Archives de catégorie : Réflexions

Sérotonine

J’ai terminé il y a quelques jours la lecture du dernier roman de Michel Houellebecq intitulé « Sérotonine » que j’avais acheté le jour de sa sortie car je suis un amateur de celui que je considère comme l’un des grands écrivain français contemporain.

Ce n’est pas le meilleur texte de Houellebecq. Je préfère « La carte et le territoire », « Soumission » ou « Plateforme » que je trouve plus aboutis, cependant je conseille, pour ne pas dire je recommande, sa lecture. D’abord par ce que c’est du Houellebecq, avec des mots crus, des visions sans fard, des phrases sans fin et une histoire ancrée dans le réel qui traite du monde actuel, plus précisément de la France. Je devrais dire d’une vieille France qui perd de sa superbe au fil des jours, une France qui a décroché faute de réformes et d’ouverture d’esprit, une France paralysée face aux changements qui se retrouvera prochainement à la traîne, sans influence aucune, ni sur le cours de l’histoire ni sur son propre sort et celui de ses citoyens.

Houellebecq aurait pu intituler son roman « La chute » car c’est bien de lente agonie et de fin qu’il parle. Florent-Claude, le narrateur, ingénieur agronome de formation, quadragénaire sous Captorix est à mi-chemin de sa vie. Il réalise un beau matin que son passé, déjà médiocre, comme celui de son pays natal sera toujours mieux que l’avenir vers lequel il se dirige malgré lui car à bout de force et d’envie, car sans motivation, sans projet, sans but et rongé par le désespoir (de n’avoir pas osé ? d’avoir fait de mauvais choix ?).
Florent-Claude va mourir de tristesse, emporté par les regrets malgré quelques tentatives de rebond dans un pays qui s’effondre au milieu d’un monde qui bascule.

C’est drôle, brillant, réfléchi, documenté et bien écrit. Un roman qui de plus tombe à point à l’époque des Gilets Jaunes et de leur mouvement sans fin et sans solution. Il y a des longueurs, des passages sans grand intérêt (à l’inverse de ses autres créations, d’où mon classement) mais on se laisse emporter car  on veut connaître l’avis de Florent-Claude sur la société et savoir comment, après les paysans, lui aussi va mal finir.

Le défi du voyage vers les étoiles

Le défi du voyage vers les étoiles. De gauche à droite, Interprète, Pete Worden, Moi-même, Pierre Kervella, Nicolas Prantzos et Alain Cirou.

C’est le titre de la table ronde à laquelle j’ai été convié à participer le 1er novembre dernier dans le cadre de la 11ème édition des Rencontres du Ciel et de l’Espace (voir mon billet du 2 novembre).

Cette table ronde réunissait, face à un amphithéâtre plein, Pete Worden, directeur de Breakthrough Starshot, Nicolas Prantzos, astrophysicien à l’Institut d’astrophysique de Paris, Pierre Kervella, astronome à l’observatoire de Paris et moi-même. Elle était animée par Alain Cirou, le directeur de le rédaction du magazine Ciel & espace.

La vidéo est disponible ici.

Dernière randonnée

J’ai profité de cette journée de repos pour faire une randonnée, la dernière de l’année 2018 ; huit heures de marche dans le froid (-5 °C au départ) mais sous un beau soleil et 37 kilomètres parcourus au final. Je me suis baladé au milieu de près, étangs et forêts à la limite entre la Charente et la Haute-Vienne en passant par le Rocher aux Oiseaux où j’ai fait une petite pause le temps d’avaler un repas frugal et reprendre des forces. Ce lieu particulier, situé dans le bois de la Baulaude, est le point culminant de la Charente avec une altitude de 369 mètres, de 60 mètres inférieur au point culminant de ma ville natale.

Gilets jaunes

Voilà un mouvement – issu, semble-t-il, des réseaux sociaux, quasiment incontrôlé, c’est à dire non piloté par les syndicats ou les partis, même si certains tentent une récupération, que je ne comprends pas vraiment, ou très mal, et auquel je n’adhère nullement.

Le prix des carburants. Certes, il a augmenté dernièrement, la faute au cours du pétrole et aux taxes. Il y a une volonté politique derrières celles-ci, oui, mais le programme avait été annoncé, en particulier en ce qui concerne le gazole. L’essence est chère. Oui. Mais les prix étaient plus élevés en été 2012. Etrange. Pourquoi ne pas avoir protesté plus tôt ?

Il y a des gens, dont le nombre est probablement grand, pour qui le quotidien est difficile, tout comme les fins de mois. Je n’occulte pas ce fait et j’entends leurs demandes, leur colère. Mais le monde – qui pour beaucoup se résume à l’hexagone – va-t-il si mal que cela ? Somme-nous au bord du gouffre ? Non. Les citoyens sont-ils abandonnés par l’état ? Non. On doit faire des efforts, modifier nos modes de vie pour espérer laisser un monde agréable à vivre à nos enfants et petits enfants, dans lequel ils seront libres et protégés. Nous sommes tous d’accord, nous approuvons… sauf lorsqu’il faut faire des efforts. Les français veulent que tout change, sans rien changer. Ce mouvement m’exaspère, comme celui naguère des bonnets rouges.
Je préférerais un mouvement qui propose des solutions (réalistes), des pistes, sans passer nécessairement par le repli sur soi, sans rejeter la faute sur les autres (étrangers, migrants, riches, technocrates de l’UE…) et en prenant en compte que changer les choses dans un monde complexe demande du temps.

Je vous invite à lire l’article de Laurent Sagalovitsch intitulé  » Gilets jaunes : retour du français moyen, très moyen « . Je n’ai rien à ajouter, si ce n’est que je me suis régalé à sa lecture.

 

Tout va pour le mieux

Le trafic aérien devrait connaître une croissance extrême au cours des deux prochaines décennies. Les experts envisagent 5% de croissance par an au cours des quinze prochaines années. Pour répondre à cette très forte demande on prévoit la construction de près de 40000 nouveaux avions de ligne. Les chiffres sont vertigineux.
Les raisons de cet emballement sont diverses : la croissance économique et démographique de nombreux pays (la Chine est un parfait exemple), le tourisme de masse, la multiplication des compagnies à bas-coûts. On réfléchit désormais à modifier les règles du trafic aérien mondial pour s’accommoder d’un nombre d’appareils en vol jamais imaginé.

Les industriels se frottent les mains, tout comme les tour-operateurs. Les hommes politiques sourient. Les touristes sont heureux. Tout va pour le mieux. L’avenir sera radieux.

Il y a le bon côté de choses, bien sûr.
Mais il y a surtout le moins bon. A-t-on évalué la pollution générée ? La quantité de gaz à effet de serre émise ? L’impact global sur l’environnement ?
La menace est là. Terrifiante. Il nous reste peu de temps pour agir (s’il n’est pas déjà trop tard). Et que fait-on ? On ferme les yeux. On vit dans le déni. On imagine une croissance infinie. On compte les milliards de dollars qu’une minorité se partagera.
Tout cela est si triste, si désespérant.
Les années défilent… Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Bachellerie

Cherchez la sphère blanche qui abrite le radar de Bachellerie.

Randonnée de 52 kilomètres hier. J’ai marché pendant dix heures. Un magnifique ciel bleu. Une température ne dépassant pas les 24 degrés. Moment idéal.

J’étais bien. Seul, loin de tout, à l’abri d’un monde qui tourne trop vite. Je me suis vidé la tête, comme à chaque longue marche. J’ai revu le passé, imaginé le futur, pensé à tout, et surtout à rien. Se laisser porter.

Je me suis rendu à Bachellerie dans les monts de Blond. Aller-retour. Je me suis enfin – j’ai eu si souvant l’envie – retrouvé au pied de cette tour dont le dôme situé au sommet abrite une radar pour l’aviation. Combien de fois ai-je aperçu sa silhouette depuis le jardin de la maison de mes grands-parents à Rochechouart ?

C’est à quelques dizaines de mètres de cette construction, qui n’existait pas à l’époque, qu’un avion Nord-Atlas de l’armée française s’est écrasé le 3 mai 1965. Il n’y eut aucun survivant.

Bravo

Je ne suis pas un afficionado du football. Je m’intéresse seulement aux grandes compétitions lorsque l’équipe de France est qualifiée.
J’ai donc suivi la coupe du monde cette année. De loin au début, puis plus sérieusement lorsque la France a atteint les quarts de final.
J’ai bien sûr regardé la finale hier en fin d’après-midi, en famille. Première mi-temps largement dominée par l’équipe Croate même si on mène à la mi-temps. Deuxième mi-temps à l’avantage des Bleus. Délivrance au coup de sifflet final même si le quatrième but nous mettait à l’abris d’un revirement malgré les efforts des croates.
Une final gagnée. Une deuxième étoile. Bravo les Bleus. Félicitations à cette jeune équipe sympathique que l’on a envie de soutenir. On prend du plaisir à les voir jouer et, fait plus rare, à les écouter parler. Bravo aussi à Didier Deschamps sans qui le résultat aurait peut-être (sans doute) été différent. Excellent travail. Un bel exemple de chef qui conduit ses troupes à la victoire. Discret mais efficace.
J’avais 25 ans en 1998. J’étais en thèse de doctorat à Eindhoven. Ne croyant pas à la victoire de Bleus j’avais refusé l’invitation d’amis à les rejoindre à Paris. Dommage. J’avais suivi la fête à la télévision. J’étais en France hier soir. Content. Maquillé. A crier et à agiter des drapeaux avec Paco. A me réjouir des coups de klaxons, des chants et des feux d’artifice.
Bravo à tous. A dans quatre ans et demi. Je serai là et vous aussi bien sûr.

PS : j’apprécie cette équipe et les valeurs qu’elle porte. J’aime voir mon Président s’exprimer et laisser ses sentiments prendre le dessus. J’aime voir mon pays en bleu-blanc-rouge faire la fête, les citoyens heureux même si cette période d’auphorie sera courte. La réalité reprendra le dessus. Alors savourons ces moments.

Dîner au Lift

L’amie de Stéphane Eicher voulait déjeuner en paix. Nous avons dîner hier soir avec Estelle au Lift. En paix.
Cadre des plus agréables, le soleil qui se couche derrière les vieilles bâtisses d’Orléans et la fraîcheur qui s’installe.
Mets raffinés et délicieux accompagnés d’un excellent vin rouge de Loire. Champagne pour terminer.
Une pause. Prendre enfin son temps, arrêter de suivre on ne sait quoi dans un monde qui accélère sans cesse. Courir toujours plus vite mais dans quel but ? Il y a un air de fin dans tout ça.
On a oublié pendant quelques heures et profité de l’instant présent. Parlé, bu, mangé, parlé…
Revu des amis et pris rendez-vous pour un dîner.
On a goûté les secondes. Quel plaisir. J’avais presque oublié.

Une journée pas ordinaire

Déjeuner en tout début d’après midi à la Brasserie Rivié de l’hôtel Hoxton dans le quartier du Sentier à Paris.
Lieu calme et charmant au coeur de Paris. Bonne cuisine, bon service. Endroit idéal pour une réunion.
J’y ai retrouvé un vieil ami, 14 ans après notre première rencontre à Savannah en Géorgie.
Il y avait aussi des amis à lui venus des Etats-Unis. D’autres nous ont rejoint via Skype depuis le nord de l’Europe et la Grèce.
On a parlé, beaucoup. Fait le point. On s’est projeté à court et à moyen terme. Nous sommes d’accord et enthousiastes depuis le départ donc tout était simple et fluide.
Nous étions heureux d’être là, et fiers de ce projet, de cette belle aventure qui commence.
Ils sont confiants. Je suis confiant. On ira loin, dans tous les sens du terme.

Ce 10 juillet 2018 est à marqué d’une pierre blanche.
Ce n’est pas un jour comme les autres.
J’en reparlerai dans 10 ans, dans 20 ans en expliquant que tout a commencé là, autour d’une table, un verre de délicieux vin blanc à la main.
Cheers!

Germanophobie

Après l’effondrement de la Grèce, le Brexit des britanniques, la montée du populisme dans de nombreux pays de l’ex-bloc soviétique et ailleurs, l’arrivée au pouvoir des deux extrêmes en Italie est une nouvelle preuve de l’instabilité et de la fragilité de l’Europe. On est loin, très loin, de la grande puissance que l’Europe devrait être, capable de jouer à armes égales avec l’Amérique, la Chine, la Russie. Il est grand temps de repenser l’Europe, de remettre sur les rails l’idée d’une union protégeant ses citoyens et proposant une alternative à l’ultra-libéralisme et à la dictature. Si rien n’est fait dans des délais bref, le magnifique projet de Robert Schuman n’aura été qu’une belle utopie.

L’Europe a toujours été maltraitée par les hommes et femmes politiques. Même ceux qui en vivent en font très souvent un bouc-émissaire, l’origine de tous les maux. Si tout va mal, c’est in fine la faute à Bruxelles ! Il est certain qu’accuser l’U. E. est bien plus simple – et efficace politiquement – qu’une remise en question de ses (non-)actes et de ses choix.
Mais il y a encore plus grave et plus dangereux. Ce n’est pas réellement les parlementaires de Bruxelles que l’on blâme, mais les Allemands. Depuis des années, voire des décennies, on reproche à ce pays d’aller bien, trop bien. Et la bonne santé de l’Allemagne aurait des conséquences négatives sur les autres. Un comble à mes yeux. J’entends si souvent autour de moi en France, en Italie, en Grèce, en Espagne que l’Allemagne s’est enrichie sur le dos des autres et nous aurait conduit là où nous en sommes !
Quel ramassis de sottises qui manifeste simplement une grande jalousie. Si l’Allemagne se porte bien, ce pays ravagé par la guerre et à qui la réunification a coûté très chère, c’est d’abord grâce aux allemands, à leurs orientations, à leur pragmatisme, aux réformes menées. Nous sommes les seuls responsables de notre situation et de nos échecs. On ne peut pas rester les bras croisés, refuser tout changement, dépenser sans compter et espérer prospérer et préparer un futur radieux.
Alors stoppons d’être germanophobe par facilité et prenons nous en mains. Il faut désormais agir ou demain sera bien pire qu’aujourd’hui.