lui.

Où va l’Europe ?

Dans la série Où va… Voir mon billet du 19 mai.
Depuis une décennie l’Europe vacille, mais l’Europe résiste aux turbulences.
Jusqu’à quand ? Allons-nous dans les années qui viennent assister à l’éclatement puis à la fin de l’Europe, pour parodier le célèbre ouvrage de F. Fukuyama ?
Hélas, la probabilité que cette magnifique construction humaine s’effondre est élevée. Il faut se préoccuper du rejet croissant de l’Union par ses citoyens et des manipulations des hommes et femmes politiques pour qui l’Europe n’est qu’un levier de plus pour leur carrière.

Il y a eu la crise financière qui a mis à mal la solidarité entre les états de l’Union, puis la montée des nationalismes, puis la crise Ukrainienne, puis le terrorisme islamique, puis le Brexit, puis les tendances séparatistes et enfin le problème des migrants qui met l’édifice sous grande tension.
L’Europe se déchire et s’épuise. La construction d’une modèle économique et social unique est à l’arrêt, l’Europe de la défense reste encore une illusion dans un monde incertain et je ne parle pas de l’Europe politique qui n’existe pas. L’UE reste la somme des vingt-huit états qui la compose.
La conséquence est qu’elle ne pèse rien sur l’échiquier mondiale, qu’elle n’est pas écoutée, qu’elle ne peut pas imposer son point de vue et que ses faiblesses profitent aux Etats-Unis d’Amérique, à la Chine et à la Russie qui ne se privent pas de d’exploiter et de torpiller l’édifice.

Ce n’est pas l’Europe que je veux, certes. Pourtant je ne souhaite pas léguer à mon fils un monde sans Europe que je vois comme un monde sans justice où le plus fort gagnera à tous les coûts.
Alors il faut se battre, expliquer que l’Union nous a beaucoup apporté et que sa disparition nous rendrait plus faibles. Il faut aussi forcer les politiques à ne plus se servir de l’Europe et dénoncer leurs mensonges. Il ne faudra pas se tromper aux prochaines élections européennes qui se dérouleront en mai 2019. Nous n’aurons peut-être pas une autre chance de changer de cap.