Archives de l’auteur : Stéphane Mazouffre

Physicien des plasmas - Spécialiste en propulsion spatiale Directeur de Recherche au CNRS Responsable de l'équipe Propulsion Electrique au laboratoire ICARE à Orléans

L’information

Époque vulgaire, où plus rien n’est privé, où tout est spectacle, et surtout la souffrance, surtout la désolation, où la décence pèse si peu devant la prétendue « priorité à l’information », où le goût de l’immédiateté prive de tout discernement, où les dommages collatéraux constituent un détail dérisoire.
Philippe Besson, dans Paris-Briançon, page 175.
Je vous invite à lire ce livre de P. Besson paru récemment chez Juliard. On se laisse emporté dans ce train de nuit avec ses passagers aux histoires variées, jusqu’à la chute terrible. J’y ai trouvé ce paragraphe. Je n’ai rien à ajouter. Belle traduction du traitement de l’information à l’époque des réseaux, des applications en tout genre, de Youtube et des chaines d’information. On peut hélas appliquer ce texte au traitement de la guerre en Ukraine. Bien sûr qu’il faut montrer la réalité de l’invasion russe, mais il faut aussi savoir prendre du recul, réfléchir, étudier, construire. Je ne parlerai pas ici des experts en tout genre qui, comme pour la pandémie de CoViD-19, se succèdent jour et nuit pour dire tout et son contraire. Alors déconnectons-nous un peu et prenons de la hauteur.

Voilà mes autres récentes lectures.

  • Projet Dernière Chance de Andy Weir (l’auteur de Seul sur Mars) chez Bragelonne,
  • Le Temps des tempêtes de N. Sarkozy paru chez J’ai Lu,
  • Solar Sails – A Novel Approach to Interplanetary Travel de G.Vulpetti, L. Johnson, et G. L. Matloff publié chez Springer,
  • Code 93 de O. Norek chez Pocket.

Guerre en Europe

Poutine est un soviétique, un homme du passé qui n’a jamais accepté la chute de l’URSS. Mais il a un plan en tête, une vision claire depuis son arrivée au pouvoir il y a 22 ans, reconstruire l’empire, reprendre le contrôle. Il est désormais sans doute paranoïaque, usé par le pouvoir et l’isolement. Poutine a peur. Il, avec son clan, est effrayé par la démocratie. C’est en cela que l’Ukraine le gêne. Il redoute une contagion, des révolutions en couleur, malgré tous ses efforts depuis des années pour museler l’opposition, éliminer les voix dissonantes et proposer une seule vision – erronée et orientée – du monde et de l’Histoire. Vladimir Poutine est un homme dangereux. Nul ne sait où il va s’arrêter. L’invasion de l’Ukraine pourrait n’être que le début. Le premier objectif de Poutine est clair : éliminer le président ukrainien et mettre un pantin à sa place pour prendre le contrôle. Et ensuite ?

Février 2022. La guerre est de retour en Europe. L’ennemi, celui qui a attaqué sans proposer aucune négociation, n’est pas n’importe lequel car il s’agit de la Russie, grande puissance militaire et nucléaire avec un chef brutal et sans concession à la manoeuvre. L’Europe tente de s’organiser mais il y a de fortes divergences, l’Allemagne et l’Italie étant vitalement reliés à la Russie. L’OTAN, organisation que l’on croyait morte, se réveille et se prépare au pire. Des sanctions sont mises en place mais elles n’auront aucun impact à court terme, ne déstabiliseront pas Poutine et n’entameront en rien sa motivation. On peut avoir peur.

Cette guerre augure mal des évènements dans les décennies qui viennent. Une collaboration à grande échelle sur des sujets critiques comme l’énergie, les ressources et les changement climatiques semble impossible. C’est le repli sur soi qui pourrait s’imposer avec des rapports violents.
Cette crise tragique, je pense ici à mes amis et collègues ukrainiens, peut, doit, être une opportunité de grands changements. L’Europe doit comprendre qu’elle est trop dépendante de l’extérieur, qu’elle n’a pas les capacités de se défendre et de peser dans la géopolitique mondiale, que les rangs doivent être resserrés et qu’elle doit parler haut et fort d’une seule voix. L’Europe doit changer. Dans le cas contraire, elle disparaîtra et d’autres prendront la place.

Disparition des frères Bogdanoff

Grichka et Igor Bogdanoff ne sont plus là. Les jumeaux les plus célèbres et les plus emblématiques du paysage audiovisuel sont allés rejoindre les étoiles il y a quelques jours, emportés par le Covid-19. Ils n’étaient pas vaccinés. Non pas qu’ils étaient opposés au vaccin ; plutôt par choix. Ceux qui ne supportaient pas l’effet du temps qui passe se croyaient peut-être invincibles ou immortels ? C’est une mort idiote, si simple à éviter, mais pathétique. Je crois qu’une sincère vague d’émotion a traversé le pays. Je fus moi-même touché avec un léger sentiment de tristesse.

Car l’évocation des frères Bogdanoff me ramène à mon passé, à mon enfance, mon adolescence, ma jeunesse. Moi aussi je dois avoir peur de vieillir. Les frères Bogdanoff, c’est « Temps X », cette formidable émission de science-fiction diffusée de 1979 à 1987 sur la Une. Je ne pense pas avoir loupé un seul épisode. On rêvait avec les jumeaux, on apprenait, on se divertissait, on se projetait dans le futur. Peu d’émissions rivalisent aujourd’hui malgré des centaines de chaines et des milliers de programmes. Les deux frères ont sans doute conforté mon envie de devenir Physicien, d’explorer le monde et d’en comprendre, à mon niveau, les mécanismes et la dynamique. Merci à eux. Reposez en paix.

Encore des startups en PE

J’ai pris connaissance dernièrement de l’existence de nouvelles entreprises au ormat startup qui se lancent dans l’aventure de la propulsion électrique pour les satellites :

  • Ohmspace en Angleterre – Résistojets, faible puissance
  • SERAN en Ukraine – Propulseurs à effet Hall, faible puissance
  • URA en Angleterre – Propulseurs électrothermiques à eau, faible puissance

On approche désormais de la cinquantaine d’entreprises de toute taille sans que les entreprises chinoises ne soient recensées.
La liste à jour est disponible ici : Entreprises.

2022

Une année se termine. Une nouvelle débute. On peut espérer qu’elle soit belle et douce. Mais il y a peu de chance que cela soit le cas. Elle sera probablement tumultueuse, violente et chaude mais moins que la suivante…
Comment rester positif et optimiste aujourd’hui quand on voit les écarts se creuser, les ressources s’épuiser, l’insouciance se maintenir, l’obscurantisme progresser, le cynisme et l’inaction comme norme, la force et la fureur comme solutions ?
Il y a des mouvements bien sûr, de petits changements de cap, des conversions qui s’opèrent, mais tout cela est lent, très lent, trop lent. Or du temps nous n’en avons pas.
Que faire alors ? Ne pas baisser les bras malgré tout. Poursuivre les combats, se préparer à une transition, réfléchir aux remèdes et stratégies, continuer à expliquer. Et vivre bien sûr en profitant de l’instant et des gens.

Fournisseurs de Propulseurs

Je viens de mettre à jour la liste des fabricants et fournisseurs de propulseurs électriques. Elle contient désormais 45 entreprises de toute taille qui sont majoritairement situées aux Etats-Unis et en Europe. Notez que cette liste ne recense pas les entreprises chinoises.
La liste est disponible ici : Entreprises.

Je viens d’ajouter 5 entreprises :

  • Aurora en Finlande – Résistojets à eau, faible puissance
  • Baryon Dynamics au Canada – Arcjets, faible puissance
  • Hypernova en Afrique du Sud – Propulseurs à arc sous vide (VAT), faible puissance
  • Ion-X en France – Propulseurs à électrospray, faible puissance
  • Trans Astra en Californie – Résistojets, faible puissance

La liste n’est certainement pas exhaustive. Je suis donc preneur de toutes les nouvelles informations disponibles.

Prix Edmond Brun

Remise du prix Edmond Brun, Académie des Sciences, 23 novembre 2021.

J’ai reçu hier après-midi à l’Institut de France à Paris le prix Edmond Brun de l’Académie des Sciences pour mes travaux en propulsion spatiale : Cérémonie de remise des prix 2021 de l’Académie des Sciences.

Je suis profondément honoré par cette distinction prestigieuse qui récompense plus de vingt-cinq années de travaux de recherche dans les domaines de la physique des plasmas et de la propulsion ionique.

Naturellement, il ne s’agit nullement de l’accomplissement d’un seul homme. Je souhaite donc chaleureusement remercier tous ceux qui m’ont accompagné dans cette belle aventure : mes proches, mes amis, mes doctorants, mes étudiants, mes vrais collègues et tous ceux qui m’ont épaulé, forcé à toujours donner le maximum et poussé à me remettre souvent en cause.

Je tiens à dédicacer ce prix à mon collègue et ami disparu trop tôt, le Professeur Michel Dudeck, qui m’a orienté vers la propulsion spatiale tout en me laissant prendre mon envol.

Enfin, je dédie ce prix à mon Père, lui aussi partit bien trop tôt. Il aurait été fiers de son petit garçon.

Le prix Edmond Brun est un prix biennal alternatif créé en 1980 destiné à un chercheur travaillant dans le domaine de l’astronautique ou dans le domaine de la mécanique des fluides et de la thermique.

53

Vue sur la Tour Eiffel depuis le 53ème étage de la tour Montparnasse.

J’étais à Paris hier. Je n’y avais pas mis les pieds depuis le printemps dernier, et encore, ce fût en coup de vent. Ma véritable dernière visite dans la capitale de la France remonte à 2019. Presque deux ans. La signature de la CoViD. Paris m’a un peu manqué. J’apprécie toujours autant cette ville, ses rues, ses immeubles et façades, ses monuments, la Seine et ses quais.

Je n’étais pour autant pas en ballade. J’ai rencontré la jeune et dynamique équipe de la startup GAMA. Nous avons passé plusieurs heures fort agréables et enrichissantes à parler et à partager nos points de vue sur l’exploration spatiale, les voyages interplanétaires et la propulsion car GAMA développe des voiles solaires pour les nano- et les micro-satellites. C’est l’une des rares startups, sinon la seule, à miser sur cette technologie efficace qui ne nécessite dans sa version primaire, ni énergie, ni carburant ; le moyen idéal de se déplacer sur de longues distances. Le lecteur intéressé peut consulter ce récent article pour en apprendre plus : « Prospects and physical mechanisms for photonic space propulsion, Nature Photonics 12, 649 (2018) ».

GAMA est située au 53 ème étage de la tour Montparnasse. Je n’avais jamais mis les pieds dans cette tour que j’ai pourtant vu tant de fois. Quelle vue superbe, incomparable. Sans doute la plus belle vue de Paris. On aperçoit tous les quartiers, tous les monuments les plus célèbres, dont la Tour Eiffel. Je reviendrai bientôt c’est certain, et cette fois en famille. Le panorama vaut le déplacement. Je le recommande vivement à tous.

Inspiration 4

SpaceX vient de mener le premier vol habité privé. Quatre personnes (deux femmes et deux hommes) ont fait plusieurs fois le tour de notre planète en orbite basse à bord de la capsule Crew Dragon pour quelques dizaines de millions de dollars. Le vol a duré trois jours et s’est terminé par un amerrissage au voisinage des côtes de la Floride. Après Virgin Galactic et Blue Origin, SpaceX nous projette à son tour dans l’ère du tourisme spatial.

La mission Inspiration 4 me laisse perplexe. Voire même dubitatif. Quel est le but d’un tel voyage ? Quelles valeurs y associer ? S’il s’agit juste de constater la rotondité de la Terre, pas besoin de prendre une fusée. On peut regarder des photographies prises depuis l’espace, prendre l’avion, regarder l’océan à l’horizon… Faire l’expérience d’un long vol en microgravité ? Frimer ? Gagner de l’argent ? J’avoue ne pas vraiment comprendre. Je ne parle même pas de la pollution engendrée, de l’impact climatique, des ressources gaspillées. Si ce genre de tourisme venait à croître à l’avenir, les conséquences globales sur l’environnement pourraient être désastreuses. Je pense qu’il y a aujourd’hui des enjeux bien plus importants que le développement du tourisme spatial.

J’ai toujours, depuis ma plus petite enfance, était fasciné par la conquête de l’espace, par l’Univers et ses mystères. J’en est même finalement fait mon métier. Mais je milite pour une vision scientifique et non ludique. C’est l’exploration du système solaire qu’il faut mettre en avant, non le divertissement d’une certaine élite.

Congrès MPCS-5

Affiche du congrès MicroPropulsion & CubeSats 5.

J’ai organisé et supervisé, avec mes collègues et amis L. Garrigues du LAPLACE et A. Rossi du CNES, la 5ème édition du congrès MicroPropulsion & CubeSats (MPCS) la semaine dernière : MPCS-5. Après Bari, Singapour, Washington et Pékin, le congrès était cette année organisé depuis Toulouse et non, hélas, à Toulouse. En effet, à cause de la pandémie de COVID-19 et de la situation sanitaire mondiale, il nous a semblait plus raisonnable de réaliser l’édition 2021 en mode virtuel, même si ce type d’événements freine les échanges et abolit l’aspect social et la convivialité, si précieux aux yeux des chercheurs, quel que soit la discipline.
Le congrès, dont la taille est limitée depuis sa création afin de garder une atmosphère amicale, a cette fois-ci rassemblé 80 participants provenant de 20 pays. Nous avions programmé 30 conférences, 8 conférences invitées (CNES, ESA, Exotrail, ThrustMe, Comat, Gama, ienai Space) et 2 tables rondes, l’une centrée sur la science et l’autre sur les technologies et les perspectives. Une fois encore l’événement a répondu aux attentes, avec la présentation de nouveaux résultats et de nouveaux systèmes propulsifs, avec des conférences de grande qualité, avec des échanges nombreux et riches, et des discussions animées et passionnées. Un grand merci à tous pour votre participation et votre enthousiasma. Rendez-vous en 2023 pour la 6ème édition.