L’intelligence artificielle n’existe pas

C’est le titre d’un essai de Luc Julia publié aux éditions First et paru en janvier 2019. Je viens d’en terminer la lecture. Plusieurs raisons me conduisent à vous recommander cet ouvrage quel que soit votre niveau de connaissances sur l’IA.

Il y a d’abord le parcours atypique et riche d’enseignements de L. Julia. Il s’agit d’un français doué, créatif, inventeur, entrepreneur, stimulé par l’envie de savoir et le défi. Il y a de multiples points communs entre son enfance telle qu’il la décrit et la mienne. Mais alors que j’ai choisi la physique, il a opté pour l’informatique. Après des études en informatique et intelligence artificielle à Paris 6, il obtient une thèse à l’école nationale des télécommunications. S’ensuit un – court – passage par le CNRS (vis-à-vis duquel il est assez critique) avant un exil aux Etats-Unis. Il travaillera au mythique Media Lab du MIT, chez HP et chez Apple pour ne citer que quelques noms. Sa biographie montre un homme brillant, toujours en mouvement, avec souvent une longueur d’avance. Il est aujourd’hui en charge de l’innovation chez Samsung.

Il y a ensuite sa vision de l’IA. Elle est celle d’un grand expert, qui maîtrise sa matière et ses outils, qui est capable de comprendre et d’interpréter les découvertes, les avancées, les directions prises, qui est capable de discerner le vrai du faux. Voilà un homme qu’il faut savoir écouter et dont les propos doivent être méditer.
Je rejoins L. Julia et je partage sa vision de l’Intelligence Artificielle telle qu’elle est aujourd’hui. Luc Julia explique que « l’IA n’existe pas » ; qu’il faut parler « d’Intelligence augmentée ». Depuis fort longtemps je dis à ceux qui veulent écouter que l’IA n’a aucune Intelligence. Il s’agit de statistiques, certes élaborées, sur de vastes ensembles de données. On peut résumer l’IA à des opérations de comparaison, de tri et classification basées sur des algorithmes sophistiqués et profitants aujourd’hui d’infrastructures tels que les réseaux et les bases de données et d’architectures de calculs parallèles.

Il y a un dernier point que je tiens à mentionner. Cet aspect est le moins détaillé, c’est pourtant le plus critique à mes yeux de physiciens. Il s’agit de l’aspect énergétique. Alors que le cerveau, machine élaborée et optimisée au cours de millions d’années d’évolution, consomme de très faibles quantités d’énergie (quelques dizaines de Watts quotidiennement), il faut des kiloWatts à une IA pour effectuer des tâches simples et sans doute des dizaines voire des centaines de kW pour des taches plus complexes. Cette comparaison montre les performances d’un cerveau humain. Une IA battra toujours un être humain aux échecs, au jeu de Go, à l’assemblage de puzzles, aux jeux vidéo… à condition de lui fournir en permanence tous les kW dont elle a besoin. Voilà un (le ?) point faible de l’IA : elle est consommatrice d’énergie. Ce défaut la rend vulnérable et sans doute incapable de s’adapter à des situations critiques.

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