Archives de catégorie : Réflexions

Grillage

Petite pause hier après des semaines longues et chargées.
J’ai posé un jour de congés pour faire une randonnée dans la Sologne, non loin d’Orléans, entre Ardon, Mézières-lez-Cléry et Jouy-le-Potier. 31 kilomètres parcourus avec mon fidèle compagnon Elvis au cœur de la forêt, protégé du soleil et de la chaleur. Cette sortie, attendue depuis longtemps, m’a permis de constater à quel point la Nature souffre des fortes chaleurs actuelles et du manque criant de précipitations. Tout est sec. Les plante sont brûlées et les feuilles jaunissent. Dire que cela n’est qu’un début et que dans une ou deux décennies on atteindra sans doute 50°C à l’ombre par moment au centre de la France. J’espère que cet état jugé anormal mais qui deviendra bientôt la norme conduira à notre réveil et à l’action, au changement de comportement et à la lutte contre la dérive climatique. Mais je reste septique, ce n’est sans doute pas suffisant, pas assez douloureux, faiblement impactant malgré les violents incendies (quasiment tous criminels) et le rationnement en eau. Qu’avons-nous retenu de la leçon  » Covid 19  » ?
J’ai eu le temps de réfléchir à tout cela hier, et a bien d’autres choses tout en profitant des paysages, de l’air frais et de la tranquillité des lieux traversés. J’ai (Nous, mais Elvis était moins réceptif) pu aussi admirer de nombreux animaux évoluer dans leur milieu naturel : sangliers et adorables marcassins, biches et jeunes cerfs en troupeau, lièvres et lapins. Quelles belles images ; quels beaux moments intemporels. Hélas, il me faut ternir cette vision idyllique de la campagne solognote. La moitié au moins des animaux observés était parqués dans de vastes, voire très vastes, réserves privées dédiées à la chasse. La Sologne grillagée, et défigurée. Vous avez du en entendre parler. Je ne suis nullement opposé à la chasse, lorsqu’elle a pour but la régulation et la recherche de nourriture. Quel objectif, quel plaisir, si ce n’est malsain, lorsque l’animal n’a aucune change et lorsque les parties de chasse sont synonyme de carnage ? Le divertissement facile ; l’argent. Tout change. Rien ne change.

Voyages interstellaires

J’ai participé cette semaine à l’école d’été « Second Interstellar Studies Summer Course » organisée par le Limiteless Space Institute (LSI) et l’organisation Initiative for Interstellar Studies (i4is).

J’ai fait un excellent choix même si les journées furent longues puisque les cours et conférences débutaient à 16 heures pour se clôturer à minuit dans mon cas à cause du décalage horaire avec Houston. Je tiens à remercier Rob de i4is et Sonny du LSI pour leur engagement, leur passion et leur énergie mis au service de cette belle initiative qui je l’espère se poursuivra dans le futur.

Vous l’aurez tous compris, il a été question tout au long de cette semaine de voyages interplanétaires (à l’intérieur du système solaire) et surtout de voyages interstellaires (à l’extérieur du système solaire). Les exposés étaient tous passionnants, riches et instructifs. Je tiens à saluer ici le sérieux des intervenants et leur attitude décontractée ; ils ont su sans mal partager leur engouement et transmettre leurs savoirs. Le contenu thématique de l’école était fantastique puisque nous avons traité de propulsion (fission, fusion, voiles laser, warp drive), de ressources in-situ, de l’architecture des vaisseaux (generation ships, world chips mais aussi Chipsats), des voyages et de leurs contraintes, des objectifs et des intérêts (pour vs contre). Nous avons aussi évoqué les voyages interstellaires dans la science-fiction, en particuliers les films et les séries. Un très beau programme, plaisant et instructif même pour un physicien des plasmas spécialiste de la propulsion électrique comme moi.

J’ai surtout retenu une chose de cette école : lorsque l’on traite sérieusement des voyages interplanétaires, il ne faut surtout pas se limiter à partir du moment où l’on ne contredit pas les lois de la Physique. Peu importe l’énergie, la matière, le temps et le coût demandés, un jour viendra où l’humanité sera prête.

Château de Sully sur Loire

Visite de l’exposition photographique « Legacy » de Yann Arthus-Bertrand hier au château de Sully-sur-Loire à une cinquantaine de kilomètres d’Orléans. Le cadre offert par ce château fort, dont la construction débute au XIVème siècle, se prête parfaitement à la découvert et à la réflexion.
Cette exposition rassemble des photographies du célèbre photographe Yann-Arthus Bertrand et présente une biographie qui dévoile la richesse de la vie de cette homme, ses oeuvres et ses combats. L’exposition comprend une centaine de photographies divisées en portraits (touchants et justes), paysages (sublimes pour la plupart) et lieux vu du ciel avec très (trop) souvent la marque de l’être humain. Legacy est aussi le titre d’un film documentaire réalisé par Yann Arthus-Bertrand et diffusé en 2021. Ou comment l’homme moderne, toujours pressé et avide de dollars, impacte le monde et son environnement et pourrait bien laisser comme seul héritage à ses enfants une planète invivable.
Je vous invite à visionner le film et à visiter l’exposition.

EM acte II

Emmanuel Macron vient d’être réélu pour un second mandat avec environ 58,5 % des votes. Me voilà rassuré. Nous voilà rassurés. Les français ont choisi la raison en faisant barrage à l’extrême droite. On a sans aucun doute évité le pire à notre pays et à l’Europe. L’histoire ne s’arrête bien sûr pas là ; cette élection n’est qu’une étape. Il faut désormais construire ensemble en trouvant un point d’équilibre, chose difficile s’il en est. On peut néanmoins souffler un peu, regarder devant et se dire que tout n’est pas perdu et que le naufrage de la France attendra encore.

Mais il faut rester vigilant et poursuivre le combat sur tous les fronts contre le nationalisme et l’obscurantisme. La démocratie est fragile et elle n’est jamais définitivement acquise.

Il n’y a pas à choisir

Emmanuel Macron contre Marine Lepen. Les français ont choisi les deux finalistes de l’élection présidentielle il y a une dizaine de jours en finissant d’anéantir le Parti Socialiste et Les Républicains. Le parti d’extrême droite est présent au second tour, une fois encore. Le parti d’extrême gauche fait un score inattendu et loupe la qualification de un pourcent seulement. Rassemblés, les partis d’extrême droite représentent 32 % des votes exprimés. Comment en sommes-nous arrivés là en quelques décennies ? J’ai honte. Nous n’apprenons décidément rien de l’Histoire.

Aujourd’hui il ne s’agit pas de décider entre deux programmes politiques proches ou tout se joue sur quelques ajustements ou priorités. Il s’agit de choisir un modèle, une vision, un futur. La lumière contre l’obscurité. ML, qui n’est qu’une héritière sans grand talent, n’a pas changé, son parti non plus. Lisez attentivement son projet. Tout est réuni pour que la France s’effondre et l’Europe avec. Les vautours n’auront alors plus qu’à se servir sur ce champ de ruines. La France, mon cher pays, veut-elle vraiment se suicider ? Je n’ose y croire.

Je suis inquiet. Je ne l’ai jamais autant été avant une élection. L’avenir pourrait être sombre, très sombre. Je reste littéralement interloqué. Je digère lentement le résultat du premier tour. Je me prépare au pire même si à mes yeux il n’y a pas à choisir entre blanc et noir.

Dans quatre jours nous serons fixés.

Guerre en Europe

Poutine est un soviétique, un homme du passé qui n’a jamais accepté la chute de l’URSS. Mais il a un plan en tête, une vision claire depuis son arrivée au pouvoir il y a 22 ans, reconstruire l’empire, reprendre le contrôle. Il est désormais sans doute paranoïaque, usé par le pouvoir et l’isolement. Poutine a peur. Il, avec son clan, est effrayé par la démocratie. C’est en cela que l’Ukraine le gêne. Il redoute une contagion, des révolutions en couleur, malgré tous ses efforts depuis des années pour museler l’opposition, éliminer les voix dissonantes et proposer une seule vision – erronée et orientée – du monde et de l’Histoire. Vladimir Poutine est un homme dangereux. Nul ne sait où il va s’arrêter. L’invasion de l’Ukraine pourrait n’être que le début. Le premier objectif de Poutine est clair : éliminer le président ukrainien et mettre un pantin à sa place pour prendre le contrôle. Et ensuite ?

Février 2022. La guerre est de retour en Europe. L’ennemi, celui qui a attaqué sans proposer aucune négociation, n’est pas n’importe lequel car il s’agit de la Russie, grande puissance militaire et nucléaire avec un chef brutal et sans concession à la manoeuvre. L’Europe tente de s’organiser mais il y a de fortes divergences, l’Allemagne et l’Italie étant vitalement reliés à la Russie. L’OTAN, organisation que l’on croyait morte, se réveille et se prépare au pire. Des sanctions sont mises en place mais elles n’auront aucun impact à court terme, ne déstabiliseront pas Poutine et n’entameront en rien sa motivation. On peut avoir peur.

Cette guerre augure mal des évènements dans les décennies qui viennent. Une collaboration à grande échelle sur des sujets critiques comme l’énergie, les ressources et les changement climatiques semble impossible. C’est le repli sur soi qui pourrait s’imposer avec des rapports violents.
Cette crise tragique, je pense ici à mes amis et collègues ukrainiens, peut, doit, être une opportunité de grands changements. L’Europe doit comprendre qu’elle est trop dépendante de l’extérieur, qu’elle n’a pas les capacités de se défendre et de peser dans la géopolitique mondiale, que les rangs doivent être resserrés et qu’elle doit parler haut et fort d’une seule voix. L’Europe doit changer. Dans le cas contraire, elle disparaîtra et d’autres prendront la place.

Disparition des frères Bogdanoff

Grichka et Igor Bogdanoff ne sont plus là. Les jumeaux les plus célèbres et les plus emblématiques du paysage audiovisuel sont allés rejoindre les étoiles il y a quelques jours, emportés par le Covid-19. Ils n’étaient pas vaccinés. Non pas qu’ils étaient opposés au vaccin ; plutôt par choix. Ceux qui ne supportaient pas l’effet du temps qui passe se croyaient peut-être invincibles ou immortels ? C’est une mort idiote, si simple à éviter, mais pathétique. Je crois qu’une sincère vague d’émotion a traversé le pays. Je fus moi-même touché avec un léger sentiment de tristesse.

Car l’évocation des frères Bogdanoff me ramène à mon passé, à mon enfance, mon adolescence, ma jeunesse. Moi aussi je dois avoir peur de vieillir. Les frères Bogdanoff, c’est « Temps X », cette formidable émission de science-fiction diffusée de 1979 à 1987 sur la Une. Je ne pense pas avoir loupé un seul épisode. On rêvait avec les jumeaux, on apprenait, on se divertissait, on se projetait dans le futur. Peu d’émissions rivalisent aujourd’hui malgré des centaines de chaines et des milliers de programmes. Les deux frères ont sans doute conforté mon envie de devenir Physicien, d’explorer le monde et d’en comprendre, à mon niveau, les mécanismes et la dynamique. Merci à eux. Reposez en paix.

2022

Une année se termine. Une nouvelle débute. On peut espérer qu’elle soit belle et douce. Mais il y a peu de chance que cela soit le cas. Elle sera probablement tumultueuse, violente et chaude mais moins que la suivante…
Comment rester positif et optimiste aujourd’hui quand on voit les écarts se creuser, les ressources s’épuiser, l’insouciance se maintenir, l’obscurantisme progresser, le cynisme et l’inaction comme norme, la force et la fureur comme solutions ?
Il y a des mouvements bien sûr, de petits changements de cap, des conversions qui s’opèrent, mais tout cela est lent, très lent, trop lent. Or du temps nous n’en avons pas.
Que faire alors ? Ne pas baisser les bras malgré tout. Poursuivre les combats, se préparer à une transition, réfléchir aux remèdes et stratégies, continuer à expliquer. Et vivre bien sûr en profitant de l’instant et des gens.

Prix Edmond Brun

Remise du prix Edmond Brun, Académie des Sciences, 23 novembre 2021.

J’ai reçu hier après-midi à l’Institut de France à Paris le prix Edmond Brun de l’Académie des Sciences pour mes travaux en propulsion spatiale : Cérémonie de remise des prix 2021 de l’Académie des Sciences.

Je suis profondément honoré par cette distinction prestigieuse qui récompense plus de vingt-cinq années de travaux de recherche dans les domaines de la physique des plasmas et de la propulsion ionique.

Naturellement, il ne s’agit nullement de l’accomplissement d’un seul homme. Je souhaite donc chaleureusement remercier tous ceux qui m’ont accompagné dans cette belle aventure : mes proches, mes amis, mes doctorants, mes étudiants, mes vrais collègues et tous ceux qui m’ont épaulé, forcé à toujours donner le maximum et poussé à me remettre souvent en cause.

Je tiens à dédicacer ce prix à mon collègue et ami disparu trop tôt, le Professeur Michel Dudeck, qui m’a orienté vers la propulsion spatiale tout en me laissant prendre mon envol.

Enfin, je dédie ce prix à mon Père, lui aussi partit bien trop tôt. Il aurait été fiers de son petit garçon.

Le prix Edmond Brun est un prix biennal alternatif créé en 1980 destiné à un chercheur travaillant dans le domaine de l’astronautique ou dans le domaine de la mécanique des fluides et de la thermique.

Inspiration 4

SpaceX vient de mener le premier vol habité privé. Quatre personnes (deux femmes et deux hommes) ont fait plusieurs fois le tour de notre planète en orbite basse à bord de la capsule Crew Dragon pour quelques dizaines de millions de dollars. Le vol a duré trois jours et s’est terminé par un amerrissage au voisinage des côtes de la Floride. Après Virgin Galactic et Blue Origin, SpaceX nous projette à son tour dans l’ère du tourisme spatial.

La mission Inspiration 4 me laisse perplexe. Voire même dubitatif. Quel est le but d’un tel voyage ? Quelles valeurs y associer ? S’il s’agit juste de constater la rotondité de la Terre, pas besoin de prendre une fusée. On peut regarder des photographies prises depuis l’espace, prendre l’avion, regarder l’océan à l’horizon… Faire l’expérience d’un long vol en microgravité ? Frimer ? Gagner de l’argent ? J’avoue ne pas vraiment comprendre. Je ne parle même pas de la pollution engendrée, de l’impact climatique, des ressources gaspillées. Si ce genre de tourisme venait à croître à l’avenir, les conséquences globales sur l’environnement pourraient être désastreuses. Je pense qu’il y a aujourd’hui des enjeux bien plus importants que le développement du tourisme spatial.

J’ai toujours, depuis ma plus petite enfance, était fasciné par la conquête de l’espace, par l’Univers et ses mystères. J’en est même finalement fait mon métier. Mais je milite pour une vision scientifique et non ludique. C’est l’exploration du système solaire qu’il faut mettre en avant, non le divertissement d’une certaine élite.